Sidération

caroline-mecaryVendredi 13 novembre, vers 22h alors que j’étais tranquillement chez moi je reçois un texto d’une amie qui me demande si je vais bien car il y a des fusillades à Paris. Je ne sais pas de quoi elle parle, immédiatement je vais sur le net, ouvre France info et le fil de ma TL et là je découvre. Attaques multiples : le Stade de France, mitraillage du Bar Le Carillon et du restaurant Le Petit Cambodge, puis la Bonne Bière et ensuite La Belle Equipe et puis la prise d’otages au Bataclan ; jusqu’à trois heures du matin, je vais restée scotchée à ce flot d’informations. Je vais découvrir, en même temps que cette horreur, le mouvement de solidarité qui nait avec #Porteouverte. Je suis en pleine sidération, choquée. Près de 130 morts, des centaines de blessés. J’ai une peine infinie pour les victimes et leur famille. Je ne sais pas comment mais finalement je m’endors.

Tristesse infinie

Je me réveille tôt samedi avec l’impression d’avoir reçu un coup de massue sur la tête. A nouveau je parcours internet, écoute la radio, suit ma TL. Il est midi, je me sens perdue, je décide d’aller à République bien que je sache que tout rassemblement est interdit par mesure de sécurité (ce que je comprends) mais j’ai besoin d’aller quelque part et la place de la République est un symbole qui est pour moi comme un bouclier face à ce déferlement de haine qui m’a rendu groggy. Peu de monde place de la République. J’erre un moment comme une âme en peine puis rentre chez moi et je passe l’après midi à suivre l’actualité, appeler mes proches et à retwitter les messages de recherche de près de 130 personnes. Je sais déjà à cet instant que nombre de ces disparus sont en réalité morts mais je le fais on ne sait jamais. Je suis si impuissante. Fin de journée je décide de retourner à République ; Il y plus de monde que ce matin, des bougies, du recueillement, un hommage aux victimes. Une manière de dire aussi: la peur ne me fera pas céder car oui bien sûr j’ai peur. Affronter ma peur est une nécessité et ce d’autant plus que moi je n’ai pas perdu qui un enfant, qui une épouse qui un frère. Je retrouve des connaissances, nous parlons mais nous sommes sans voix, partagés entre sidération et tristesse. L’histoire tragique qui se déroule s’est emparée de nous. Dîner chez des amis nous sommes bouleversés. Je rentre chez moi en taxi et je traverse un Paris désert, vide, morne et sans lumière.

Prise de conscience : notre société vient de changer de paradigme

Dimanche, réveil tôt, je ne suis plus sidérée, je viens de réaliser que le monde que j’ai connu est mort. Notre monde a changé de paradigme. Désormais chacun de nous où qu’il soit, à tout moment, est une cible potentielle de la barbarie, c’est cela la différence avec les attentats de janvier 2015 : nous sommes tous potentiellement des cibles. Cela peut être n’importe lequel d’entre nous sans aucune raison. Vendredi c’est la jeunesse ordinaire et banale qui a payé le prix fort d’une haine qu’elle n’imaginait même pas : le massacre des innocents.

«Plutôt la vie» : résister et agir politiquement

Face à la barbarie, il n’y a qu’une réponse à mes yeux : plutôt la vie. Résister. Résister à la peur qui est un venin qui s’instille en chacun de nous, continuer à vivre, ne pas se replier sur soi, ne pas désigner un bouc émissaire, croire indéfectiblement en la force de nos valeurs républicaines : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Résister aux sirènes totalitaires qui s’avancent à grands pas dans la bouche d’un De Villiers, d’un Wauquiez, d’un Luca, d’un Colard d’un Saint Just, d’un Alliot d’un Estrosi et autres Morano. Ce qu’ils proposent est la solution du pire ; à suivre leurs chants nous allons vers une société profondément clivée, divisée et de surcroit totalitaire. Ces gens là sont les fossoyeurs de la République démocratique.

Cela ne veut pas dire qu’il faut rester les bras croisés et en ce sens je peux comprendre l’annonce par le Président de la République de l’instauration de l’état d’urgence et le rétablissement du contrôle aux frontières ainsi que le déploiement d’un contingent de militaires ; mais c’est loin de résoudre le problème auquel notre pays est confronté.

Agir réellement cela veut dire notamment se donner les moyens humains et matériels sur le territoire national de faire du renseignements (et non pas comme l’a fait Nicolas Sarkozy supprimer et les RG et près de 13000 postes dans les forces de police et de gendarmerie).

Agir cela veut dire aussi s’attaquer au problème à sa source avec notamment la chute de l’Irak et dans sa suite, la situation dramatique que vit le peuple syrien face à son dirigeant Bachar El Assad depuis plus de quatre ans. Daesh n’est pas né de rien. Daesh est né sur le terreau des lâchetés et des compromis de la France, des Etats-Unis et de l’Union européenne à l’égard de la situation au Proche Orient depuis 2001. On ne sait même pas qui est exactement Daesh. On sait que Daesh a une direction composée d’anciens militaires de Saddam Hussein, ce ne sont donc pas des islamistes. Ce sont des mercenaires et comme tous mercenaires ils sont payés par quelqu’un pour quelque chose de précis. Sur le terrain seule une réponse, y compris sans doute militaire, issue de l’ensemble de communauté internationale pourra éradiquer Daesh.

Caroline Mecary