Le sable blanc qui glisse entre les orteils, la mer translucide à 28°, les cocotiers… La carte postale parfaite de vacances paradisiaques à l’autre bout du monde. Ces évocations cachent pourtant d’autres images nettement moins reluisantes. Montrer le verso de ces cartes postales c’est la mission que s’est donnée l’IHAA (International HIV/AIDS Alliance), un partenariat mondial d’organisations nationales qui travaille depuis 1993 à soutenir les actions de lutte contre le virus du sida dans les pays en développement. À quelques jours de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth à Malte du 27 au 29 novembre, l’IHAA lance une pétition et un quiz intitulé «Paradise or Persecution» («paradis ou persécution»).

UN CONSTAT CHIFFRÉ RÉVÉLATEUR
Sur plus de 75 pays criminalisant l’homosexualité et la transidentité, 41 font partie du Commonwealth (qui compte 54 pays au total), souligne l’IHAA. La pétition, adressée à Kamalesh Sharma, le Secrétaire général du Commonwealth, exige que la promotion des droits des LGBT soit un sujet incontournable de la réunion annuelle de la Communauté des Nations.

Pour l’IHAA, l’intention est double. D’un côté, il est impensable que des êtres humains soient criminalisés en raison de leur orientation sexuelle, de l’autre cette situation renforce l’exposition des personnes LGBT au VIH. Selon les chiffres de l’organisation, aujourd’hui dans le monde, un homme ayant des rapports sexuels avec un autre homme est 19 fois plus susceptible de contracter le VIH que la population globale. Pour les femmes trans, la situation est encore plus alarmante puisqu’elles sont 49 fois plus susceptibles de vivre avec le VIH que la totalité des adultes du globe en âge de procréer. Or, 60% des personnes qui vivent aujourd’hui avec le VIH vivent dans des pays du Commonwealth, remarque l’IHAA. «Les LGBT sont disproportionnellement affecté.e.s par le VIH et dans les pays où ils sont criminalisé.e.s, ils et elles sont souvent éloigné.e.s de l’accès aux soins et à la prévention par peur d’être persécuté.e.s, affirme Karen Johnson qui coordonne la campagne pour l’organisation. Il est donc important de sensibiliser le public à l’ampleur du problème, non seulement parce que c’est un impératif moral mais aussi par rapport aux effets de la criminalisation.»

PARADIS OU ENFER?
La pétition lancée début novembre fait suite à une précédente campagne, intitulée Write Us In, qui appelait Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, et Jim Yong Kim, Président de la Banque Mondiale, à assurer une couverture médicale universelle pour toutes les populations marginalisées. En plus de la pétition, l’organisation propose cette fois-ci un quiz qui reprend les images idylliques des agences de tourisme et pose la question de savoir si ces «paradis» sont des endroits où le fait d’être LGBT est puni par la loi. Le quiz est introduit par la phrase suivante: «Les brochures et les publicités touristiques ne racontent qu’une partie de l’histoire. Saurez-vous distinguer le paradis de l’enfer?».

Dix lieux supposés paradisiaques sont passés au crible. À vous de deviner si la Barbade est à la fois le paradis du rhum et celui des LGBT. Si les plages de Malaisie sont aussi accueillantes si vous êtes un couple homosexuel se baladant bras dessus, bras dessous. Ou encore si les cocktails servis aux Maldives ne peuvent pas se transformer en cocktail de sanctions contre les LGBT. À l’exception de quelques lieux où les droits des LGBT sont en progression, la plupart du temps la carte-postale paradisiaque se transforme en un cachot sombre où sont expliquées les lois anti-LGBT qui sévissent au «paradis». L’IHAA a par ailleurs mis en ligne un dossier complet sur les lois anti-LGBT dans les 10 pays du quiz.

RÉFLÉCHIR «À DEUX FOIS» AVANT DE PARTIR EN VACANCES
La démarche de l’International HIV/AIDS Alliance avec le quiz a été motivée par un sondage indépendant réalisé par YouGov à la demande de l’organisation. Les résultats ont indiqué que le nombre de pays qui criminalisent les personnes LGBT était constamment sous-estimé par les citoyen.ne.s britanniques. 96% des personnes interrogées se sont trompées sur le nombre de pays qui criminalisent les personnes LGBT. Le sondage a aussi révélé que même si la situation politique et économique d’un pays entre en considération dans le choix des vacances, le coût, la vie nocturne, les plages et les barrières linguistiques sont considéré.e.s comme des éléments plus importants que de savoir si les droits des LGBT sont respectés.

L’IHAA a toutefois l’espoir que les agences touristiques, et les touristes, réfléchiront «à deux fois» avant de se tourner vers des lieux de vacances où les LGBT sont criminalisé.e.s si ils/elles connaissent toute l’étendue du problème.