Le tribunal de Sousse s’est prononcé cet après-midi sur le cas de Marwen, cet étudiant condamné à un an de prison ferme pour homosexualité en septembre dernier. Il avait été libéré sous caution début novembre suite à une forte mobilisation.

Son jugement en appel vient d’avoir lieu: il a été condamné à deux mois de prison, soit une période qu’il a déjà purgé avant sa libération sous caution, et écope d’une amende de 300 dinars (ce qui équivaut à environ 130 euros). Selon l’AFP, l’avocate de Marwen a estimé cette condamnation «injuste et inacceptable» et a fait part de son intention de se pourvoir en cassation. Contacté par Yagg, l’avocat de l’association LGBT Shams a jugé l’amende décidée par le tribunal de Sousse «absurde et farfelue»: «L’article 230 ne prévoit même pas d’amende», affirme-t-il. «Cette condamnation va beaucoup compliquer la vie de Marwen à l’avenir, cela restera dans son casier judiciaire et sera considéré comme une honte toute sa vie, cela le stigmatisera.»

En Tunisie, l’article 230 du code pénal condamne les relations entre personnes de même sexe. Lors du premier procès de Marwen, la justice avait exigé un test anal, ce qui avait conduit l’association Shams à lancer une campagne web contre ces «tests de la honte». Cette condamnation et les conditions dans lesquelles elle est intervenue avaient immédiatement fait polémique et de nombreuses ONG continuent de se mobiliser aujourd’hui. Car le cas de Marwen n’est pas isolé: le 10 décembre, six étudiants ont été condamnés à trois ans de prison pour sodomie. Ils ont été arrêtés lors d’une descente de police et présentés à un juge dès le lendemain, qui a ordonné qu’ils soient placés en détention et qu’ils subissent un examen anal, en vue de prouver leur homosexualité. «Ce jugement restera comme une tâche dans les annales de la justice tunisienne», déplore l’avocat de Shams. Au regard de la condamnation à trois ans de prison, soit la peine maximale prévue par l’article 230, ainsi qu’à cinq ans de banissement de la ville de Kairouan, il estime que les juges ont pris leur décision «non pas en fonction du dossier, mais selon leurs opinions personnelles très conservatrices.»

Comme nous le signalait dernièrement l’avocat de l’association tunisienne Shams, dont le vice-président Hedi Sahly a dû fuir la Tunisie pour se réfugier en France, en raison d’une trop grande menace pesant sur lui et ses proches, la situation s’est considérablement durcie contre les personnes LGBT dernièrement. Depuis sa création en mai dernier, Shams milite pour l’abrogation de l’article 230 du code pénal.