La sociologue Natacha Chetcuti et l’auteure et journaliste Stéphanie Arc ont publié sur le site Diacritik une analyse approfondie de la représentation des lesbiennes et des bisexuelles dans la série française Plus Belle La Vie. Avec plus de 2800 épisodes, diffusé depuis 2004, le feuilleton recueille toujours une forte audience, grâce à un public fidèle qui se passionne pour le quotidien plus ou moins tranquille des habitant.e.s d’un quartier fictif de Marseille.

Quels choix les scénaristes ont-ils fait en montrant des personnages de femmes homosexuelles et bisexuelles? Quelle image la série renvoit-elle? Pour les deux auteures de l’article, si Plus Belle La Vie aborde le sujet de l’homosexualité, mais aussi de l’homoparentalité ou du mariage pour tous, elle véhicule aussi une image très policée de l’homosexualité féminine, débarrassée de toute référence au militantisme ou au communautarisme, dans une volonté de promouvoir une image positive mais très consensuelle des lesbiennes: «Loin d’être contestatrice d’une vision binaire des genres, la série, qui entend explicitement lutter contre le stéréotype d’hypermasculinité associé au lesbianisme (tout en s’avérant du même coup stigmatisante pour les lesbiennes butch/ “masculines” invisibilisées), relaie la vision d’une homosexualité dans laquelle les féminités “acceptables” restent la version privilégiée. Ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour les gays, dans la mesure où Thomas (Marci, le personnage joué par l’acteur Laurent Kérusoré, ndlr) est “efféminé”. Cette asymétrie laisse à penser que la masculinité des femmes est encore aujourd’hui socialement subversive.»

Grâce à des exemples concrets d’intrigues et de personnages, Natacha Chetcuti et Stéphanie Arc montrent comment cette série populaire dont le succès n’est plus à démontrer réussit à promouvoir l’acceptation des différences et à lutter contre les préjugés lesbophobes, tout en perpétuant un cadre hétéronormatif dans lequel l’homosexualité est banalisée.

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