[mise à jour, 17h30] Réaction de Aides.

C’est l’aboutissement d’une longue période de recherche et de plaidoyer. Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a annoncé aujourd’hui 23 novembre à l’Assemblée nationale une nouvelle que les associations attendaient avec impatience: le traitement préventif contre le VIH (ou PrEP) sera autorisé en France et mis à disposition dès la première quinzaine de décembre. Mieux, la prise en charge de ce nouvel outil de prévention sera intégralement assurée par l’assurance maladie dès le début de l’année 2016.

C’est à l’occasion de la discussion du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2016 que Marisol Touraine, répondant à une question de Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales, a annoncé qu’elle allait mettre à disposition la PrEP dans le cadre d’une Recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Mais elle a également insisté: «Le préservatif est et restera le socle de la prévention».

Et selon elle, le traitement préventif ne peut pas se substituer au préservatif.
L’association Aides a réagi positivement à cette annonce par communiqué. «C’est une immense satisfaction pour nous de voir ce dossier aboutir. Cela signifie que très bientôt, nous allons pouvoir accompagner partout en France les personnes qui ont besoin d’un nouvel outil de prévention adapté à leur situation de vie. Nous remercions la ministre de la Santé d’avoir su prendre la bonne décision et décider d’une prise en charge à 100% de la PrEP » déclare Aurélien Beaucamp, Président de AIDES.

Ce qu’on sait de la PrEP. La PREP a fait l’objet de nombreux essais (dont Ipergay en France), notamment auprès de la communauté gay et des Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et des trans. Son efficacité est proche de 100% pour prévenir l’acquisition du VIH chez les personnes séronégatives et prenant correctement le traitement. En septembre dernier, une étude a permis de montrer que l’utilisation de la PrEP dans la «vraie vie», à San Francisco, était réellement efficace puisque sur une période de 2,5 ans, aucune infection par le VIH n’a été rapportée.

Autorisée aux États-Unis depuis l’été 2012, recommandée toutes les instances internationales et nationales pour prévenir l’infection, la PrEP avait fait l’objet d’une demande de recommandation temporaire d’utilisation déposée par Aides en janvier 2013.

TOUT S’ACCÉLÈRE
Depuis la rentrée, tout s’est accéléré. Début octobre, l’association Aides demandait aux pouvoirs publics d’intervenir et affirmait vouloir tout mettre en œuvre pour que la PrEP soit disponible. Un mois plus tard, le 2 novembre, le Pr Molina expliquait sur Yagg qu’il allait ouvrir le 10 novembre, avec l’accord de l’hôpital Saint Louis, la première consultation sur la PrEP. «Il y a maintenant une multitude de recommandations, Europe, France, OMS pour la prescription de Truvada, disait-il à l’époque. Tout le monde dit: il faut le faire, ça marche.»Sandrine Fournier, responsable prévention gay à Sidaction, avait salué l’initiative: «Fort du succès d’Ipergay, Jean-Michel Molina s’inscrit dans la tradition des médecins militants de la lutte contre le sida. Rappelez-vous Willy Rozenbaum faisant la promotion de l’usage du préservatif à la télévision, à l’époque où leur publicité était interdite.»

Le 6 novembre enfin, une commission de l’agence du médicament donnait son feu vert pour la délivrance, sous conditions, du traitement préventif. La ministre ne pouvait plus rester inactive.

D’autres médecins ont emboité le pas, comme le Pr Gilles Pialoux, qui lance sa propre consultation à l’hôpital Tenon (Paris 20e) dès le 1er décembre.

 

EN SAVOIR PLUS SUR LA PREP
Le traitement préventif (à base de Truvada, un antirétroviral, est réservé à certains groupes bien définis, d’après le groupe d’experts sur le VIH qui recommande de prescrire le traitement préventif:

  • aux Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), non infectés par le VIH qui rapportent des relations anales non protégées avec au moins deux partenaires sur une période de dix mois ou ayant présenté plusieurs épisodes d’IST (syphilis, infections à Chlamydia, gonococcie ou primo-infection par les virus des hépatites B ou C) ou ayant eu plusieurs recours à un traitement antirétroviral post-exposition (TPE) dans l’année ou ayant l’habitude de consommer des substances psychoactives lors des rapports sexuels ;
  • aux personnes transgenres ayant des relations sexuelles non protégées ;
  • aux usagers de drogues intraveineuses avec partage de seringues ;
  • aux personnes en situation de prostitution exposées à des rapports sexuels non protégés ;
  • aux personnes en situation de vulnérabilité exposée à des rapports sexuels non protégés à haut risque de transmission du VIH

Concrètement, un premier rendez-vous permettra de présenter l’offre de prévention et d’évaluer l’opportunité du traitement puis d’effectuer les tests sanguins nécessaires (dépistage du VIH). Environ, trois semaines plus tard, si la personne est séronégative, le traitement pourra lui être proposé. Il sera prescrit selon deux schémas de prise:

  • soit en continu (un comprimé de Truvada tous les jours)
  • soit à la demande : deux comprimés entre 24 heures et 2 heures avant le rapport sexuel, puis un comprimé 24 heures et un comprimé 48 heures après la prise précédant le rapport sexuel. L’efficacité de cette modalité de prise n’a toutefois été démontrée que chez des HSH. Elle ne peut donc pas être recommandée chez les autres personnes à risque, en particulier chez les femmes.

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