Sobrement intitulée «Drop the T», une pétition lancée cette semaine et adressée à plusieurs ONG et médias LGBT américains (Human Rights Campaign, Glaad, Lambda Legal, The Advocate, Out magazine, et HuffPost Gay Voices) appelle à la désolidarisation du T de la communauté LGBT. Derrière cette revendication, aucune association identifiée mais un «groupe d’hommes et de femmes homos et bisexuel.le.s», qui par déduction sont des personnes cisgenres. À grand renfort d’arguments transphobes, ils et elles expliquent pourquoi les enjeux de la communauté trans ne doivent pas être associés à ceux des gays, des lesbiennes et des bi.e.s.

Les auteur.e.s de «Drop the T» critiquent la «diffamation et le harcèlement des femmes et des gays et des lesbiennes qui expriment ouvertement leur désaccord avec l’idéologie trans», qui peuvent aller jusqu’aux «menaces d’attaques physiques (souvent, dans les cas des femmes, de viol) ou même la mort». Au-delà de ses graves accusations, ils/elles pointent aussi «l’appropriation et la réécriture de l’histoire et de la culture gay et lesbienne», en évoquant la controverse du film Stonewall de Roland Emmerich sorti aux États-Unis en septembre dernier, accusé de gaywashing et de whitewashing. Enfin, «Drop the T» vilipende la défense des intérêts des enfants et des jeunes trans, accusant les militant.e.s trans de «persuader les parents et les professionnel.le.s de santé de diagnostiquer des enfants de quatre ans comme transgenre, malgré de considérables recherches montrant que plus de 90% des enfants exprimant une “dysphorie de genre” à un jeune âge s’en sortiront à l’adolescence, et dans la plupart des cas, grandiront pour devenir des hommes et des femmes homos bien équilibré.e.s».

Le journaliste gay Milo Yiannopoulos, connu pour ses prises de positions souvent misogynes et conservatrices, a tweeté son soutien à la pétition, qui pour le moment n’a pas dépassé les 700 signatures: «Les militant.e.s trans’ sont des tyrans autoritaristes. Ils n’ont pas leur place dans la communauté homo. Il est temps de les faire sortir.»

Au cas où l’on aurait pu croire les auteur.e.s de la pétition totalement transphobes, ils et elles ont jugé bon de préciser que bien entendu, ils et elles n’avaient rien contre les personnes trans: «Notez bien que nous ne défendons pas l’intolérance et les préjugés contre la communauté trans: nous reconnaissons le droit des adultes à déterminer leur propre chemin de vie, y compris à transitionner vers le genre opposé s’ils le souhaitent.» Nous voilà donc rassuré.e.s.

Concrètement, la revendication première de cette pétition n’est pas neuve, mais est ordinairement portée par une partie des militant.e.s trans, qui considèrent que les questions d’orientation sexuelle qui concernent les personnes homos et bisexuel.le.s, et les questions d’identité de genre, qui concernent les personnes trans, ne doivent pas être traitées ensemble. La question de se séparer des LGB trouve une réelle cohérence dans la possibilité de porter des revendications propres, sans que celles-ci ne soient mises au second plan par rapport à celles des LGB. En outre, la transphobie – ou tout au moins l’incompréhension des problématiques trans – de certain.e.s gays, lesbiennes et bi.e.s cisgenres peut aussi être un argument des militant.e.s trans pour souhaiter se dissocier. Au-delà, l’idée de scinder la communauté LGBT pose aussi la question de ce que représente réellement aujourd’hui le sigle en lui-même, alors que l’ajout de plusieurs composantes est de plus en plus fréquent, le «I» pour intersexe, le «P» pour pansexuel, le «A» pour asexuel, etc.