Pour avoir distribué des tracts associant homosexualité et maladie, Alain Boutinon et Michel Oudot, tous deux membres de l’Église évangélique de Cognac, ont été condamnés à des amendes de 2000 euros et de 1000 euros par le tribunal correctionnel d’Angoulême. En mai dernier, des habitant.e.s de Jarnac et de Rouillac avaient trouvé dans leur boîte aux lettres des tracts intitulés «Délivré de l’homosexualité» et signés de l’Église évangélique. L’association LGBT du Poitou-Charentes Adheos avait porté plainte pour provocation à la discrimination, provocation à la haine et injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle, et s’était constituée partie civile. Elle recevra la somme de 1500 euros à titre de dommages et intérêts.

Lors de l’audience qui s’est tenue le 7 septembre 2015, la procureure avait requis des peines de six mois de prison avec sursis et 20000 euros d’amende. Les deux accusés avaient quant à eux nié toute motivation homophobe affirmant, Bible à l’appui, qu’il ne s’agissait que «d’exprimer une conviction» à travers la distribution de ces tracts. Le pasteur de l’Église évangélique de Cognac, Johan Del Zotto, avait affirmé qu’il n’avait jamais eu connaissance de tels agissements: «Ce tract a été distribué sans mon accord et si j’en avais eu connaissance avant, je n’aurais pas accepté qu’il le soit», avait-il déclaré. Si le motif de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle a été retenu, les prévenus ont finalement été relaxés pour la provocation à la haine.

Contacté par Yagg, le président de l’association Adheos Frédéric Hay s’est dit très satisfait de la décision du tribunal correctionnel d’Angoulême: «Ils feront peut-être appel, mais l’essentiel est qu’il y a eu une condamnation, avec une amende significative pour l’un et l’autre des prévenus. Ce qui est intéressant dans ce verdict, c’est l’exemplarité. C’est un jugement qui devrait faire réfléchir.» Le délibéré stipule en outre que la décision sera publiée dans le journal Sud-Ouest, qui s’était «particulièrement émue de cette affaire». Selon l’association, les condamnés n’ont pas exprimé de remords durant l’audience.

«Ce sont des retraités qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font, constate amèrement Frédéric Hay. Ils sont enfermés dans leur haine.»