Samedi 28 novembre, le député du parti Ennahdha Abdellatif Mekki s’en est pris ouvertement à l’association LGBT tunisienne Shams. Prisonnier politique sous Ben Ali devenu ministre de la Santé entre 2011 et 2014, désormais siégeant à l’Assemblée, il a profité de la séance plénière sur la Loi de finances 2016 pour se lancer dans une diatribe contre les personnes LGBT qui représentent selon lui un danger pour la société.

«Abdellatif Mekki a dit que c’était une honte pour la Tunisie d’avoir autorisé une association telle que Shams, raconte à Yagg l’avocat de l’association. Il a dit que les homosexuels étaient utilisés comme moyen de torture psychologique contre les prisonniers politiques, qu’ils étaient placés dans une chambre réservée et que les prisonniers y étaient transférés pour leur faire subir des agressions sexuelles.»

Des accusations fausses et mensongères, maintient l’avocat de Shams. Le député d’Ennahdha a ainsi demandé l’interdiction pure et simple de Shams. C’est le secrétaire général du gouvernement Ahmed Zarrouk qui lui a répondu en expliquant que l’association LGBT, qui a été créée en mai 2015, n’a pas d’existence légale. «Ce qui est faux, souligne l’avocat, Shams a déposé ses statuts le 22 mai, mais le Journal Officiel a refusé l’enregistrement sous la pression du gouvernement. Shams existe car la démarche pour être publiée au Journal Officiel a bien été faite.» Le secrétaire général du gouvernement a ensuite ajouté que Shams allait faire l’objet d’une suspension de ses activités et allait être dissoute. Dans le même temps, Ahmed Zarrouk a par ailleurs annoncé le dépôt de 164 demandes de suspension d’activités et 64 demandes de dissolution contre des associations, selon l’agence Tunisie Afrique Presse.

Comment l’association va-t-elle pouvoir agir? «Selon la loi, affirme l’avocat de Shams. Nous attendons une assignation devant la justice et nous allons nous défendre et prouver que nous n’agissons pas contre la loi, que nous ne prônons pas la violence, ni à la haine, ni d’appel au boycott.» Selon lui, Abdellatif Mekki a surtout voulu faire diversion et présenter Ennahdha comme un parti défenseur des valeurs morales. «Shams se battra dans la justice. Si l’association est dissoute, nous poursuivrons notre combat, ce sera plus compliqué, mais cela n’arrêtera pas les militant.e.s»

La militante Yamina Thabet, présidente de l’Association Tunisienne de Soutien des Minorités, a dénoncé cette atteinte aux libertés sous couvert de lutte contre le terrorisme:

L’association Shams a été créée en 2015 et milite pour l’abrogation de l’article 230 du code pénal tunisien, qui prévoit trois ans d’emprisonnement pour sodomie entre adultes consentants. Son vice-président Hedi Sahly était présent à Avignon mi-novembre pour assister aux États Généraux du militantisme LGBTI.