Premier tour des régionales, J-6. Des candidat.e.s des principales listes en Ile-de-France avaient fait le déplacement hier au Centre LGBT Paris-IdF pour présenter leurs propositions en matière de lutte contre les discriminations et en faveur des personnes LGBT. Un débat de trois heures parfois sous tension, notamment lorsque le représentant des Républicains de Valérie Pécresse, qui compte sur sa liste nombre de militants de la Manif pour tous ou de Sens commun, a du s’expliquer sur ses contradictions. Yagg vous propose un florilège des propositions des candidat.e.s.

Ce n’était pas la foule des grands soirs lundi 30 novembre au Centre LGBT Paris-IdF, signe que les élections régionales, dont le premier tour a lieu dimanche 6 décembre, ne suscite pas un intérêt démesuré, y compris chez les militant.e.s LGBT. Dans la salle, beaucoup de membres d’associations ou de partis présents et qui écoutent assez sagement les candidat.e.s dérouler leurs propositions sur les questions LGBT. Face au public, trois hommes et deux femmes: Marie-Pierre de la Gontrie pour le Parti socialiste, Cécile Lhuillier pour la liste Fluo, Eric Coquerel pour le Front de Gauche, Pierre Serne pour EELV et Thierry Solère pour Les Républicains.
Le débat, animé par Thomas Dupuy, du Centre LGBT Paris-IdF est découpé en sept grandes parties: Lutte contre les discriminations, Subventions, Santé, Education, Formation professionnelle, Famille et Identité de genre. Chaque candidat.e, dont l’ordre de passage avait été tiré au sort, avait environ deux minutes pour s’exprimer sur chaque sujet. Voila pour le cadre.

Tiré au sort pour intervenir en premier, Thierry Solère, député Les Républicains et tête de liste LR dans les Hauts de Seine, veut d’emblée déminer le terrain, suite à la controverse du week-end sur la participation de Valérie Pécresse au meeting de La Manif pour tous (lire: Valérie Pécresse attendue au meeting régional de la Manif pour tous). «Oui, nous maintiendrons les subventions contre l’homophobie, a-t-il martelé, mais nous veillerons à ce que les actions soient régionales.» Pierre Serne, tête de liste EELV dans le Val-de-Marne, actuel vice-président en charge des transports, rappelle alors qu’il vient au moins pour la septième fois débattre au Centre et qu’il attend des participant.e.s des discours non hypocrites.

DISCRIMINATIONS
Sur la question des discriminations, Eric Coquerel, tête de liste Front de Gauche à Paris et conseiller régional, dit vouloir réduire les inégalités, en proposant la création d’un observatoire régional des discriminations et martèle: «On ne peut pas envisager cette politique sans une aide accrue aux associations.» Cécile Lhuillier, ancienne présidente d’Act Up-Paris et tête de liste Fluo (pour Libertaire Unitaire Ouverte) dans le Val-de-Marne, a insisté sur la simplification nécessaire des financements: «Si vous devez employer quelqu’un à plein temps pour remplir les demandes de financement, c’est ça en moins pour les actions.»

AIDES AUX ASSOCIATIONS
Marie-Pierre de la Gontrie enchaîne dans la dénonciation bille en tête du programme de Valérie Pécresse. S’adressant directement à Thierry Solère, elle lance: «Votre candidate prévoit de réduire de 95 millions d’euros l’enveloppe aux associations, qui est de 200 millions d’euros actuellement.» Sur la question d’une subvention accordée à la Marche des fiertés, Marie-Pierre de la Gontrie y est toujours favorable, comme la plupart des autres candidats. Seul Thierry Solère fait entendre un son de cloche: «Le budget des subventions aux associations a explosé, tout le monde s’occupe de tout. Le projet de Valérie Pécresse consiste à donner des subventions à des projets d’intérêt régional. Valérie Pécresse a voté pour le Refuge, Valérie Pécresse a voté pour les Gay Games.» Eric Coquerel veut garantir le maintien des subventions, en citant explicitement l’Existrans et la Pride. Mais Pierre Serne, qui semble parfaitement maîtriser son sujet, alerte sur un point technique mais qui pourrait poser problème, la clause de compétence générale, qui a été récemment supprimée. Exemple concret à l’appui: «La réalité, affirme Pierre Serne, c’est qu’un contrôle du Préfet empêcherait la Région de financer la Marche des fiertés.»

SANTÉ ET PRÉVENTION DU VIH
Sur la santé, Thierry Solère insiste: «C’est un sujet majeur. Il ne faut pas caricaturer les propos et la Région continuera d’apporter son concours.» Dans le domaine de la prévention du VIH, Pierre Serne, Cécile Lhuillier et Eric Coquerel ont plaidé pour des campagnes ciblées, notamment en direction des gays. Marie-Pierre de la Gontrie a rappelé que la Région finançait le Crips, pour 3,5 millions d’euros chaque année, ainsi que le festival de musique Solidays ou encore le 190, centre de santé sexuelle. Goûtant lui aussi à la passe d’armes, Thierry Solère a rappelé que le PS avait promis un milliard d’euros pour la santé mais que seuls 60 millions avaient été engagés entre 2010 et aujourd’hui (une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier). «On ne dilapidera pas l’argent», conclut-il sur ce thème.

ÉDUCATION
En matière d’éducation, la candidate PS affirme vouloir maintenir les interventions dans les établissements scolaires et Cécile Lhuillier insiste sur la nécessité d’associer les structures communautaires à ces actions. Eric Coquerel lui se déclare favorable à l’amélioration de l’accueil des associations. Fort de son bilan, Pierre Serne rappelle que les élu.e.s régionaux siègent dans les établissements scolaires. «Là où j’ai pu intervenir, j’ai fait ajouter dans les règlements intérieurs la formule de lutte contre la lesbophobie, l’homophobie et la transphobie.» Il propose également qu’un accueil spécifique puisse être fait aux urgences pour les jeunes LGBT en rupture familiale.

FORMATION PROFESSIONNELLE
Sur la formation professionnelle, une compétence régionale forte, Thierry Solère insiste sur la nécessité de prévenir et de sanctionner, quand Pierre Serne propose de demander des engagements fermes contre les discriminations. Eric Coquerel surenchérit alors et plaide pour des modules de formation complémentaires sur ces sujets LGBT pour les travailleurs sociaux et propose une Charte anti-discriminations.

FAMILLE, PMA ET DROITS DES TRANS
Moment plus intense lorsque l’ouverture de la PMA et les droits des trans sont abordés. «Nous sommes toujours des citoyens de seconde zone, lance Pierre Serne, qui affirme qu’il continuera de plaider pour ces sujets dans chaque débat où il est invité. «La Région doit être militante, plaide Eric Coquerel, par rapport à des décisions du gouvernement.» Mal à l’aise sur ces sujets, Thierry Solère se contente d’affirmer: «Ce qui m’importe, c’est d’apporter des solutions très concrètes. Notre rôle, c’est d’apporter des réponses sur les compétences qui sont les nôtres.» Et avant de s’excuser de devoir partir, il répète que Valérie Pécresse continuera de financer la Marche de l’Inter LGBT, ce qui vaut ce tweet de Jean-Luc Romero, présent dans la salle.

 

 

 

Il est près de 22h45 lorsque le débat prend fin. Un sujet n’a pas été abordé mais il  ne cesse pourtant de hanter les esprits. Quel sera le résultat de l’extrême droite au soir du premier tour, y compris en Ile-de-France. Un récent sondage indique que si Valérie Pécresse fait pour l’instant la course en tête au premier tour, le FN, dont la tête de liste est Wallerand de Saint-Just, talonne désormais la liste du Parti socialiste, emmenée par Claude Bartolone. Treize listes seront présentes lors du premier tour.