Comment un homme, client d’un sauna gay, tente d’échapper à son destin.

Dans les créations de Lloyd Newson, chorégraphe fondateur de la compagnie DV8, les mots tiennent une place à part. Ses deux précédentes pièces, To Be Straight (sur les rapports entre les trois religions du Livre et l’homosexualité) et Can We Talk About This (sur l’islam et la liberté d’expression) croisaient une série de points de vue.

La dernière de ce qu’il a conçu comme un triptyque, John, présentée dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, tourne autour du témoignage d’un seul homme qui lui donne son nom. Pendant près d’une heure trente, dans la Grande Halle de la Villette, nous faisons face à un plateau tournant. Tel un manège, y défile la vie, les emmerdes et les combats de John. Tout est réel, puisque la base de cette pièce, où les acteurs adoptent des poses et des mouvements comme autant de reflets de leurs états, consiste en des heures d’entretien avec cet homme au parcours extraordinaire, John.

Une enfance marquée par la maltraitance et la violence familiale, puis la délinquance, la drogue, la rue, la prison. La beauté et la force qui se dégagent de ses mouvements, des ses expressions, rendent son personnage (magnifiquement interprété par Hannes Langolf) inoubliable.

C’est dans un sauna gay que les entretiens ont été réalisés. Parfois, le monologue de John est interrompu par les témoignages d’autres clients du sauna, qui parlent de leurs prises de risque sexuel, du VIH ou de leurs fantasmes; le témoignage aussi des patrons du sauna et leurs anecdotes parfois graveleuses ou très réalistes sur les aléas du travail dans un sauna, seuls moments comiques de ce spectacle intense.

Cette présentation réaliste d’un lieu de drague gay a suscité des critiques. Mais comme l’a expliqué Lloyd Newson au Guardian en 2014, «Je ne suis pas là pour présenter un exercice de relations publiques pour la communauté gay. J’ai voulu donner une représentation honnête basé sur le témoignage direct, et j’accepte que cela puisse mettre certaines personnes mal à l’aise.»

Le plateau n’en finit pas de tourner et l’émotion s’amplifie. Jusqu’au moment où la voix de John se substitue à celle de l’acteur-danseur. Après une vie d’errance, de coups durs, John aspire à la normalité, espère rencontrer l’amour avec un homme, après avoir été avec des femmes. Une quête qui peut sembler banale mais que cette pièce rend terriblement humaine et bouleversante.

Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez sur DV8 Physical Theater – JOHN de Lloyd Newson

 

John, Conception et direction, Lloyd Newson, jusqu’au 19 décembre, à la Grande Halle de la Villette, dans le cadre du Festival d’Automne.