«L’homophobie n’a pas sa place à l’école». Lundi 14 décembre, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur a lancé sa nouvelle «campagne contre l’homophobie» à destination des établissements du secondaire (collèges et lycées) et du supérieur (universités). Certes, cette campagne arrive un peu comme un cheveu sur la soupe à la veille des vacances de Noël – c’est le sentiment des associations LGBT qui ont participé à son élaboration comme SOS homophobie ou le Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire – mais elle a le mérite de rassurer les militant.e.s de la lutte contre les LGBTphobies à l’école après deux années tendues avec le ministère.

C’est «une avancée», commente auprès de Yagg Cécile Ropiteaux, la coordinatrice du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire qui se félicite des évolutions «positives» de la campagne menée dans les établissements par rapport aux années précédentes. «On est satisfait qu’il y ait une continuité dans l’action ministérielle pour soutenir cette campagne, la rejoint Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie, même si on aurait aimé qu’elle sorte plus tôt dans le courant de l’année».

DES AFFICHES ET UN GUIDE POUR LES ENSEIGNANT.E.S
Composée d’affiches (une pour le secondaire, quatre pour le supérieur) et d’un guide à destination des personnels enseignants, cette campagne a été élaborée dès le printemps 2015 avec la participation des associations agréées par le ministère (parmi lesquelles Contact, SOS homophobie, Sida info service (Sis), Le Refuge, ou encore Estim’) réunies au sein d’un groupe de travail depuis 2013. Son objectif : «informer et sensibiliser les collégiens, lycéens, étudiants et l’ensemble des membres de la communauté éducative aux violences et discriminations à caractère homophobe dont souffrent encore trop de jeunes».

Car le harcèlement et les violences en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre en milieu scolaire restent une triste réalité. Comme le souligne le rapport SOS homophobie 2015, 68% des victimes de LGBTphobies (insultes, coups, menaces, harcèlement) adolescentes et jeunes adultes en 2014 l’ont été dans le cadre de leur scolarité. Et ce malgré les progrès gravés dans la loi pour lutter contre toutes les formes de harcèlement scolaire. Depuis la loi Peillon du 8 juillet 2013 sur la refondation de l’École, la lutte contre toutes les formes de harcèlement en milieu scolaire est en effet reconnue comme une priorité pour chaque établissement scolaire. Et la communauté éducative peut aussi s’appuyer sur la plateforme Non au harcèlement, mise en ligne en janvier 2012 pour agir en ce sens.

LA NOTION «D’IDENTITÉ DE GENRE» ÉVACUÉE
En revanche, si les associations LGBT spécialistes des questions d’éducation se satisfont de manière générale du message de cette campagne, elles pointent également du doigt ses faiblesses. «Certes il y des évolutions significatives, commente Cécile Ropiteaux, du Collectif éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, mais elles sont insuffisantes». Ses arguments: outre la question de la date de mise en place de la campagne du ministère, une terminologie inclusive comme l’expression «LGBTphobies» a été retirée au profit du seul terme «d’homophobie» et la notion «d’identité de genre» a été évacuée au profit de celle «d’identité sexuelle» – l’expression floue retenue dans la loi sur le harcèlement sexuel de 2012.

«La lutte contre la transphobie n’est pas mise en valeur, c’est dit du bout des lèvres», déplore également auprès de Yagg Sylvie de Lannoy, la présidente de Contact Île-de-France. «On sent un peu de frilosité de la part du ministère», poursuit la militante.

Joint par Yagg, le ministère de l’Éducation nationale apporte ses précisions. «La lutte contre l’homophobie est une expression commune et générique bien connue de tous, assure l’institution. Elle regroupe les termes de gayphobie, de lesbophobie, de biphobie et de transphobie». Concernant la question de la notion d’identité de genre, même topo. «On a préféré la notion juridique d’identité sexuelle inscrite dans la loi», répond le ministère. Un moyen de ne pas donner du grain à moudre aux esprits réfractaires à l’introduction de la lutte contre les stéréotypes de genres à l’école ? «On aurait préféré que certaines questions soient creusées mais on entend les arguments du ministère. Il faut être pragmatique», soutient quant à elle Cécile Ropiteaux, enseignante dans le primaire.

«UN DIALOGUE CONSTRUCTIF»
La satisfaction des associations est évidemment à mettre en balance avec les événements qui ont sapé le travail contre les LGBTphobies en milieu scolaire depuis deux ans. Après les débats sur le mariage pour tous en 2013 et le haro sur l’école des détracteurs/trices de la pseudo «théorie du genre» en 2014 ayant conduit à l’annulation de la campagne d’information de la ligne Azur par le Conseil d’Etat en octobre 2014, cette nouvelle «campagne contre l’homophobie» en milieu scolaire marque le début d’un retour à la normale après les atermoiements du ministère de la rue Grenelle sur le sujet. En juillet 2013, les militant.e.s de lutte contre les LGBTphobies en milieu scolaire attendaient par exemple beaucoup du rapport Teychenné sur la lutte contre l’homophobie et la transphobie à l’école commandé en octobre 2012 par l’ex-ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon.

Mais leurs espoirs avaient été vites déçus après de reculades, en reculades, sur le rapport Teychenné comme sur les ABCD de l’égalité, enterrés par le successeur de Vincent Peillon, Benoît Hamon. «Nos attentes liées au rapport Teychenné ont été déçues, mais le dialogue a toujours été maintenu», précise en revanche ainsi Cécile Ropiteaux du collectif de syndicats, de parents d’élèves contre les LGBTphobies à l’école. «Aujourd’hui, le dialogue est constructif», confie de son côté Yohann Roszéwitch de SOS homophobie. «On est plus écoutés qu’auparavant: le ministère est de bonne volonté», complète, elle, Sylvie de Lannoy de Contact. Même si des questions demeurent, en particulier sur la formation de la communauté éducative à l’appréhension des discriminations en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. «Une réflexion est menée par la Direction générale de l’enseignement scolaire (Desgesco)», nous précise-t-on du côté du ministère. Le chantier est loin d’être achevé.