Décrire Cockyboys, c’est d’abord parler de trois hommes, Jake Jaxson, RJ Sebastian et Benny Morecock, vivant ensemble (un trouple) dans une très belle maison et dirigeant avec succès un studio de films gays pour adultes. L’un d’eux, Jake Jaxson, est à Paris cette semaine pour présenter le premier épisode d’un documentaire sous forme de reality show sur la «famille CockyBoys» au festival Chéries-Chéris (Meet The Morecocks) lors d’une séance en partenariat avec PinkTV. Yagg l’a rencontré ainsi que deux acteurs pour une interview sur les raisons du succès de ce studio pas tout à fait comme les autres et une séance photos.

Le studio Cockyboys représente un peu la «nouvelle vague» de l’industrie du porno gay américain. Les films de ce studio new yorkais mettent en avant le naturel des acteurs mais la réalisation est souvent très léchée, parfois très arty. Parmi les acteurs phares Colby Keller, Jake Bass, Duncan Black. C’est dans un immense appartement du 8e arrondissement que nous avons rendez-vous avec le producteur Jake Jaxson et deux acteurs de l’écurie CockyBoys.

jake jaxson

Jake, comment définiriez-vous un film du studio CockyBoys? J’essaie de créer d’abord des films distrayants et sexuellement stimulants ensuite. J’aime les préliminaires, j’aime bien draguer, j’aime bien embrasser. Un bon film, ça ne peut être juste deux mecs en train de baiser, il faut que ce soit distrayant. La deuxième exigence, c’est que cela soit authentique. L’interaction est réelle entre les acteurs. Beaucoup de gens nous disent que nos films sont romantiques. Je les vois plutôt comme nostalgiques. RJ et moi sommes ensemble depuis 16 ans et avec notre partenaire, Benny, nous sommes ensembles depuis huit ans. Quand vous êtes depuis longtemps avec quelqu’un, vous vous souvenez des débuts de votre relation, où tout était excitant, le sexe compris. Dans une relation, on essaie de revivre des expériences sexuelles qu’on a aimées. Ce que vous voyez à l’écran sont nos expériences sexuelles préférées. C’est pourquoi c’est nostalgique pour moi.

Quelles sont les qualités que vous privilégiez chez les acteurs? La plupart des gens ne me croient pas quand je dis cela, mais mon premier critère lorsque je choisis un acteur est sa personnalité. La question que je me pose ensuite, c’est: Est-ce qu’il peut rire, est-ce qu’il peut sourire?

Pourquoi? Parce que vous pouvez faire toutes les moues possibles (il prend plusieurs poses) mais au final, ce dont les gens se souviennent, ce sont ceux avec qui ils se sont amusés, qui les a fait rire. Quand nous tournons, les acteurs ne doivent pas se prendre au sérieux, ils doivent avoir de la conversation. Il faut que cela apparaisse vrai, authentique. Quasiment tous nos performers, Max Ryder, Jake Bass, Levi Karter, Liam Riley, ils ne sont pas des pornstars typiques. Parfois, lorsque je choisis un nouvel acteur, certains me disent: «Ce mec, tu es sûr?». Et je réponds: «Oui, bien sûr!». Et il devient très populaire. Pourquoi? Parce que les spectateurs tombent amoureux de lui.
Je me demande aussi si leur corps est naturel. Là aussi je veux de l’authenticité, pas de la création artificielle. Colby Keller est naturel à 100%. Et Liam est Liam.

Est-ce que le public a changé et qu’il réclame ce type d’acteurs? Je suis fier de faire du porno. Économiquement, les choses ont changé aussi. Les clients sont devenus moins nombreux avec la crise économique. Je dois avoir un budget équivalent à celui de mes concurrents pour tourner un film. Mais je vais essayer de penser différemment. Les consommateurs en veulent plus pour leur argent. Que ce soit pour la nourriture, les vêtements. Et puis, ils sont habitués au contenu en streaming, notamment via Netflix par exemple. C’est pour cela qu’on a refait notre site. Nous voulons que les internautes puissent explorer de nouvelles choses. Nous avons aussi un grand nombre de femmes qui sont fans. Nous avons fait un show à Chicago, le premier Cocky Con, et 75% du public était des femmes.

Quels sont les principaux défis pour l’industrie du porno gay? La principale question est la santé, la santé mentale et la santé physique. Nous ne pouvons pas produire des films dans lesquels les performers seraient vus comme des produits jetables. Quand j’ai commencé à faire des films, mon but était que le performer ne soit pas vu comme une marchandise. Je voulais mettre en avant et en valeur la personnalité des acteurs. Certains studios ont rogné sur les coûts et peuvent négliger de faire les tests et de proposer les protections auxquelles n’importe quel employé dans n’importe quelle entreprise a droit. Le problème principal est que certains employeurs peuvent mettre en danger les acteurs et cela peut devenir un problème général pour toute l’industrie. Économiquement, notre studio se porte bien. Mais nous travaillons très dur et nous essayons de nous améliorer. L’industrie adulte est dans une phase de renaissance et j’espère que nous allons devenir plus coopératifs, plus solidaires et plus inclusifs. Et moins bitchy et jaloux.

Vous parlez d’inclusion. La plupart de vos acteurs sont blancs. Pourquoi ce choix? Nous avons beaucoup d’acteurs blancs mais la plupart sont latinos. On me pose souvent cette question. J’essaie toujours de favoriser une grande variété d’acteurs. Parfois, lorsque je choisis un performer noir, sa première question va être: «Combien?» ou «Je suis là uniquement pour l’argent». Ça ne correspond pas à l’orientation de l’entreprise. Pour dix CV, nous recevons un CV d’un Africain américain. Par ailleurs, je ne travaillerais pas avec quelqu’un qui n’est pas open vis-à-vis de ses proches. Il est arrivé que des acteurs perdent toute relation lorsque leurs proches ont découvert qu’ils avaient tourné dans un film gay. J’ai moi-même perdu tout contact avec ma famille, qui est très croyante, depuis que mes parents savent ce que je fais.

Quelles sont les personnalités qui vous ont inspiré? George Duroy [fondateur du studio Bel Ami] m’a beaucoup inspiré. Il m’a invité plusieurs fois à Prague et ce que j’ai appris de lui, c’est qu’il prenait soin des performers. Mais il respecte aussi beaucoup ses clients. Il a compris qu’il fallait leur donner le meilleur et ne pas les mépriser. Chi Chi LaRue m’a aussi beaucoup inspiré. Elle a apporté beaucoup de savoir faire créatif. Avant elle, les films Falcon étaient ancrés dans la réalité. Elle a apporté des histoires folles, des décors inventifs. J’ai aussi rencontré Peter De Rome, le grand père du porno gay, qui est fascinant.

Pouvez-vous nous parler du film que vous présentez à Chéries-Chéris, «Meet The Morecocks»? On présente souvent notre studio comme une famille. Je n’aime pas ce terme car moi-même, je n’ai pas eu les meilleures relations avec ma famille. Ce qui s’est passé, c’est que des réalisateurs de reality show voulaient faire quelque chose sur notre histoire, notre maison, pleine de chiens [le trouple a en effet six chiens] et de garçons. Mais ils ont eu peur du sexe. J’en ai assez de cette mentalité américaine qui a décrété que le sexe, c’était mal mais que la violence, non stop à la télé ou au cinéma, c’était OK. Ce n’est pas ça qui devrait être illégal? La violence est glorifiée mais le sexe est méprisé. Ce film, c’était une façon de montrer comment «on fait monter la sauce», si je peux m’exprimer ainsi, pour comprendre que nous apportons chacun beaucoup de notre personnalité. Une partie du documentaire a été tourné à Paris et il y aura huit ou neuf épisodes. C’est la première fois qu’un de nos projets sera présenté dans un festival avant d’être sur notre site.

La France est-elle un marché important pour vous? Au début non, mais plus nous venons en Europe, plus nous voyons que les gens s’intéressent à ce que nous faisons. Nous sommes le seul studio américain à avoir une activité en Europe, notamment en Espagne. Et j’ai envie de revenir au printemps ou cet été pour tourner à Paris la suite d’Answered Prayers qui s’appellera All Saints.

 

LIAM & TAYTE

Liam Riley et Tayte Hanson apparaissent régulièrement dans des vidéos du studio. Ils viennent à Paris pour la séance Chéries-Chéris. Nous avons pu les rencontrer pour une photo et échanger quelques mots.

Liam Riley

liam riley yagg

«Je suis Liam Riley, j’ai 22 ans, je vis à Los Angeles. J’entame ma deuxième année avec CockyBoys. J’adore y être, je ne l’échangerais contre rien au monde. Tant que les gens m’aimeront, j’y resterai. (rires) Ma famille me soutient totalement. Ma mère vient voir certains shows, mon beau-père s’assure que tout se passe bien pour moi. Je vois parfois sur les réseaux sociaux ce que disent des acteurs plus expérimentés sur l’évolution de l’industrie du X, mais je n’ai jamais eu de vraie conversation avec quelqu’un là dessus. Jake Jaxson nous parle souvent du chemin qu’a fait CockyBoys. C’est la première fois que je viens à Paris, j’ai vraiment hâte de découvrir la ville.»

Tayte Hanson
tayte hanson yagg
«J’ai 26 ans, et je viens de New York. Cela fait un an et six mois et demi que je suis dans le porno gay. Oui, c’est très précis! (rires) Pourquoi CockyBoys? Il y a tellement de raisons… Tout d’abord, ils m’ont contacté, donc c’est un bon début! Ensuite, c’est le seul studio dans ce milieu qui fait du safe sex. D’autres studios font du safe sex, mais ils ont des filiales qui font du bareback. Le côté artistique de Cocky Boys est très intéressant. Ce n’est pas juste: « Toi, tu es l’actif, toi le passif, vous avez 16 minutes et demi, on veut deux éjaculations, allez-y! ». Tout est plus détaillé chez CockyBoys. Je trouve ça bien. Je suis également danseur et comédien. Je travaille sur d’autres projets que le porno. Je pense que tous ces projets différents finiront par se rejoindre à un moment ou un autre. Les mentalités évoluent beaucoup sur le porno, en particulier dans le monde occidental. Rien que cette année, on a vu deux scènes d’anulingus entre hommes à la télé à une heure de grande écoute. Donc je suis confiant pour l’avenir.»

Photos Xavier Héraud

Les CockyBoys sont à retrouver chaque mois sur PinkX.