Militant pour les droits des personnes LGBT au Honduras, Donny Reyes était de passage à Paris début octobre, dans le cadre d’une visite dans plusieurs pays européens afin de sensibiliser les autorités et l’opinion publique à la situation très difficile de la communauté LGBT au Honduras et aux risques que prennent ceux et celles qui défendent leurs droits. Yagg l’a rencontré pour recueillir son témoignage. Accablant.

Vous êtes coordinateur de l’association Arcoiris, quel est son but? Arcoiris a été créée en 2003, c’est une association LGBT qui travaille pour la défense des droits humains à Tegucigalpa, la capitale du Honduras. C’est une organisation qui est composée de personnes de la rue, des gens assez pauvres. Du coup, on se bat avec ce qu’on a. L’organisation a un foyer de refuge pour les personnes LGBT, afin qu’elles puissent se sentir libres d’être ce qu’elles sont sans risque d’être inquiétées ou discriminées. Ce foyer que l’on a créé, c’est un espace de discussions extrêmement important qui permet aux personnes d’être elles-mêmes, de parler, de jouer, de rêver, de danser.

L’espérance de vie des personnes LGBT au Honduras est de 34 ans. L’idée de cet espace, c’est de pouvoir se réfugier dans un endroit où on peut être soi-même car dès qu’on en sort, on retrouve la réalité du Honduras avec toute sa violence.

Le Honduras a justement la réputation d’être un pays où être une personne LGBT est extrêmement difficile? Qu’en est-il concrètement? La communauté LGBT est abandonnée au Honduras: il n’y a pas de protection sociale, pas de garantie de protection de la vie des personnes LGBT, sachant la très grande violence au niveau global dans le pays. Il y a une très haute criminalité envers la communauté LGBT: en 5 ans, plus de 200 crimes de haine ont été commis. C’est notre principale préoccupation. Il n’y a aucune garantie à la vie au Honduras pour ce groupe de personnes. La défense des droits LGBT au Honduras, c’est extrêmement difficile parce que le gouvernement est sous influence de l’Église catholique fondamentaliste. Cette influence fait que les droits LGBT ne sont pas considérés comme légitimes: il n’y a donc pas à mettre de moyens pour protéger les personnes LGBT. Beaucoup de défenseurs des droits LGBT ont soit été assassiné.e.s [comme Walter Orlando Tróchez en 2009, ndlr], soit se sont exilé.e.s vers l’Europe ou les États-Unis parce qu’ils/elles étaient intimidé.e.s et menacé.e.s dans leur activité quotidienne.

D’autres pays dans le monde ont des climats très homophobes. Comment expliquez-vous ce niveau de violence extrême que l’on trouve au Honduras? Il y a l’influence de l’Église qui appelle clairement à la haine envers les LGBT, il y a aussi une impunité et une corruption extrêmement forte qui fait qu’aucun crime de haine n’est condamné.

Il y a plus de 90% de taux d’impunité sur les crimes de haine. En gros, les personnes ont un permis de tuer.

Pourtant le fait de défendre les droits de la communauté LGBT, ce n’est pas forcément un acte de vaillance ou de bravoure, c’est juste le droit de pouvoir aspirer à une vie digne. Arcoiris se bat contre cette violence quoiqu’il arrive, même si nous sommes menacé.e.s régulièrement, car ce qu’il se passe est tellement indigne qu’il faut faire quelque chose. En mai dernier, nous sommes allé.e.s avec une délégation en Suisse au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, pour l’examen périodique universel qui a lieu tous les quatre ans. J’étais présent avec une délégation de la société civile pour appeler le gouvernement à respecter toutes les recommandations qui ont été faites. Mais le président du Honduras a sorti un communiqué à ce moment-là, disant que la société civile qui était en ce moment à Genève était en train de donner une très mauvaise image du pays. Cela veut bien dire que ce gouvernement appelle à la violence et à la haine et que la société civile n’est pas écoutée.

Quel serait, selon vous, le premier levier à actionner pour améliorer la situation des personnes LGBT?
Le premier pas, ce serait l’éducation, le fait d’apprendre le respect et l’égalité des personnes, créer une opportunité pour de meilleures conditions pour les personnes LGBT et en parallèle, il faudrait aussi faire en sorte que les coupables de crimes de haine soient punis. Il faudrait avoir ces deux volets: la question de la sensibilisation et puis casser le sentiment d’impunité pour les personnes qui commettent des crimes.

Est-ce que vous avez le sentiment que les jeunes générations sont plus tolérantes? Au niveau des jeunes, il n’y a pas vraiment d’avancée, ils et elles sont tombé.e.s dans une société qui évolue très peu sur ces questions-là, qui est influencée par le machisme. Mais il y a plus d’avancées sur la création d’espaces de rencontres pour les personnes LGBT. En terme d’espace public, il n’y a pas encore de personnalités qui se sont déclarées ouvertement homos et ça reste encore très tabou au niveau médiatique.

Vous êtes actuellement en visite dans plusieurs pays européens. Comment peuvent-ils aider la communauté LGBT du Honduras? Dans cette tournée, il y a différents temps de rencontres, avec la société civile, avec les associations de solidarité avec le Honduras, et aussi avec les gouvernements. Ce qu’on demande aux gouvernements, c’est que la collaboration économique entre le gouvernement du Honduras et les pays européens ne se fasse pas sur une aide aux forces armées.

Le Honduras est un pays extrêmement militarisé où beaucoup d’argent est mis dans les forces de l’ordre, qui sont souvent coupables de violations des des humains, alors que très peu d’argent est mis dans l’éducation et la santé.

La première chose à faire, c’est que cette aide économique soit placée dans ces deux derniers enjeux, que cette aide économique soit conditionnée par le respect des droits humains. La deuxième chose concerne la société civile, à qui on demande un accompagnement pour dénoncer la façon dont sont gérés les crimes de haine et pour réclamer au gouvernement du Honduras des mécanismes de protection des personnes LGBT.

Plusieurs pays en Amérique latine ont fait passer des lois progressistes sur le mariage pour tous, sur le changement d’état civil pour les personnes trans, cela peut-il avoir une influence positive au Honduras, de voir qu’ailleurs l’égalité avance? Évidemment les personnes de la communauté LGBTI se réjouissent de toutes les avancées dans le monde, mais au Honduras la réponse est toujours négative. En 2005, quand il y a eu le vote pour le mariage pour les couples homosexuels en Espagne, le secteur fondamentaliste de l’Église est sorti dans la rue pour protester et pour demander à inscrire dans la constitution hondurienne que le mariage soit interdit aux couples de même sexe. Et c’est passé. Pendant les votes en Argentine et en Équateur, ça a recommencé, il y a eu des attaques, notamment contre des femmes trans. À chaque fois qu’il y a des avancées dans le monde, il y a des réactions très vives, de peur justement que cela arrive au Honduras. En ce moment au Congrès, ils essaient de changer le code pénal pour criminaliser les personnes trans de manière générale.

Qu’est-ce qui vous motive pour continuer de militer au Honduras, alors que votre vie est en danger, que d’autres ont fui? Je continue pour mille raisons. J’ai énormément souffert au sein de ma famille qui ne comprenait absolument pas comment on peut être homosexuel. Quand j’en suis parti, je suis passé par énormément de souffrances, j’ai subi des agressions, des abus sexuels, j’ai connu la prison, les intimidations… J’ai l’impression d’avoir connu tout ce qu’on peut connaître de pire avant la mort.

Je n’ai plus rien à perdre. Ça a renforcé mon envie de me battre et de faire en sorte que les autres ne vivent pas ce que j’ai subi moi.

Que les prochaines générations ne vivent pas ce que j’ai vécu. S’exiler, c’est effectivement une option, mais si on fuit, qu’est-ce qu’on laisse? Qu’est-ce qu’il reste pour ceux et celles qui ne peuvent pas partir?

Merci à Camille Bossé de Peace Brigades International (PBI) pour la traduction.