Le Seimas, le parlement lituanien, devait voter ce matin la proposition de loi XIP 4490(3). La loi visait à punir le «dénigrement en public des valeurs morales constitutionnelles» et prévoyait des amendes allant de 300 à 900 euros pour toute personne ou manifestation dont les propos vont à l’encontre de «la morale publique». Des manifestations telles que la Pride auraient donc été directement impactées par une telle mesure. Initialement inscrite à l’ordre du jour d’aujourd’hui, la proposition de loi a été retirée après un vote à 65 voix pour, 10 contre et 25 abstentions, selon l’organisation LGBT lituanienne Lithuanian Gay League (LGL).

«Le libellé de la loi peut rendre possible d’imposer des sanctions administratives aux personnes entendues en train de s’exprimer positivement sur les droits des personnes LGBT, analyse le co-fondateur de l’organisation Vladimir Simonko. (…) Les initiateurs de la loi ont visé délibérément les valeurs familiales traditionnelles pour amener la société lituanienne à adhérer à l’homophobie. Je souhaite qu’à l’avenir les futur.e.s député.e.s n’oublieront pas que la Lituanie est une nation tolérante et ouverte en Europe.»

NOUVELLE TENTATIVE
C’est le parlementaire Petras Gražulis, membre du parti conservateur Ordre et Justice, qui était à l’origine de cette proposition de loi, similaire à celle qu’il avait déjà déposée en réaction à la tenue de la Baltic Pride à Vilnius en 2013. Elle avait été présentée au Seimas, avant d’être débattue en mars 2014. Pour autant, elle n’avait finalement pas été passée au vote à l’issue des débats. Connu pour ses positions très homophobes, Petras Gražulis avait à l’époque défendu cette mesure comme un moyen de pallier «les faiblesses actuelles du système législatif, quand la promotion de l’harmonie et des valeurs traditionnelles de la famille est souvent considéré comme une discrimination non-fondée et illégale contre les minorités sexuelles pour leur orientation sexuelle». Le parlementaire n’en est donc pas à son coup d’essai.

LE RÉSULTAT DE LA PRESSION EUROPÉENNE?
Avant le retrait de la proposition ce matin, l’Intergroupe pour les droits LGBT au Parlement européen avait réagi en appelant les député.e.s lituanien.ne.s à rejeter le texte qui porterait une grave atteinte aux droits et aux libertés de l’ensemble de la société: «Non seulement la loi diminue le droit des citoyen.ne.s lituanien.ne.s à se réunir pacifiquement, à s’associer, à s’exprimer, la liberté de la presse particulièrement en lien avec l’orientation sexuelle et l’identité de genre, mais nous nous inquiétons aussi de la sérieuse menace qu’elle ferait peser sur la liberté des citoyen.ne.s lituanien.ne.s à recevoir et à diffuser des informations et des idées sans l’interférence des autorités publiques.» La directrice exécutive de l’Ilga-Europe, Evelyne Paradis, avait elle aussi mis en garde les député.e.s sur ce que signifierait l’entrée en vigueur d’une telle loi: «L’absence de cette loi dans cette période n’a rien fait pour affaiblir la place des familles hétérosexuelles dans la société. Cependant, son introduction pourrait clairement nuire aux libertés fondamentales des personnes LGBTI, à leurs familles et aux individus qui travaillent à les soutenir. Cela signifierait aussi une violation des droits humains et que la Lituanie, en tant que pays européen, a commis.»

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