L’ouverture du don du sang aux gays a été un des sujets les plus commentés ces deux derniers jours, en particulier sur les réseaux sociaux. Si beaucoup ont salué cette avancée, les réactions négatives, voire franchement hostiles ont porté sur le délai imposé d’un an d’abstinence sexuelle pour qu’un homosexuel ou un bi puisse donner son sang. C’est en particulier sur ce point que la ministre répond aujourd’hui sur le Huffington Post. Décryptage.

Marisol Touraine explique tout d’abord qu’elle comprend l’impatience suscitée par la mesure: «Tout simplement parce que je partage le projet, que beaucoup d’entre vous défendent, d’une égalité totale des critères du don entre homosexuels et hétérosexuels.»

«CETTE EXCLUSION JE LA COMBATS»
La ministre donne ensuite la portée de la décision prise mercredi d’ouvrir le don du sang, qui met fin à une exclusion totale vieille de plus de 30 ans. «Cette exclusion, je la condamne et je la combats, dans les actes, à travers ma décision: au printemps 2016, les homosexuels pourront donner leur sang dans notre pays.»

Mercredi, SOS Homophobie avait pointé la persistance de la discrimination. «Cette évolution ne met pas fin à la stigmatisation des hommes gays et bisexuels et entretient ainsi l’homophobie et la biphobie», avait écrit l’association.

OUVERTURE PAR ÉTAPES
Mal expliquée lors de l’annonce, l’ouverture par étapes est précisée par la ministre: «Je veux vous dire surtout, parce que cela n’a pas été (assez) entendu, que cette décision est une étape importante, mais une étape seulement, dans un processus qui nous permettra de proposer les mêmes conditions de don aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes et aux hétérosexuels. Notre objectif, c’est l’égalité de tous face au don. C’est vers ce but que nous tendons.»

Et pour celles et ceux qui s’interrogent sur les conditions différentes entre les homos et les hétéros, Marisol Touraine répond que nous manquons de données scientifiques, cette première étape ayant pour but de les collecter: «En ouvrant le don de sang total aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, nous nous donnons les moyens de recueillir ces données et de démontrer scientifiquement que le risque de prélever du sang contaminé n’est pas plus élevé pour ces donneurs que pour les donneurs hétérosexuels. Ce préalable scientifique est une exigence légitime: la sécurité du don est une priorité absolue.»

Le délai de 12 mois d’abstinence pour les gays et les bis permet, d’après les données scientifiques actuelles, de maintenir un niveau de risque identique entre homos/bisexuels et hétérosexuels. Par ailleurs, ce qui n’a pas été suffisamment souligné selon la ministre, c’est que pour le don de plasma, les conditions seront les mêmes, que l’on soit homo/bisexuel ou hétérosexuel, au printemps prochain.

VIGILANCE DE L’INTER-LGBT
Même l’Inter-LGBT, qui avait défendu avec Aides le principe de l’ajournement du don pendant un an, attend une évolution. «Nous sommes bien conscients, explique l’association sur son site, que si cette ouverture profitera à quelques Hommes ayant des relations Sexuelles avec d’autres Hommes et quelques bisexuels n’ayant pas eu de relations avec un homme depuis longtemps, la plupart des gays sexuellement actifs seront de facto toujours éloignés du don de sang. C’est pourquoi nous avons demandé à ce que des données scientifiques soient recueillies pendant un an afin de revoir les critères d’exclusion, avec une réduction du temps d’ajournement à quatre mois, tout en maintenant la sécurité transfusionnelle d’aujourd’hui. Nous serons vigilants sur la mise en œuvre de cette révision.»

Marisol Touraine aura-t-elle convaincu? Ce sujet n’a en tout cas pas fini de provoquer passions et émotions.