Après le président de la ligue italienne de football amateur, Felice Belloli, accusé de propos sexistes et lesbophobes (lire Terrains de Jeux: Le TIP, une polémique, un prince, un timbre), c’est au tour du président de la Fédération italienne de football (FIGC) – et son prédécesseur à la tête de la ligue – d’être au cœur d’une polémique, pour des déclarations antisémites et homophobes.

Les propos incriminés auraient été tenus au cours d’un entretien accordé par Carlo Tavecchio en juin dernier au site SoccerLife. Le journaliste qui a réalisé l’interview a décidé d’en donner l’enregistrement au Corriere della Serra, qui en a publié des extraits. On y entend Carlo Tavecchio parler du rachat du siège de la Ligue de football amateur par «un petit juif» puis d’un ancien dirigeant de la fédération, qui est homosexuel. Qu’on se rassure, Carlo Tavecchio n’a «rien contre les juifs», mais considère qu’«il vaut mieux les tenir à distance», ni contre les homos, du moment qu’ils restent «loin de [lui]», qui est «normal»:

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«Il n’y a pas de place dans le football pour l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie», a estimé sur Twitter Ruth Dureghello, présidente de la Communauté juive de Rome:

Renzo Ulivieri, le président de l’association des entraineurs italiens, a pour sa part estimé que ces mots ne sont pas appropriés «dans la bouche du président d’une institution nationale».

«Il faut tenir Tavecchio à l’écart de tout poste de responsabilité dans le sport, a exigé Flavio Romani, le président de l’association Arcigay. Ces déclarations salissent le monde du football et humilient de nombreux et nombreuses athlètes et supporters gays ou lesbiennes».

Pourquoi ces déclarations ne sont-elles connues qu’aujourd’hui? Selon le Corriere della Serra, l’auteur de l’entretien, pour lequel de nombreuses heures d’enregistrement ont dû être décryptées, ne se serait pas rendu compte immédiatement de la portée des propos tenus par Carlo Tavecchio. Lequel affirme être victime de «chantage» et de «manipulation» de la part d’une personne à qui il aurait refusé un financement et le soutien de la FIGC pour obtenir des subventions européennes. Il menace d’ailleurs de poursuites «toute tentative de [le] discréditer par la calomnie et des méthodes illicites».

SoccerLife réfute les accusations, tout en reconnaissant n’avoir pas fait son travail «au mieux» en oubliant les déclarations qui font aujourd’hui scandale: «Il n’y a pas de manipulation: le Corriere della Serra détient l’enregistrement complet».

Carlo Tavecchio n’en est pas à ses premières déclarations tendancieuses. En juillet 2014, il s’était fendu d’un «Opti Poba est arrivé et mangeait des bananes, aujourd’hui il joue à la Lazio» qui semblait viser l’international français Paul Pogba. En octobre 2014, il avait été suspendu six mois de représentation au sein de l’UEFA.