«Votre combat est universel et nous concerne tous», déclarait Cécile Helle, maire d’Avignon (PS), lors de la soirée d’ouverture des États généraux du militantisme LGBTI qui ont eu lieu du 13 au 15 novembre dans cette ville de Provence-Alpes-Côte d’Azur. «Merci d’avoir choisi notre terre pour construire des ponts» a-t-elle lancé aux nombreux/euses militant.e.s venu.e.s de toute la France pour participer à ce grand rassemblement. A l’issue de son discours, la maire élue en avril 2014 a accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi avez-vous tenu à accueillir ces premiers États généraux? C’était naturel qu’Avignon, non seulement accueille, mais aussi soutienne cette initiative. Je pense que le mouvement LGBTI mène des combats pour la reconnaissance de droits qui sont des droits humains, des droits légitimes contrairement à ce que peuvent penser un certain nombre de personnes y compris en France, encore plus dans d’autres pays malheureusement. Et donc, pour moi, en tant que maire d’Avignon, c’est vraiment important de pouvoir m’inscrire et de pouvoir inscrire la majorité qui m’accompagne dans ce combat aux côtés des associations, et de renvoyer l’image d’Avignon comme ville de tolérance, dans le contexte dans lequel Avignon s’inscrit, notamment le Vaucluse, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui sont malheureusement des territoires dans lesquels émergent et fleurissent un certain nombre d’obscurantismes.

Comment, selon vous, les élu.e.s locaux, les régions peuvent-ils/elles tenir un rôle dans la lutte contre les discriminations? Comment votre ville participe-t-elle à cette dynamique? Déjà symboliquement, en positionnant dans mon équipe une élue qui est sur ces enjeux de luttes contre les discriminations quel qu’elles soient, mais y compris les discriminations sexuelles (il s’agit de Françoise Lichière, Conseillère municipale déléguée aux droits des femmes et à la lutte contre les discriminations, ndlr). C’est pour moi très important parce que c’est aussi le combat de la fraternité, de la laïcité qui est fondatrice de la République. Aujourd’hui encore plus qu’hier, ce sont des débats sur lesquels on doit retrouver des acteurs associatifs comme les gens présents ici, mais aussi des acteurs politiques, c’est ce que je viens de dire aux deux co-porteurs de ces premiers États généraux, Christine Nicolas et Erwann Le Hô. Ensuite, au delà d’avoir identifié un.e élu.e dans son équipe, c’est aussi lui donner des missions, lui proposer des projets et des actions à conduire, d’une part déjà, pour s’assurer que la municipalité est exemplaire de ce point de vue-là, du point de vue de ses élu.e.s, mais aussi de ses agents et de la manière dont est accueilli le public et le/la citoyen.ne dans les différents services publics municipaux. L’élue va aussi accompagner les associations locales du Pôle LGBTI sur les projets qu’elles peuvent porter, notamment dans le cadre de la journée contre l’homophobie le 17 mai, par exemple. Nous sommes aussi en train de travailler pour mettre à disposition des locaux et des moyens logistiques au Pôle local LGBTI. Pour l’instant, il n’y en a pas et les associations n’ont pas forcément de visibilité au-delà des événements qui peuvent se passer. Je pense donc que c’est aussi leur donner les moyens d’agir en prenant un peu de recul par rapport aux contraintes logistiques et qu’ils puissent ainsi se concentrer sur le combat qu’ils ont à conduire notamment contre les discriminations homophobes, qui sont pour moi une dimension vraiment importante de ce combat.

Vous évoquiez dans votre discours la recherche d’un «juste milieu» entre la sphère privée et la sphère publique. Pensez-vous que les personnalités politiques LGBTI peuvent justement avoir un poids en étant visibles sur la scène publique, en faisant leur coming-out par exemple? Oui, je pense que c’est important. Après je pense aussi que c’est du rôle des élu.e.s, quel que soit leur choix personnel, d’être aux côtés des combats qui sont conduits par la communauté LGBTI aujourd’hui. Moi, c’est aussi l’une de mes motivations, c’est l’un des fondements de mon engagement politique et je pense qu’aujourd’hui parce que je suis maire d’Avignon, nécessairement je lance aussi un message d’exemplarité, un message qui va peut être plus interpeller que si je n’étais pas élue maire de cette ville. Ce message est d’autant plus important à porter et à partager avec les acteurs qui sont parfois aussi des victimes au quotidien d’actes discriminatoires. Lors de leur discours, les co-animateurs des États généraux citaient l’association de Montpellier qui était là et cette agression homophobe qui a eu lieu il y a quelques jours. Ça, ça se passe en France et en 2015, c’est notre devoir à tous de dire que de tels actes sont intolérables et cela nécessite de se mobiliser et de le dénoncer. Il n’y a rien de pire dans une démocratie que le silence et l’acceptation.

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