Voilà deux ans que le typhon Haiyan a ravagé les Philippines faisant plus de 7 000 morts sur son passage. Depuis, de nombreuses organisations humanitaires ont investi le terrain pour aider à la reconstruction de l’archipel dévasté. À l’heure des premiers bilans, une étude menée par trois chercheurs des Universités de Leicester et des Philippines se sont intéressés à l’impact de la présence humanitaire sur la structure sociale du pays. Dans leur rapport, figure une section concernant les effets de cette présence sur les populations LGBT.

COMING-OUT
L’étude repose sur trois mois de travail dans 22 villages parmi les quatre zones touchées par le typhon. Les chercheurs ont interviewé 221 personnes de tous les milieux sociaux, y compris celles et ceux qui ont été exclu.e.s de l’intervention humanitaire. Il n’y a d’ailleurs pas eu «d’intervention spécifique pour les LGBT, expliquent-ils, mais beaucoup ont bénéficié de l’impact social de la présence des travailleurs/euses des ONG. Cela a contribué à l’ouverture des esprits dans un environnement qui était encore répressif à l’égard des LGBT.»

Un jeune gay de la classe moyenne témoigne: «Un ami à moi a fait son coming-out à des humanitaires. Avec mes amis on se doutait depuis longtemps mais on n’osait pas lui demander. Il a fait son coming-out parce que la question lui a été posée franchement. Il a répondu “oui” et c’était tout… Pour les étrangers, être gay ce n’est pas une affaire.»

GRINDR
Selon l’étude, la vie nocturne rendue plus vivante par l’arrivée des humanitaires a permis aux LGBT de se créer de nouveaux lieux pour sortir. «Certain.e.s LGBT de la classe moyenne étaient reconnaissant.e.s envers les humanitaires car ils les ont accepté.e.s sans problème. Cela leur a permis de se rendre compte qu’ils/elles pouvaient enfin être eux-mêmes/elles-mêmes», écrivent les chercheurs.

C’est un changement qu’a pu remarquer Jerick Florano, un gérant d’hôtel à Tacloban, une ville de 220 000 habitant.e.s dans une région particulièrement touchée par le typhon. Comme le raconte Reuters, Florano avait l’habitude d’ouvrir son application Grindr et d’y retrouver les mêmes quatre ou cinq visages. Pour lui, «tout a changé quand de nombreux étrangers sont venus à Tacloban pour aider à la reconstruction après le typhon. Soudainement, mon Grindr est devenu les Nations Unies.» Grindr s’est alors transformé en un outil idéal pour des rencontres sexuelles discrètes mais aussi pour «construire des relations amicales platoniques entre les locaux, les humanitaires et les autres visiteurs, ce qui a sans doute joué dans la manière dont les homosexuels ont pu s’affirmer», évoque le gérant.

CLASSE MOYENNE
Selon les chercheurs, cette expérience est un exemple des conséquences qu’entraine sur les cultures locales la présence à long terme de travailleurs/euses étranger.e.s, en dehors de leurs prérogatives d’assistance humanitaire et économique.

Pour autant, cela concerne surtout les classes moyennes et beaucoup moins le bas de l’échelle sociale. L’étude cite le témoignage d’une femme trans (ou d’un gay efféminé, la formulation de l’étude n’est pas claire) qui était esthéticienne mais qui a dû se reconvertir dans le bâtiment pour continuer à subvenir à ses besoins. «La vie est plus dure maintenant. J’espère que cela ira mieux pour que les gens aient à nouveau le temps de se faire une beauté. Avant j’avais les cheveux long puisque j’étais esthéticienne maintenant regardez ça!» a-t-elle dit aux chercheurs en pointant du doigt ses cheveux courts.

«Les bénéfices semblent avoir été plus importants pour les employé.e.s de classe moyenne que pour les homos pauvres qui tentent avec difficulté de gagner leur vie dans une région qui, même avant le typhon, était l’une des plus pauvres des Philippines», confirme Jonathan Ong, l’un des chercheurs, dans un communiqué de l’Université de Leicester.

Contrairement aux personnes LGBT de classes moyennes, qui ont pu rencontrer les humanitaires dans des contextes récréatifs, «les LGBT aux revenus les moins élevés n’ont eu d’interactions avec le personnel humanitaire que dans le cadre de distributions d’aides», souligne le rapport.

Via 360°.