A-t-on le droit, à la télévision, de faire rire avec un terme qui insulte, blesse et stigmatise une partie de la population? Selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), oui, mais non, mais peut-être.

Interrogé par un internaute qui s’inquiétait, comme beaucoup, du message envoyé par le parodie de Florent Peyre mêlant Kendji Girac et Conchita Wurst dans un clip intitulé Travelo, le CSA «a considéré que si la parodie “Kendjita Wurst” avait pu légitimement choquer certains téléspectateurs, elle ne dépassait pas les limites du droit à l’humour». «Soyez toutefois assuré(e) que le Conseil reste vigilant à ce que les éditeurs de télévision et de radio se conforment strictement à leurs obligations, et ne diffusent pas de propos ou d’information susceptibles d’encourager des comportements discriminatoires ou d’alimenter des antagonismes au sein de la communauté nationale», promet la réponse.

Diffusé le 28 août sur TF1 dans l’émission La Grande soirée des parodies, le clip avait immédiatement choqué CIGaLes, le centre LGBT de Dijon, qui avait réagi sur Twitter, rappelant que le mot «travelo» est une insulte transphobe: «Des personnes trans meurent, rouées de coups, après avoir entendu cette insulte».

«Il est devenu aujourd’hui insupportable pour les minorités de se sentir caricaturées. Non pas qu’elles manquent d’humour, l’humour minoritaire existe et il est vif, de Jamel à Océanerosemarie. Plutôt que l’impunité des stigmatisants est aujourd’hui mise à mal, soulignait sur Le Plus le sociologue Arnaud Alessandrin, co-auteur de l’enquête sur la transphobie publiée en 2014. Les blagues sur les minorités servent d’appui au rejet, aux brimades. Les cours de récré ou la rue sont pleines de ces mots qui blessent. Le rire est cette arme à double tranchant qui meurtrit si l’on n’y prend pas garde. L’opprobre que peut provoquer l’humour cristallise alors des figures du rejet, des figures du dégoût, que l’on peut malmener “pour rire” ou pour blesser.»

Le CSA avait également été saisi par l’association SOS homophobie, à la fois pour cette parodie et pour la formulation plus que maladroite du journaliste Thierry Demaizière lors de son interview du rugbyman ouvertement gay Gareth Thomas quelques jours plus tard, qui avait évoqué ses «pulsions homosexuelles». L’association n’a à ce jour reçu aucune réponse. Un mois plus tard néanmoins, TF1 devenait le premier média à signer la Charte d’engagement LGBT de L’Autre Cercle.