«L’Ukraine c’est l’Europe», pouvait-on entendre sur la place Maidan lors de la révolution ukrainienne de novembre 2013. L’Ukraine vient aujourd’hui de faire un pas de plus vers l’Europe en dépit de nombreuses résistances.

Depuis presque 10 jours, le Parlement ukrainien faisait face à un vote crucial. En forçant légèrement le trait, les député.e.s avaient le choix entre maintenir l’homophobie dans le Code du travail et se rapprocher un peu plus de l’Union européenne. C’est un dilemme que l’Union impose à l’Ukraine depuis 2010 en contraignant l’entrée du pays dans l’espace Schengen au vote de 10 lois qui répondent aux standards européens. Parmi elles, une seule a provoqué de vifs débats. Cette loi est en fait un amendement au Code du travail ukrainien qui interdit toute discrimination à l’embauche, notamment à l’égard des LGBT. Et c’est ce «notamment» qui a posé problème. Que cet amendement lutte contre les discriminations fondées sur la nationalité ou l’âge n’a pas suscité le tollé qu’a provoqué le fait qu’il interdise toute discrimination envers les personnes LGBT. Le scrutin s’est alors transformé en un vote pour ou contre l’ouverture de nouveaux droits aux LGBT.

Deux fois en cinq jours, les député.e.s ukrainien.ne.s ont rejeté cet unique amendement malgré le soutien de 207 député.e.s sur un total de 450. Entre les votes du 5 et du 10 novembre, 90 député.e.s se sont ajouté.e.s à celles et ceux qui soutenaient la mesure mais cela n’a pas suffi. Deux jours plus tard, les rangs des supporters de l’amendement ont encore grossi jusqu’à atteindre une majorité surprise. Jeudi 12 novembre, après six votes qui n’atteignaient pas le quorum, le président du Parlement Volodymyr Groïsman a pris la parole et rappelé l’importance de ce vote pour la libéralisation du pays tout en affirmant «que les valeurs fondamentales de tout État sont les droits humains», a confié à Yagg Olena Shevchenko, directrice de l’ONG Insight. Dans la foulée, la Parlement a adopté l’amendement par 234 voix.

Le nouveau gouvernement pro-européen avait fait de l’entrée dans l’espace Schengen une priorité. Mais c’était compter sans certain.e.s député.e.s de sa propre majorité. Membre du parti du Premier ministre Arseniy Yatsenyuk, le Front populaire, le député Pavlo Unguryan ne s’est pas gêné pour exprimer son désaccord dès les premiers débats: «Un pays avec 1000 ans d’histoire chrétienne ne peut tout simplement pas accepter cela. Aujourd’hui, un statut spécial pour les minorités sexuelles est tout simplement inacceptable.» Pour la directrice d’Amnesty International Ukraine, Tetyana Mazur, «l’incapacité à adopter des amendements anti-discriminatoires reflète l’incapacité à dépasser les stéréotypes erronés du passé soviétique».

Même si le processus s’est avéré laborieux, le résultat n’est pas à sous-estimer. «Le vote n’était pas uniquement au sujet de la libéralisation, ça pourrait être le début d’un nouveau chapitre d’engagement en faveur des droits des LGBT en Ukraine, espère dans un communiqué Evelyne Paradis, directrice de l’Ilga-Europe. Maintenant, le travail du gouvernement ukrainien entre dans une phase cruciale; il a l’obligation de veiller à ce que le Code soit mis en œuvre dans son intégralité.»

Il faut rappeler que dans un pays où l’homosexualité a été dépénalisée en 1992, les attaques homophobes sont encore régulières. Le 6 juin dernier, lors de la deuxième pride ukrainienne, des ultranationalistes du groupe Right Sector ont attaqué et insulté les militant.e.s LGBT descendu.e.s dans la rue. Même chose en juillet lorsqu’un couple s’est baladé main dans la main puis s’est embrassé dans les rues de Kiev. Zoryan Kis et Tymur Levchuk se sont fait insulter puis attaquer.

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