Pour la cinquième fois en trois ans, le débat sur le mariage entre personnes de même sexe est entré au Palais de Stormont, l’Assemblée nord-irlandaise. Mais, pour la première fois, l’issue du vote s’est avérée favorable. Sur les 105 député.e.s présent.e.s ce jour là, 53 ont voté pour dont 41 nationalistes et 4 unionistes, alors que 51 ont voté contre et un s’est abstenu. Malgré cette courte majorité, la motion n’a pas pu aboutir.

LE VETO DES CONSERVATEURS
La responsabilité de cet échec revient au DUP, le Parti unioniste démocrate, historiquement protestant et conservateur. En effet, les député.e.s ont déposé ce qui en droit irlandais s’appelle une  «petition of concern» (qui s’apparente à un droit de veto). Cette forme de veto oblige à ce que les deux partis majoritaires, ici les nationalistes et les unionistes, votent au sein de leur groupe parlementaire à 40% en faveur de la loi proposée. Le DUP avait usé de la même tactique en 2013 toujours pour s’opposer à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ironie de l’histoire, cette mesure avait été établie en 1998 après les accords de paix du «Good Friday» (le Vendredi Saint) afin de sauvegarder les droits des groupes minoritaires.

Pour les unionistes, les «groupes minoritaires» ne sont évidement pas les personnes LGBT. «La petition of concern sert à protéger l’intérêt de toutes les minorités d’Irlande du Nord et nous croyons qu’un partie importante de notre société croit au mariage traditionnel, donc nous pensons qu’ils ont le droit que leurs opinions soient également soutenues » explique Jeffrey Donaldson, le plus ancien membre du parti à l’Assemblée.

L’Église catholique a d’ailleurs apporté son soutien aux protestants unionistes. Dans une lettre ouverte relayée par La Croix et publiée le même jour que les débats à l’Assemblée, les six évêques se lancent dans une énième diatribe anti-mariage pour tous aux arguments essentialistes. «La vérité sur le mariage découle de sa nature intrinsèque d’une relation fondée sur la complémentarité d’un homme et d’une femme et de la capacité unique de cette seule relation à engendrer une nouvelle vie. Cette vérité n’évolue pas avec les marées changeantes de la coutume ou de l’opinion populaire» affirment-ils.

UN PREMIER PAS PROMETTEUR
Sir Ian McKellen n’a pas hésité à réagir à ce vote symbolique. S’exprimant pour Pink News, il évoque le fait qu’en tant que «gay anglais, dont les ancêtres sont originaires du Comté d’Antrim en Irlande du Nord, (il est) concerné par le fait que l’Assemblée établisse la pleine égalité juridique pour les résidents LGBT en Irlande du Nord». Selon lui, les «Irlandais.e.s du Nord ne doivent pas être les victimes chez eux d’arguments fallacieux en faveur de l’inégalité (…) Ils/elles ne devraient pas avoir à aller en Grande-Bretagne ou en Irlande pour être traités de manière égalitaire».

Pour les parlementaires favorables à la loi, comme Naomi Long la cheffe de l’Alliance Party, ce vote est un premier pas engageant et prometteur. Elle le dit sur Twitter: «Le Parti Unioniste a peut-être gagné la journée, en abusant d’une POC (petition of concern) mais ils ont perdu le vote et sont en train de perdre le débat.»

«Cela montre que doucement mais sûrement les politiciens sont en train de suivre l’opinion publique qui est en faveur du mariage homosexuel depuis des années» selon Patrick Corrigan, directeur d’Amnesty International en Irlande du Nord. Même si cet «abus concernant la pétition signifie que l’Assemblée n’a une nouvelle fois pas réussi à suivre le rythme de la législation sur l’égalité dans le reste du Royaume-Uni et en Irlande» ajoute-t-il.

UNE BATAILLE JURIDIQUE
La bataille parlementaire toujours en cours, c’est du côté des tribunaux que vont désormais se jouer les avancées en matière d’égalité. Ainsi, deux contestations judiciaires envers l’interdiction des mariages entre personnes de même sexe seront jugées devant les tribunaux. Cela se déroulera à Belfast dans le courant du mois de novembre ainsi qu’en décembre.