Véritable conviction ou conversion de façade à la lutte contre l »homophobie? Après la ville de Montpellier, de Dijon, du Grau-du-Roi (Hérault), de Paris et de Montigny-les-Cormeilles (Val-d’Oise) le 7 décembre dernier, la ville de Toulouse est en effet devenue mardi 15 décembre la 6ème ville de France à signer, sous la plume de son maire Les Républicains (LR) Jean-Luc Moudenc, la Charte d’Engagement LGBT de l’Autre Cercle.

Avec cette signature, la ville rose s’ajoute ainsi à la quarantaine d’organisations – dont Accenture, Sodexo, Randstad, Veolia, TF1 ou BNP Paribas – qui se sont engagées depuis janvier 2013 à lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité LGBT en leur sein. Elle est par ailleurs la première ville française à signer la deuxième charte de l’Autre Cercle, Vieillir LGBT, qui «vise la protection des seniors LGBT dans les établissements d’accueil gérés par la ville [ndlr, les Ephad]» selon l’association, dont l’antenne locale fêtait son dixième anniversaire.

«CONTRE L’HOMOPHOBIE» ET «CONTRE LE MARIAGE POUR TOUS»
Pourtant, au premier abord, la signature de la charte de l’Autre Cercle par le maire de la 4e ville de France peut surprendre. De filiation centriste, le maire LR de Toulouse s’est en effet opposé à l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe en défilant aux côtés de la «Manif pour tous» locale en 2012 et 2013. «C’est parce que la base de l’UMP me le demandait», a-t-il justifié par la suite dans un portrait que lui a consacré Libération au lendemain de sa victoire municipale en avril 2014. En mai 2015, à quelques jours de la marche des Fiertés locale, il a également reçu Ludovine de la Rochère, la patronne de la «Manif pour tous», à l’époque en croisade contre le politologue Dominique Reynié, tête de liste LR aux élections régionales de décembre, pro-égalité et pro-GPA. Un double jeu?

Car d’un autre côté, depuis son élection, Jean-Luc Moudenc multiplie également les gestes à destination de la communauté LGBT toulousaine. Face aux gestes et actes homophobes – que ce soit des tags homophobes sur l’Espace des Diversités et de la laïcité en 2014 ou le saccage de l’exposition du photographe Olivier Ciappa début décembre – l’édile LR apparaît aujourd’hui de tous les combats contre l’homophobie. Et en 2014, l’ex-député a par ailleurs versé 7000 euros de sa réserve parlementaire à l’association Le Refuge, qui œuvre pour les jeunes LGBT exclu.e.s par leur famille, et semble renouer avec les associations LGBT locales.

«On peut avoir été contre le mariage pour tous et lutter contre l’homophobie, nous explique-t-on d’ailleurs du côté de la municipalité. Ce n’est pas antinomique.»

«D’ailleurs, l’actuelle majorité poursuit le travail de la municipalité précédente: la lutte contre les discriminations est le vrai cheval de bataille de Laurent Lesgourgues [ndlr, l’adjoint à la diversité de Jean-Luc Moudenc]». «C’est vrai qu’on a été agréablement surpris», confie de son côté Eric Raynié, le président de l’Autre Cercle Midi-Pyrénées qui a saisi l’occasion des dix ans de son association pour proposer à la ville de Toulouse de signer les deux chartes. «Dans la vie, je pars du principe qu’on peut prendre des voies sans issue puis qu’on peut se ressaisir. On a le droit à l’erreur», poursuit le militant. La signature de la charte devra désormais être suivie d’effets. «Bien sûr qu’elle sera mise en application, nous dit-on encore à la ville. Toulouse est une ville de tolérance».