Régine a connu tout le monde, de Steve McQueen à Jane Fonda. Dans une longue interview pour Charts In France, la chanteuse a évoqué avec la gouaille qu’on lui connait ceux et celles qui ont croisé sa route. Et notamment Amanda Lear.

«Le passé, c’est le passé, confie-t-elle à Mathieu Renard. Moi je ne suis pas passéiste du tout. Moi je ne connais qu’une chose c’est aller de l’avant. La vie fait que j’ai une bonne santé. Et j’ai beaucoup de chance. Je n’aime pas dormir et je suis tout le temps en train de gamberger.» Ce à quoi le journaliste lui répond «c’est marrant, à cette question, Amanda Lear m’avait répondu exactement la même chose.» Régine lui rétorque incrédule: «Elle vous a pas dit qu’elle aimait le petit salé aux lentilles parce qu’elle avait fait le service militaire?» ce qui provoque l’hilarité de Mathieu Renard. «Je le dis dans mon livre, ajoute-t-elle. Un jour je lui avais dit “Il y a du petit salé aux lentilles”. Elle m’avait répondu: “Chouette ça me rappellera mon service militaire!”. Moi je l’ai connue en garçon. Elle chantait dans les petits bistrots. C’est un personnage. Elle est très sympathique. Je ne la vois pas en ce moment parce qu’on n’a pas les mêmes vies. Mais elle retombe toujours sur ses pieds. Elle est très marrante. De la période avec Dali, j’ai des photos formidables. Elle est très intelligente. Très cultivée.»

LA QUESTION DE L’OUTING
L’air de rien, Régine vient d’outer Amanda Lear, en révélant publiquement qu’elle l’a «connue en garçon». Comme le rappelle l’Association des journalistes LGBT (AJL), l’outing peut constituer une atteinte à la vie privée. Le média Charts In France – qui titre d’ailleurs l’interview par «Régine en interview: “J’ai connu Amanda Lear en garçon”» – avait-il le droit de relayer cet élément? Dans un entretien accordé à l’AJL, l’avocate Léa Forestier évoque cette question: «Le fait pour un.e journaliste de relayer un “outing” révélé par la presse ou tout autre média l’expose théoriquement à des poursuites pour violation de la vie privée au même titre que l’auteur de l’“outing” en question. Pour autant en pratique, l’information devient, suite à sa première divulgation, un sujet d’actualité susceptible de faire l’objet de commentaires dans les médias.»

«TRANSPHOBIE ORDINAIRE»
Pour Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, il ne s’agit ni plus ni moins que «de transphobie ordinaire». «On en revient toujours à des paroles du type “je l’ai connue quand c’était un homme”, souligne-t-elle à Yagg. Mais ce sont des paroles qui ne sont pas du tout anodines, elles véhiculent de la transphobie, des stéréotypes de genre. Là on parle d’Amanda Lear, mais pour des personnes trans, l’outing peut avoir des retombées très graves sur la vie personnelle et professionnelle. Si Bambi a décidé de protéger sa vie pendant toutes ces années, c’était pour ne pas avoir de problèmes en tant qu’institutrice.»

«Au-delà de ça, on est bien dans un cas où la presse cherche à faire des titres accrocheurs. Se servir des personnes trans, c’est un appât ignoble. Les médias ne sont pas toujours conscients de la portée de ce genre de titres.»

«Ça n’amène aucune information, seulement de la stigmatisation des personnes trans qui sont alors perçues comme des bêtes de foire. On revient dans le passé, on utilise l’identité de la personne. J’espère qu’Amanda Lear portera plainte. Qu’elle soit trans ou pas. Il faut respecter l’intimité de l’autre.»

«UNE PUB D’ENFER»
Les médias ont régulièrement relancé Amanda Lear sur le sujet. Interviewée sur Yagg en 2009 par la journaliste Hélène Hazera au sujet des «blagues graveleuses» et des «calomnies» dont elle fait parfois l’objet, Amanda Lear évoquait sa volonté de préserver sa vie privée. Plus récemment, c’est l’animateur Philippe Vandel sur France Info qui mettait, lui, les pieds dans le plat sur les rumeurs lancées par David Bowie ou Mick Jagger (à partir de 2’40). «Pourquoi vous n’avez pas démenti?» l’a-t-il questionné. Réponse d’Amanda Lear:

«Mais jamais! Surtout pas! Imaginez la publicité! Philippe, ça m’a fait une pub d’enfer!»