Lorsque j’ai appris l’impensable, j’ai d’abord ressenti l’horreur et l’inquiétude. Comme pour tous les Parisiens et tous les Français, ce 13 novembre est un traumatisme. L’émotion qui s’en est ensuivie est intense, à la hauteur de la gravité des événements. Puis, juste après, chacun s’est aperçu qu’il connaissait quelqu’un qui était là-bas, à Saint-Denis, au Bataclan, dans un café du 10e ou du 11e arrondissement. Paris est un village sombre depuis ce vendredi d’automne.

Face à l’horreur, beaucoup se sont montrés solidaires dans la douleur et dans la peine. Par exemple en offrant l’hospitalité à ceux qui étaient bloqués sur place. En allant donner son sang dans toute l’Île-de-France pour secourir ceux qui en auraient besoin. En aidant les services de secours, les personnels de santé, les agents de la Ville de Paris mobilisés. Le monde entier s’est saisi de nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité comme un hommage à ces dizaines de vies ôtées.

Aujourd’hui, les Parisiens veulent être protégés. Le renforcement des moyens de police et de justice est nécessaire. L’État doit trouver durablement les moyens adaptés pour garantir la sécurité de toutes et de tous. Au lieu de céder à la panique, il nous revient d’œuvrer à l’apaisement. L’exact inverse de ce qu’ont fait ceux qui se sont exprimés avec violence dès le soir des attentats. Collard, Aliot, Bay, Saint-Just du Front National, Luca des soi-disant Républicains : il leur a été impossible de respecter le choc immense d’une nation. L’instrumentalisation n’aura pas même attendu le décompte des morts…

Viendra ensuite le temps de la réflexion. Ce que les terroristes ont voulu atteindre, c’est notre façon de vivre. C’est la vie parisienne, ses concerts, ses cafés et sa bonne humeur. C’est le lien invisible qui existe entre les groupes qui déambulent le vendredi soir sur les trottoirs de la capitale. C’est une certaine liberté qui irrigue toute la ville, de ses quartiers populaires à son cœur bouillonnant.

Depuis le 11 janvier, nous le savons, Paris est une ville résiliente. Plus que jamais, nous allons faire croître la solidarité, la paix, la liberté, pour que notre cité reste ce qu’elle est, cette ville-creuset où tant de personnes différentes vivent ensemble. Pour faire de cette épreuve terrible l’occasion d’un rebond, pour qu’elle nous rende plus forts et plus unis.
Ian Brossat

Photo Ian Brossat Xavier Héraud