En Bretagne et en Pays de la Loire, deux associations trans se sont créées cet automne. Quels est l’intérêt pour les militant.e.s trans de travailler au niveau local et régional? Quelles vont être leurs actions et en direction de quel public? Les fondateurs et fondatrices de Ouest Trans à Rennes et de TRANS INTER action à Nantes, qui aspirent à collaborer ensemble à l’avenir, ont répondu aux questions de Yagg.

D’où est venue la volonté de créer vos associations respectives?
Ouest Trans teamManu (Ouest Trans): Avec Raph, on propose à Rennes depuis quelques mois déjà des permanences d’accueil pour les personnes trans et en questionnement. On s’est rendu compte qu’il y avait un public pour ces permanences, et malheureusement un manque de réseau sur place. On avait donc envie de poursuivre ce travail. Killian est venu s’installer en Ille-et-Vilaine avec également l’envie de monter une asso trans. Après plusieurs années de militantisme dans les milieux associatifs LGBT, TPBG (trans, pédé, bi.e, gouine, ndlr) ou féministes, à Rennes, Strasbourg, Saint-Étienne ou Paris, on se sentait prêts pour monter ce projet. On a donc mis nos trois énergies ensemble pour monter Ouest Trans.

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Chloé (TRANS INTER action): Nous avions commencé à réfléchir à ce projet en mai dernier, après un rassemblement à Nantes avec un collectif queer, partant du constat que les milieux LGBT ne parlent pas assez des questions trans. Après l’été, nous avons relancé l’idée avec l’envie de monter une association sur le territoire ligérien. Nous avons depuis eu des demandes dans le Maine-et-Loire et en Vendée, donc nous allons essayer de couvrir la région Pays de la Loire, où nous avons constaté un vrai manque d’une association trans.

Quel est l’intérêt de créer une association trans au niveau local?
Manu: Il est nécessaire de créer un réseau local pour répondre aux problématiques auxquelles nous faisons face ici. Par exemple: repérer des personnels soignants compétents et respectueux – car pour l’instant la majeure partie des personnes trans sont obligées d’aller à Paris pour avoir un suivi médical satisfaisant –, travailler sur les accès aux ALD (affection de longue durée, ndlr) dans nos territoires, répondre aux questionnements en matière de juridiction – puisque d’un tribunal à l’autre les réalités ne sont pas les mêmes – ou tout simplement proposer un accueil et de l’information de la part d’une structure spécifiquement dédiée aux trans.

Chloé: Avoir une association trans locale permet de connaître le territoire où vivent les personnes et de pouvoir les informer. Concernant par exemple les spécialistes à Nantes, il n’y a que deux endocrinologues auxquels les personnes trans peuvent s’adresser et ils sont complètement engorgés. Récemment une personne trans s’est vu refuser son changement d’état civil au tribunal de La Roche sur Yon, alors que nous savons que le tribunal d’Angers et celui de Nantes se sont améliorés à ce niveau-là.

Quelles vont être vos actions?
Manu: On a beaucoup d’envies, mais pour l’instant on essaie de se concentrer sur ce qui nous semble essentiel, à savoir l’accueil des personnes trans. Une personne trans isolée, ça veut dire bien souvent une personne en danger. Rompre l’isolement c’est ce qui nous importe en premier lieu. On va donc d’abord mettre en place des permanences d’accueil dans un lieu adapté, à Rennes dans un premier temps, mais on espère également pouvoir rapidement se rendre dans les autres départements de l’ouest pour rencontrer les personnes qui ne peuvent pas se déplacer, les mineurs par exemple, ou les personnes précaires qui malheureusement sont nombreuses dans notre communauté. Dans un second temps, on espère pouvoir agir sur des questions concrètes liées au quotidien des trans, au niveau du suivi médical, juridique ou social par exemple.

Chloé: Nous allons mettre en place des permanences d’accueil, avec la possibilité d’accompagner les personnes en rendez-vous individuels, nous ferons aussi des permanences sur différentes thématiques, autour de la santé, de la santé sexuelle, de la transphobie, du féminisme. Et enfin, nous proposerons des sorties et des activités. Un autre de nos objectifs est de faire de la sensibilisation auprès des proches des personnes trans, en partageant nos connaissances avec l’association Contact de Nantes. Nous souhaitons aussi travailler avec le milieu scolaire, ou encore le milieu administratif et le milieu médical, notamment concernant les personnes intersexes. Il y a aussi un travail de formation auprès des étudiant.e.s de l’université qui serait intéressant à mener.

La création de vos deux associations répond-elle aussi à un besoin de s’éloigner des associations LGBT où les questions trans ne sont pas toujours bien prises en compte?
Manu: Même si les trans sont accueillis par certaines structures LGBT dans l’ouest comme ailleurs, pour nous c’est important aussi qu’il y ait aussi des associations entièrement et spécifiquement dédiées aux questions trans. D’une part parce que, en tant que trans, on est les mieux informés sur nos parcours, et donc les plus à même de pouvoir aborder ces sujets. D’autre part, en terme d’accueil, on peut sans doute davantage garantir un accueil adapté et respectueux. Même si beaucoup d’associations militantes font des efforts pour améliorer l’accueil des personnes trans, il y a encore énormément de méconnaissance sur les questions trans. Les réactions peuvent aller de la petite maladresse à de la pure transphobie, ce qui n’est pas acceptable.

Chloé: Dans les centres LGBT, on se retrouve toujours face à une majorité de personnes cisgenres. Elles ont du mal à se projeter dans nos vies, à comprendre les problèmes auxquels nous sommes confronté.e.s, elles minimisent la transphobie quotidienne. J’ai été administratrice pendant trois ans au Centre LGBT de Nantes, et j’ai pu voir à quel point faire avancer les choses sur les questions trans était lent. Il y avait un manque de réactivité. On nous fait comprendre que si les personnes trans ne portent pas ces sujets, il ne se passe rien. Alors bien sûr, on a envie de travailler avec le Centre, car nous pouvons justement être complémentaires face à ces lacunes. Mais il y a aussi une vraie attente d’une structure qui s’occupe pleinement de ces questions.

Manu: On a souvent l’impression que le «T» de LGBT n’est pas très présent ou visible, et on voit bien que les problématiques trans ne mobilisent pas forcément les lesbiennes, gays ou bi.e.s cis. Pourtant, pour nous aussi il y a urgence à tous les niveaux, notamment à celui du changement d’état civil, qui est encore trop souvent un parcours du combattant.

Chloé: Les personnes trans sont les oubliées du gouvernement, on nous a laissé.e.s tomber après la loi sur le mariage pour tou.te.s, alors que le changement d’état civil, c’est une urgence vitale! Une grande partie des personnes trans se trouve dans une situation de grande précarité, beaucoup sont sans emploi.

Manu: Être une asso trans c’est aussi, plus qu’offrir un espace de convivialité, une manière de nous retrouver pour travailler sur ces questions, faire pression et faire avancer concrètement nos réalités. Il nous semble important d’être autonomes des associations LGBT, pour réfléchir entre trans à ce qui nous concerne, sans que des personnes cis prennent la parole à notre place ou fassent de nos droits un débat.

Plus d’infos sur Ouest Trans sur la page Facebook de l’association.
La première permanence de l’association se tiendra le 5 décembre.

Plus d’infos sur TRANS INTER action sur la page Facebook de l’association.