[mise à jour, 13:28]
A Yagg, nous aimons la presse LGBT. En tant que journalistes, mais aussi en tant que simples lecteurs et lectrices. A ce titre, nous nous réjouissons toujours de l’arrivée d’un nouveau titre. C’est donc avec curiosité et sans a priori que nous avons ouvert le tout nouveau Garçon Magazine.

Ce que nous avons découvert nous a laissé profondément sceptique. Pour couper l’herbe sous le pied à d’éventuelles critiques: à partir du moment où il s’agit principalement d’un magazine papier, nous ne considérons pas Garçon comme un concurrent. Ce que vous allez lire est le regard critique d’un journaliste sur un support qui se présente comme un média.

DE FOUCAULT À STEEVY
Commençons par le positif.

Premier point: c’est une bonne idée d’offrir le premier numéro de Gai Pied. Cela permet de mesurer le chemin parcouru par la presse gay en 40 ans et de relire notamment le célèbre texte de Michel Foucault, intitulé Un plaisir si simple. Deuxième point: dans un océan de contenus étranges et de publi-rédactionnels qui ne disent pas leur nom (lire ci-dessous), on trouve quelques vrais sujets ou vraies interviews.

Maintenant les points qui posent question.

Il y a d’abord un questionnement juridique. Dans l’ours, il est indiqué que Garçon Magazine est édité par la « SAS Garçon Edition », dont le numéro RCS est « en cours ». Sur Societe.com et Infogreffe, deux sites officiels qui répertorie toutes les sociétés (y compris les commerces), cette société est introuvable. Christophe Soret, éditeur de Garçon Magazine, nous indique par mail le 30 novembre que la société sera créée d’ici « deux ou trois jours ». D’autant plus étrange que le même Christophe Soret publie également le gratuit gay Qweek. Dans ce dernier, le numéro de RCS (Registre du commerce et des sociétés) correspond depuis plusieurs mois déjà à celui d’Ebusiness consulting, une société liquidée depuis… avril 2015. C’est un autre numéro de SIRET qui figure sur les factures adressées à des clients de Qweek (en 2014 et en 2015) et que nous avons pu vérifier. Un numéro qui ne correspond à aucune société ou commerce. Même chose pour le numéro de TVA, qui ne correspond à rien. Pour Qweek, Christophe Soret nous affirme que la société vient juste d’être créée. Cela paraît, au mieux, un peu léger. Sans structure juridique, il est en effet compliqué de payer la TVA, ses salariés ou les cotisations sociales.

La ligne éditoriale, ensuite.

Pourquoi annoncer Garçon Magazine comme LGBT (c’est notamment écrit dans l’édito) quand, en comparaison, feu Têtu pourrait passer pour une succursale de Lesbia Magazine? Récapitulons: le mag s’appelle Garçon, déjà. Pour attirer les lesbiennes, on fait mieux. En couv, un acteur de porno gay. Principaux sujets: «Prêtre, homosexuel et escort-boy», «Steevy Boulay, son portrait intime», «Les gays et les drogues», «Star Wars, des gays tu parleras.»
Sur le DVD offert avec le magazine, on nous annonce une partie payante avec «2h30 de vidéos ULTRA HARD: 10 scènes TTBM entre 21 et 24 cm»  et une partie gratuite avec la présentation de sept lieux LGBT mythiques qui sont en fait des lieux gays. Nous avons visionné la partie gratuite et il ne s’agit pas de présentations mais de publicités, donc heureusement que le DVD est offert. N’en jetez plus!

En bref, il n’y a rien qui concerne directement les lesbiennes ou les trans dans ce numéro. Sur le site Les Nouvelles News, l’équipe explique qu’il a été «difficile de recruter des lesbiennes et des trans». «En pleine préparation du second numéro, nous traiterons de ces sujets», promet-on. Justification étrange. Ainsi les gays seraient totalement incapables de parler ou d’interviewer des lesbiennes ou des trans? Yagg prouve tous les jours le contraire.

CONFUSION TOTALE ENTRE RÉDACTION ET PUBLICITÉ
On note par ailleurs une confusion totale entre la rédaction et la publicité. Ainsi, Christophe Soret, le rédacteur en chef de Garçon, est également son contact commercial. Au comité de rédaction, on trouve « Sébastien de Gym Louvre » ou « Thom de Pink ». Gym Louvre est un client du magazine. Pink aussi. Dans un titre de presse, rédaction et service pub sont censés être séparés… Sur la page de l’article consacré au Blockmen figure une publicité pour… le Blockmen. Comme ça au moins, les choses sont claires.

Illustrant l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », l’article sur les Funambules est écrit par… quelqu’un qui a aidé à faire la promo des Funambules.

De nombreux articles ressemblent furieusement à des publi-rédactionnels, sans jamais que la mention soit indiquée. Les articles sur le Sun City de Paris, ainsi que celui sur le Sun City de Lyon ou le site de rencontre Nethomo rivalisent ainsi de superlatifs et de louanges, à faire rougir un chargé de communication. Un article « en partenariat avec PinkX » évoque un film diffusé prochainement sur PinkX… Pour info, ne pas indiquer la mention « publi-rédactionnel » est puni par la loi. L’article L.213-1 du code de la consommation prévoit ainsi au maximum 2 ans d’emprisonnement et/ou 37500 € d’amende pour l’annonceur et/ou l’auteur de l’article.

Symptomatique: par téléphone, un client qui souhaite rester anonyme nous a indiqué qu’il avait pris de la publicité pour « assurer un rédactionnel ».

Qu’on ne s’y trompe pas, chacun est libre d’apprécier ou non le contenu de ce « magazine » et de dépenser 4,90 euros pour l’acquérir. Une chose est sûre, cependant: ce n’est pas de la presse.