La photo du visage de Clément, l’arcade ensanglantée, les paupières noircies mais le sourire aux lèvres a fait le tour des réseaux sociaux et des médias.  Quelques jours après son agression, nous l’avons joint par téléphone.

Il revient sur le choix d’avoir montré son visage. « Je me prends souvent la tête sur Twitter avec des homophobes et je me suis rendu compte que les insulter ne menait à rien. Je me suis dit que le mieux pour leur rendre la monnaie de leur pièce c’était de leur montrer que peu importe leur violence on restera les mêmes, on continuera à s’aimer et on vivra notre vie » a-t-il expliqué à Yagg.

« BANDE DE SALES PÉDÉS »
Le souvenir de l’agression reste vif. « Je suis barman dans une boite réputée gay-friendly [La Villa Rouge]. Mardi soir on sortait de la boite avec mon copain et on cherchait un taxi. Eddy, un ami, nous accompagnait. On avait marché 300 mètres, on discutait et une voiture s’est arrêtée à notre hauteur. Le conducteur a ouvert la fenêtre et s’est mis à crier: « Bande de sales pédés, vous sucez des bites ! » » raconte Clément. « Je leur ai demandé ce qu’ils avaient et là les deux hommes à l’avant et les quatre à l’arrière sont sortis de la voiture et se sont jetés sur nous. Notre ami Eddy a repoussé l’un d’eux et a réussi à retourner vers la boite appeler les secours et chercher l’aide des videurs. Pendant ce temps là, quatre se sont jetés sur Aaron et deux sur moi. Lorsque les videurs sont arrivés au bout de la rue, les six hommes sont repartis. Aaron est resté inconscient quelques minutes, nous avons été aidés par les videurs puis nous sommes partis à l’hôpital. »

Ils en sont sortis le lendemain matin. « Avec le recul, je pense qu’ils n’étaient vraiment pas là par hasard », analyse le jeune homme:

« La boîte est réputée pour être fréquentée par des gays, je pense qu’ils trainaient dans le coin avec l’idée de casser du pédé. J’y ai beaucoup réfléchi et je suis persuadé qu’on ne se tenait pas la main, qu’aucun signe extérieur ne montrait qu’on était homosexuels, on discutait juste tous les trois. »

SOUTIEN DE LA POLICE
Il tient à rendre hommage au soutien de la Lesbian & Gay Pride de Montpellier. « Nous avons rapidement été soutenus par la Lesbian and Gay Pride et par son président Vincent Boileau-Autin qui a géré les médias pour nous. La LGP nous a aussi proposé une avocate et nous avons décidé de porter plainte. Nous l’avons fait le jeudi, soit deux jours après l’agression », se souvient Clément. « Au départ nous étions fatigués et avions préféré reporter à plus tard. Puis, nous avons vu l’énorme soutien qui nous entourait et nous nous sommes dit qu’il était important de porter plainte au plus vite. Nous avons été très bien reçus au commissariat, le soutien de la police était entier ». Comme l’a confirmé leur avocate Maitre Lauren Dauguet, la plainte a été déposée pour « violences volontaires en réunion avec circonstance aggravante liée à l’orientation sexuelle des victimes ». « Dans l’après midi, la LGP avait organisé un point presse pour répondre à toutes les sollicitations que j’avais reçues », explique Clément.:

« Au départ Aaron ne voulait pas s’exprimer, il est très discret. Nous en avons parlé tous les deux et il a décidé de faire l’effort de venir car il s’est rendu compte de l’importance de son témoignage. »

« Vendredi, on avait rendez-vous avec un médecin légiste, c’est normal lorsque l’on dépose plainte pour agression », détaille-t-il. « Il n’y a que l’avocate qui peut avoir accès au dossier, elle l’a demandé, on n’a pas encore les résultats mais nous savons déjà que nous n’aurons pas plus de 8 jours d’ITT (incapacité temporaire de travail). »

« IL NE FAUT PAS SE LAISSER PRENDRE PAR LA PEUR »
Les plaies commencent à cicatriser. Les plaies physiques, du moins. « Aujourd’hui, nous allons beaucoup mieux. Nous nous sommes reposés. Physiquement, nous n’avons presque plus de traces de l’agression. C’est important car c’est difficile de voir sa gueule amochée tous les jours dans la glace », exprime Clément:

« Aaron ne veut toujours pas sortir, en boite surtout. Il se réfugie dans le travail pour oublier. Moi je suis obligé de retourner en boîte car je suis barman. J’ai travaillé vendredi soir pour une soirée gay. Selon moi, il ne faut pas se laisser prendre par la peur, il faut continuer à sortir. »

Dans la nuit du 10 au 11 novembre c’était la première fois que le jeune homme regardait l’homophobie dans le blanc des yeux. « Je ne pensais pas que l’on pouvait encore se faire tabasser parce qu’on est homosexuel.le. Depuis notre agression, j’ai reçu énormément de témoignages de gens qui ont vécu la même chose. C’est beaucoup plus courant que ce que je pensais. C’est beaucoup plus courant que beaucoup de gens le pensent. Moi je ne l’avais jamais vécu. Mon homosexualité a toujours été très bien acceptée dans ma famille. Lorsque j’ai fait mon coming-out, ma famille m’a répondu « oui, et alors ? Pourquoi tu en fais quelque chose de grave ? » car mon annonce avait un ton assez dramatique. C’était la même chose dans la famille d’Aaron. Dans la rue nous nous tenions la main et je n’ai jamais fait face aux insultes ou aux réflexions. »

MARCHE CONTRE LA HAINE
Tous les deux, ils ont voulu qu’une marche ait lieu à Montpellier, pour dénoncer l’homophobie. « J’ai eu l’idée d’organiser une marche, j’ai soumis l’idée à la LGP qui a tout de suite été d’accord. Nous ne voulions pas faire quelque chose en notre nom car nous ne sommes les héros de rien mais nous voulions rappeler qu’il faut encore se battre contre l’homophobie, que les agressions homophobes ça existe encore » commente Clément.

Après les attentats qui ont frappé Paris, la tenue de cette marche n’est pas assurée. « Avec les événements de vendredi soir, il n’est pas certain que la manifestation puisse avoir lieu mais si c’est le cas ce ne sera pas simplement une marche contre l’homophobie mais une marche contre la haine », conclut-il. La déclaration devait être déposée dans la journée d’hier, c’est désormais à la préfecture de décider si cette marche aura lieu.