Voilà presque deux mois que Le B 52 a ouvert à Sisteron, dans le département des Alpes de Haute-Provence. À peine installé, le couple de propriétaires, Grégory Scarbonchi et Éric Avena, s’est déjà rendu trois fois au commissariat. Ce lundi 23 novembre, ils avaient décidé de porter plainte, cette fois contre les anciens gérants de leur bar, suite à de récentes menaces et insultes, mais c’était sans compter sur le refus des gendarmes. Sans aucune raison explicite, les gendarmes ont décidé de ne pas prendre leur déposition. Injures, boycott, menaces à l’égard d’un animateur, le B 52 ferait les frais d’anciens gérants malintentionnés.

RUMEURS, DIFFAMATION ET INSULTES
Venus de Corse, Grégory et Eric ont quitté leur île de beauté l’été dernier pour ouvrir un bar à Sisteron, petite commune des Hautes-Alpes. Après avoir récupéré les clés en septembre, ils ouvrent le 1er octobre un «bar aux allures de pub classique» décrit Grégory. «Le bar avait mauvaise réputation quand on l’a récupéré, on a du faire un peu le ménage dans la clientèle puis on a fini par le relancer, raconte-t-il à Yagg. Mais des rumeurs sont parties des anciens gérants. Ils venaient jeter un œil de temps en temps. Des client.e.s ont commencé à nous raconter qu’il se disait de plus en plus dans le village “c’est un bar de pédés, ceux qui y rentrent sont des pédés”.»

Rancœur des anciens gérants, volonté de nuire à la concurrence, appel au boycott, homophobie? Toujours est-il que le B 52 voit sa clientèle se raréfier en quelques jours. «Le 31 octobre, nous n’avions quasiment plus de clients», déplore le gérant. Le 4 novembre, il décide de porter plainte contre X. Dans cette plainte est évoqué notamment le témoignage de Marc, une connaissance du couple, qui a lui-même entendu de la part de plusieurs personnes, dont un employé de l’état civil de Sisteron: «“Bon maintenant, on va aller boire un coup chez les deux pédés”». «Marc s’est énervé en disant que c’était des propos honteux, peut-on lire dans la plainte que Yagg s’est procurée, et le gars de l’état civil a dit que c’était pour rigoler et que c’était dû à la rumeur qui partirait de l’ancien gérant et qui a fait tout le tour de Sisteron.»

Les gérants contactent alors l’association locale de lutte contre les discriminations créée en 2010, Equality, qui leur propose un soutien juridique. «Aujourd’hui, nous comptons nous constituer partie civile sur cette affaire, si les plaintes sont poursuivies par un juge», affirme à Yagg Sandy Gauthier, président de l’association.

Le couple récemment marié décide alors de changer de cap. Le «bar aux allures de pub classique» n’est plus d’actualité. «Nous avons décidé de fermer quelques jours, relate Grégory. Nous avons repeint tout le bar aux couleurs gays, affiché sur la devanture que nous étions un bar LGBTH. Le H était important, car nous voulons bien faire comprendre que notre bar est ouvert à tou.t.e.s». Le bar devient alors le premier bar officiellement «gay-friendly» des Hautes-Alpes. «Au moins maintenant les choses sont claires», affirme Grégory.

LE SOUTIEN EN DEMI-TEINTE DU MAIRE DE SISTERON
L’association Equality dont le siège social a été transféré à Sisteron dans le courant de l’été, ne s’attendait pas à ce que de tels événements se déroulent dans cette commune. «L’un des membres du bureau habite à Sisteron depuis plus de deux ans, il s’y est marié avec son ami en 2014 et jamais ils n’ont été victimes d’injures dans les rues de la ville, indique Sandy Gauthier. Tout comme à notre connaissance, nous n’avons jamais entendu d’injures homophobes avant l’affaire du B 52. Nous sommes à la fois surpris et choqués.» Pour Grégory, «il ne faut pas accuser les Sisteronais.e.s dans leur ensemble».«Nous avons reçu énormément de soutien de la grande majorité des habitant.e.s. Celles et ceux qui nous insultent ne sont qu’une minorité qui veut nous nuire».

Quelle réaction du côté de la municipalité? «Le maire est venu nous voir», affirme Grégory qui poursuit: «Nous avons discuté sur le pas de la porte et il nous a dit “un bar LGBT dans la région, ce n’est pas une bonne stratégie commerciale car il n’y a pas assez de clientèle”». Equality appelle à ce que le maire condamne publiquement ces discriminations: «Il s’est engagé contre l’homophobie, en signant une charte auprès de l’association Le Refuge, nous demandons juste qu’il respecte son engagement.»
Contacté par Yagg, le maire, par la voix de son chargé de communication, a réitéré sa volonté de ne pas s’exprimer sur ce qui relève, selon lui, d’une «affaire privée».

LA GENDARMERIE REFUSE LE DÉPÔT DE PLAINTE
Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Après les insultes et la diffamation, place aux menaces. Quelques jours après la réouverture, Vincent, l’animateur d’un karaoké au B 52, reçoit le mail d’un expéditeur inconnu dont le contenu est sans équivoque: «Tu bosses pour de gros PD, gaffe à toi si on te chope». Gregory a immédiatement été ajouter cet élément à sa plainte.

Aujourd’hui, lundi 23 novembre, il s’est à nouveau rendu au commissariat pour déposer une plainte contre les anciens gérants qui l’ont menacé: «Ils ont été convoqués au commissariat jeudi et lorsqu’ils sont ressortis ils sont venus au bar me menacer en disant “on va te le retourner ton bar, tout te péter”. Ils ont ensuite interpellé le témoin ayant corroboré ma plainte en l’insultant de “sale pédé” dans la rue», détaille Grégory. Le dépôt de plainte de Grégory n’a pourtant pas été pris en compte par la gendarmerie de la commune. Il affirme que les gendarmes ont refusé de prendre sa déposition et ce, sans aucun motif apparent. Il annonce prendre immédiatement contact avec ses avocats et envisage d’écrire au Procureur.