Le médicament Truvada, déjà utilisé dans le traitement du VIH, va pouvoir être prescrit dans le cadre de la prévention du VIH à des personnes séronégatives très exposées.

Il en avait assez d’attendre. Le Pr Jean-Michel Molina avait annoncé officiellement sur Yagg le 2 novembre dernier qu’il allait ouvrir le 10 novembre une consultation sur le traitement préventif ou PrEP, une première en France. Il avait pris cette décision sans attendre le feu vert des autorités de santé et du ministère, seul habilité à décider si le traitement sera remboursé ou pas.

«MULTITUDE DE RECOMMANDATIONS»
«Il y a maintenant une multitude de recommandations pour la prescription de Truvada, epxlique le Pr Molina. Tout le monde dit: il faut le faire, ça marche. alors je le fais. Je prends les devants. J’en ai informé l’ANRS, le ministère de la Santé, Aides ainsi que les autres centres prescripteurs d’Ipergay.» Ipergay, c’est un essai chez les gays, les bis et les trans, dont le Pr Molina était l’investigateur principal et qui a démontré que pris avant, pendant et après les rapports sexuels, Truvada est efficace pour prévenir les risques d’infection par le VIH. «A Paris, explique le Pr Molina, je m’attends à ce que nous recevions surtout des gays à haut risque, mais toute personne désireuse de s’informer sur cette méthode de prévention est la bienvenue.»

Ce matin, Aides s’est réjoui de l’ouverture de cette consultation. L’association est d’ailleurs partie prenante puisque des accompagnants pourront conseiller et soutenir les patient.e.s qui souhaiteraient utiliser ce nouvel outil, complémentaire du préservatif. Le président de Aides, Aurélien Beaucamp, insiste sur le remboursement du traitement.
«La PrEP doit impérativement être accessible à toutes les personnes qui en ont besoin. Toute sélection par le pouvoir d’achat serait inacceptable et réduirait l’impact de ce nouvel outil sur la dynamique de l’épidémie.»

D’autres hôpitaux pourraient suivre l’exemple de Saint-Louis, dont l’hôpital Tenon, dans l’est parisien. C’est ce qu’a annoncé le Pr Gilles Pialoux, lui-même très impliqué dans Ipergay, le 5 novembre dernier.

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La consultation incluant le test de dépistage sera facturée au tarif le plus bas et sera donc remboursée par la Sécurité sociale et les mutuelles. Mais le principal obstacle reste le prix du traitement. Une boite de Truvada de 30 comprimés revient à 460€. Pour l’instant, seuls les plus fortunés pourront avoir accès à cet outil de prévention.

«UNE RÉPONSE PRAGMATIQUE»
Selon les associations, il existe déjà une utilisation «sauvage» du Truvada dans la prévention du VIH et l’ouverture de cette consultation devrait permettre d’éviter les mésusages. C’est en tout cas l’avis de Sandrine Fournier, responsable des programmes prévention gay à Sidaction.« C’est une réponse pragmatique, expliquait-elle à Yagg le 2 novembre, dans un contexte où des personnes ont effectivement recours à la PrEP en dehors d’un essai clinique, sans bénéficier du suivi approprié. Dans le cadre de cette consultation, outre des dépistages réguliers des autres IST et une offre vaccinale, ils bénéficieront d’un accompagnement associatif par les conseillers communautaires de l’association Aides qui ont acquis une expérience conséquente au cours de l’essai Ipergay.»

AVIS FAVORABLE À L’AGENCE DU MÉDICAMENT
C’est en janvier 2013 que Aides avait déposé une demande de mise à disposition de Truvada comme traitement préventif. Après plus de deux ans et demi de discussions, de négociations et de tergiversations, le comité scientifique de l’Agence du médicament a rendu un avis favorable le 29 octobre dernier. Pour l’agence, cette prophylaxie pré-exposition concerne les personnes à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle et l’ANSM la qualifie d’«outil additionnel d’une stratégie de prévention diversifiée». L’ANSM recommande également que cette mise à disposition du traitement s’accompagne d’un protocole de suivi et d’un accompagnement communautaire. D’après l’Agence, les nouveaux centres de dépistage (ou Cegid) doivent pouvoir être «impliqués» ainsi que les réseaux ou des centres de santé sexuelle existants. Mais c’est le directeur de l’agence du médicament qui doit prendre au final la décision.

Tous les regards sont maintenant tournés vers Marisol Touraine, la ministre de la Santé, en espérant qu’elle prendra une décision rapide sur le remboursement du traitement préventif. Chaque année, près de 6000 gays et hétéros, bis et trans, hommes et femmes, deviennent séropositifs en France.