erwann le hoDu 13 au 15 novembre, Avignon accueille les 1ers États généraux du militantisme LGBTI. Trois jours de rencontres entre militant.e.s (représentant.e.s d’associations, particulièr.e.s…) venu.e.s de toute la France pour débattre des nouveaux enjeux et des revendications du mouvement LGBTI, mais aussi trouver des moyens efficaces pour les faire avancer. Erwann Le Hô (photo), un des coordinateurs du projet, a répondu aux questions de Yagg.

LA GENÈSE DES ÉTATS GÉNÉRAUX
«Quand nous avons fait le texte de base, qui est le Manifeste que nous avons présenté en octobre 2014, une centaine d’associations mais aussi des particulièr.e.s l’ont signé. Au printemps dernier, nous avons lancé un appel à contributions pour savoir ce que les militant.e.s attendent et ce qu’ils et elles n’attendent pas de ces États généraux. Nous avons obtenu des dizaines de réponses. Le comité de programmation, coordonné par Christine Nicolas, a passé tout l’été et tout l’automne à prendre connaissance de ces retours. À l’issue de ce boulot titanesque, nous avons sorti cette programmation, d’où on peut dégager plusieurs grands temps forts.» Samedi 14 novembre, les participant.e.s assisteront à plusieurs sessions d’ateliers pour faire un état des lieux du militantisme LGBTI en France, discuter du contexte dans lequel se trouve le mouvement, et déterminer les enjeux futurs. Le lendemain sera consacré à la restitution de ces différents ateliers, puis à une plénière de projection qui permettra de donner les orientations futures du mouvement LGBTI.

Dans la lettre d’accueil adressée aux participant.e.s aux États généraux, le comité organisateur fait le constat d’une communauté «en pleine transformation»: «Questionnée par la convergence des luttes, poussée à se ré-inventer et à re-prioriser ses revendications après l’ouverture du mariage, questionnée par la durable fragilité de ses médias et des lieux communautaires, elle apparaît plus diverse (éparpillée?) que jamais. Débats houleux autour du mariage pour tous, manque chronique de moyens, départs de forces vives, gel de l’avancée de nos revendication, manque de lien interassociatif… En signant ce Manifeste LGBT, ces associations ont déjà posé des mots sur des constats parfois douloureux. Pleines d’espoir, elles marquent leur envie de se retrousser les manches, de ne pas subir les choses et de converger.»

UNE NOUVELLE FAÇON DE SUSCITER LE DIALOGUE
«Là où les gens vont peut-être être un peu décontenancés, c’est dans la façon dont nous avons organisé les ateliers du samedi, insiste Erwann Le Hô. Au lieu de faire ce qui se fait communément, c’est-à-dire des tables rondes thématiques, avec d’un côté la santé, de l’autre la famille, etc., on a décidé de faire complètement différemment. Nous allons répartir les participant.e.s de sorte que tout le monde soit mélangé. Que l’organisateur de la Marche des fiertés de Paris puisse se retrouver à côté de celui qui vient de créer la dernière marche en date, celle de Gap. Nous voulons que les ateliers soient le plus mixtes possible.» Une façon de permettre aux militant.e.s de sortir de leur pré carré et de susciter les échanges.

«La communauté est de plus en diverse, au point que ses différentes facettes n’arrivent pas forcément à communiquer entre elles et à dialoguer, observe Erwann Le Hô. On est à une période où on tombe parfois dans l’hystérisation de certaines questions, où on dit par exemple que “les pédés ne comprennent pas les trans”, etc. De cette façon, on ne sectorise pas les associations, ni les thématiques. Nous avons été conseillé.e.s par des sociologues pour l’organisation des États généraux, notamment Massimo Prearo. Ça peut être le bordel, mais je crois aussi que cette méthode peut nous permettre d’aboutir à quelque chose de vraiment intéressant.»

Les États généraux seront l’occasion de rencontrer Hedi Sahly, vice-président de l’association LGBT tunisienne Shams, ainsi que Gérard Koskovich, cofondateur du Musée et du Centre d’archives LGBT de San Francisco.