Madrid, le 6 juillet 2015. Dans le petit local du 21 de la rue Zurita – le siège historique du parti de gauche radicale de Pablo Iglesias – dans le quartier popu-bohême de Lavapiès, où se réunit toutes les deux semaines le cercle LGBT de Podemos Madrid, un vent de changement souffle en ce mardi soir d’été. Certes, il fait chaud et la dizaine de militant.e.s rassemblé.e.s autour de la table pour préparer la campagne du parti s’éventent tant bien que mal avec des prospectus ramassés ici et là. Mais leur enthousiasme n’est pas écorné.

Le succès de la marche des fiertés de Madrid, «El Orgullo», qui a mobilisé plus d’un million de personnes (lire le reportage La pride de Madrid célèbre les noces d’étain du mariage égalitaire: le reportage photo) dans les rues de la capitale espagnole deux jours auparavant, y est pour beaucoup. En revanche, Podemos tient également la troisième position dans les sondages des élections législatives qui auront lieu à la fin de l’année, au coude à coude avec le parti de droite du Premier ministre Mariano Rajoy (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (Psoe). C’est l’autre bonne nouvelle de la semaine pour les militant.e.s qui ont déjà en tête la campagne électorale, des étoiles dans les yeux.

L’ESPOIR PODEMOS
Car l’Espagne, qui a certes voté l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homos en 2005, est gouvernée depuis 2011 par les conservateurs du Parti populaire (PP). Pour ces militant.e.s LGBT, la montée de la gauche radicale dans la péninsule ibérique en vue des élections législatives de décembre (à l’époque toujours fixées en novembre) est donc synonyme d’espoir. Un espoir nommé Podemos, déjà en mouvement.

Un mois plus tôt, en mai 2015, les listes de la gauche radicale (Podemos, Ahora Madrid, Compromis) ont déjà arraché les grandes villes espagnoles (Madrid, Barcelone) à la droite ; beaucoup de candidat.e.s out comme Beatriz Gimeno (Podemos, Madrid), mère spirituelle du mariage égalitaire en 2005, Eduardo Fernández Rubiño (Podemos, Madrid) ou Fran Ferri (Compromís, Valence) sont rentré.e.s dans les assemblées régionales ; et les premières mesures pour lutter contre l’homophobie de la part des mairies de gauche fraîchement élues sont à l’étude. «En décembre, le changement pour les pédés, les gouines et les trans pourrait se faire sentir rapidement, surtout si le Psoe collabore avec Podemos», m’explique alors clope au bec Mario Erre, 42 ans, un militant barbu et bodybuildé qui anime le cercle LGBT de Podemos Madrid.

«Le changement est radical, car les valeurs de respect des droits et du droit à être différent.e que l’on porte sont bafouées par le PP en poste au gouvernement», observe de son côté Esther Gómez Morante, conseillère municipale Ahora Madrid (gauche radicale et indignée) que l’on rencontre dans son fief de la Latina, au sud de la capitale espagnole, quelques heures plutôt. «La lutte contre les discriminations et l’oppression font partie de nos priorités», ajoute l’élue madrilène. Elle sait que les chantiers sont encore nombreux lorsqu’on l’interroge début juillet.

TOUT À GAGNER DU SCRUTIN
Aujourd’hui, à deux jours des élections législatives du 20 décembre et six mois après avoir rencontré les militant.e.s LGBT de la gauche radicale, la dynamique Podemos s’est un peu essoufflée. Dans les derniers sondages d’El País, le parti de Pablo Iglesias arrive en quatrième position à égalité avec Ciudadanos, son frère jumeau de centre-droit, et derrière le Psoe et le PP, toujours en tête, mais affaibli. Une situation politique inédite pour l’Espagne qui pourrait connaître la fin du bipartisme post-franquiste, et l’arrivée au pouvoir d’une coalition de droite (PP et Ciudadanos) ou de gauche (Psoe et Podemos).

Pourtant, quel que soit le résultat, après quatre ans de droite dure au pouvoir, les lesbiennes, les gays, les bi.e.s et les trans ont semble-t-il tout à gagner de ce scrutin national. Quand on jette un oeil aux programmes des partis sur les questions LGBT, la majorité des formations politiques de la gauche radicale ou du centre-droit propose sur le papier de faire progresser les chantiers de l’égalité des droits, fermés par le PP de Mariano Rajoy depuis 2011 – à tel point que la droite elle-même commence à tenir un discours pro-LGBT dans certaines régions espagnoles malgré ses éléments catholiques ultraconservateurs, expliquent les associatifs espagnols.

La réforme de la loi nationale de 2007 sur l’identité de genre, votée sous le gouvernement Zapatero, fait par exemple partie des principales promesses de Podemos, du Psoe, des écolo-communistes d’Izquierda Unidad ou des centristes de Ciudadanos ; ces mêmes partis proposent ensuite de faire voter une loi nationale contre toutes les formes de discriminations à l’encontre des personnes LGBT et de rétablir le remboursement de la Procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes, lesbiennes ou célibataires. Seule la Gestation pour autrui (GPA) divise encore et fait partie des promesses de campagne des centristes de Ciudadanos et de Upyd. En revanche, une chose est certaine, même en Espagne, le chemin vers l’égalité est encore long et sinueux.