«Tu devrais essayer Yagg, viens sur Yagg, tu verras, Yagg c’est super!». Nous l’appellerons A. Nous fréquentions les bancs de l’université, et celui-ci savait que le jeune de l’époque que j’étais ne cherchait qu’un peu de réconfort, un premier aperçu de la lumière extérieure, bien au chaud dans mon placard. J’ai mis du temps à m’y mettre, mais j’ai franchi le pas: Yagg n’avait alors qu’un an. Un des premiers articles que j’ai lu concernait les 5 courts-métrages de Canal+ contre l’homophobie, j’ai été particulièrement marqué par les courts-métrages poignant d’Omar et complètement délirant de Fusion Man. Les hasards de la vie font que j’ai désormais la chance de compter le scénariste de Fusion Man parmi mes ami.e.s, bien des années après. Je suis effectivement un des vétérans de Yagg, cela fait déjà 6 ans que je fais partie des sympathisant.e.s, ce qui représente plus du quart de ma vie.

Quand j’y pense, tout mon parcours personnel est lié de près ou de loin à Yagg: la première fois que j’ai mis les pieds dans un événement LGBT, c’était pour les fameux Apéros des Losers, organisés dans le bar parisien qui s’appelle désormais La Mutinerie, ces instants conviviaux étaient alors organisés par des lecteurs/trices et des membres de la communauté Yagg. C’est durant ces incroyables rendez-vous mensuels que j’ai reçu un premier accueil chaleureux de la communauté LGBT. C’est en lisant une interview du président du CAÉLIF (Collectif des Associations Étudiantes LGBT d’Ile-de-France) de l’époque sur Yagg que je me suis intéressé à l’associatif étudiant LGBT. Ce même président du CAÉLIF m’a parlé du GLUP (Groupe LGBT des Universités de Paris). Chacune des nombreuses personnes que j’ai rencontrées chez Yagg mais aussi dans l’associatif m’ont donné une clé qui m’a servi à ouvrir, verrou par verrou, ce placard qui paraissait si solidement fermé au début de mon parcours. Tout ceci m’a conduit, peu à peu, au stade où j’en suis maintenant, à savoir président du GLUP et membre du bureau du CAÉLIF, des postes pour lesquels il ne m’était plus possible de rester dans le placard.

Comme beaucoup de jeunes de mon âge je suis très friand de la presse, et notamment de la presse en ligne généraliste que je lis quotidiennement (Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Huffington Post, FranceTV Info…).

Beaucoup de personnes se demandent (à juste titre) s’il est vraiment nécessaire, à une période où les médias nationaux traitent des sujets LGBT, d’avoir un site de presse tel que Yagg. J’ai deux réponses à cela.

Premièrement, Yagg est un média généraliste et reconnu officiellement comme tel («site de presse d’information politique et générale», IPG): il traite de plusieurs sujets tels que les droits des personnes LGBT, la santé (et plus particulièrement du VIH), les faits divers, l’éducation, la politique (politique intérieure, élections locales et nationales, mariage pour tous), le sport («Terrains de Jeux»), l’actualité média («Ce soir à la télé»), la musique («La Playlist de la Yagg Team»), la culture et les vedettes, tant en France qu’à l’international, le tout avec bien évidemment cette sensibilité LGBT que ne peuvent renier du jour au lendemain quatre ancien.ne.s journalistes de Têtu. C’est d’ailleurs pour cette première raison que Yagg mériterait d’être plus connu et mieux considéré par le milieu de la presse généraliste.

Deuxièmement, la presse nous prouve tous les jours qu’il est encore nécessaire d’apporter un son de cloche un peu différent sur l’actualité: Yagg apporte des éléments qui sont, volontairement ou non, omis par les autres médias. Quand en 2015 on lit encore des articles qui insultent les personnes trans’ en piétinant les prénoms et pronoms ou d’autres papiers comportant comme mentions «son ami de toujours», «son grand ami» ou «celle dont elle ne se sépare jamais» au lieu de parler clairement de compagne ou de compagnon, on est en droit de se dire que des sites de presse tels que Yagg sont encore nécessaires: il est un des rares grands médias francophones à parler avec respect des personnes LGBTIQQA, sans jamais omettre une seule lettre de notre merveilleux arc-en-ciel. Il est un rempart contre tous les obscurantismes et les conservatismes moyenâgeux qui n’attendent qu’une faiblesse de notre part pour nous dévorer tou.te.s cru.e.s si nous n’occupons pas l’espace médiatique. Cela permet aussi de mieux nous comprendre les un.e.s les autres: c’est grâce à ce site que les personnes cisgenres peuvent mieux comprendre les personnes trans’, les hommes peuvent mieux comprendre les femmes, les binaires peuvent mieux comprendre les personnes non-binaires, les monosexuel.le.s peuvent mieux comprendre les personnes bisexuelles et pansexuelles.

J’ai fait le choix de m’abonner à Yagg en soutien à sa rédaction car il ne faut pas oublier sa dimension de site de presse qui salarie des journalistes qui traitent avec un ton pétillant et décalé mais aussi avec rigueur de l’actualité. On y retrouve des analyses de fond et de véritables enquêtes à des moments clés du débat public (mariage, adoption, don du sang, PMA, droit des trans…) : on se souviendra notamment de l’investigation conjointe de Médiapart et de Yagg sur les réseaux occultes de la «Manif pour tous» et des nombreuses personnalités politiques qu’elle a interviewées.

J’ai fait le choix de m’abonner car les journalistes y sont ouvert.e.s, accessibles et proches de nos sujets de préoccupation. J’ai fait le choix de m’abonner car le débat y est ouvert, j’aime être d’accord et surtout ne pas être d’accord avec ses journalistes pour y confronter nos idées.

Mon souvenir le plus poignant a été le reportage en direct, minute par minute, de Judith Silberfeld durant la Moscow Pride de 2011. J’étais en vacances avec des ami.e.s, j’ai préféré m’isoler et appuyer fébrilement sur la touche «Actualiser» de mon téléphone pour savoir si Judith allait bien plutôt que de profiter de cette journée ensoleillée de mai. Mon souvenir le plus drôle? Je repense souvent avec tendresse aux petits bonheurs mensuels de Maxime Donzel, à savoir les «Revues de Mois» et les «Guides de Survie».

Je suis un des soutiens de la première heure de Yagg, et mon enthousiasme pour cette rédaction n’a pas bougé d’un iota, j’espère que celui-ci est communicatif et qu’il permettra à d’autres personnes qui sont dans la même situation que moi d’avoir la chance de suivre le même parcours.

Du fond du cœur, Christophe, Judith, Yannick, Xavier: MERCI. Et merci à toutes celles et tous ceux qui vous ont rejoint .e.s dans l’aventure Yagg par la suite, je pense aussi très fort à vous.

JOYEUX ANNIVERSAIRE YAGG!

Yagg fêtera ses 7 ans dimanche 8 novembre au Tango, à Paris, à partir de 18 heures, avec le soutien du Centre LGBT Paris Ile-de-France. Entre animations et performances, venez rencontrer la Yagg Team!