Élizabeth Mazev, fille d’émigré.e.s bulgares, commence sa carrière d’actrice à dix ans dans la première pièce d’Olivier Py. Elle sera d’ailleurs très souvent présente dans les mises en scène de l’actuel directeur du Festival d’vignon. Elle écrit son premier texte en cinquième, La Rentrée, un poème en octosyllabes rimé. C’est lors d’une représentation d’une pièce classique qu’elle rencontre pour la première fois Jean-Luc Lagarce. La suite, c’est elle qui la raconte…

Le théâtre de Lagarce, c’est une œuvre totalement en adéquation avec son époque

Quand avez-vous rencontré Jen-Luc Lagarce? Je l’ai rencontré en 1990, il était venu voir Polyeucte [tragédie de Pierre Corneille, ndlr] dans laquelle je jouais. C’était mon premier engagement. Un an plus tard, il est venu assister à une représentation de Mon père qui fonctionnait par période culinaire et autres, un texte que j’avais écrit et qui a été mis en scène par Olivier Py. Puis à nouveau, un an plus tard, il m’a proposé de jouer La Cantatrice chauve, de Ionesco, qu’il mettait lui-même en scène. On s’est connu pendant cinq ans, c’est court!

Quels sont vos premiers souvenirs de lui? Ça a très mal commencé entre nous durant les répétitions de la Cantatrice. Je rentrais chaque soir des répétitions en disant: je m’ennuie, j’ai envie d’arrêter et j’ai appris plus tard qu’il disait la même chose. Il m’avait engagée pour jouer la bonne, je m’emmerdais, et lui aussi. On est parti à Montbéliard, et quelque chose s’est passé, j’ai fait une imitation de Barbara qui a dû le faire rire et nous avons chanté dans la rue.

Comment était-il dans le travail? Je n’arrive pas à faire une grande différence entre le travail et la vie. J’ai le souvenir d’avoir beaucoup rigolé avec lui. Si vous m’aviez posé la question il y a 15 ou 20 ans, j’aurais dit la même chose. L’épée de Damoclès qu’il avait au-dessus de la tête a pu jouer. C’était le choc de deux mondes: lui, le protestant de l’est de la France et moi et Olivier Achard qui jouait avec moi dans La Cantatrice chauve qui venions du Sud! Il y a eu des moments durs, notamment lorsqu’il a fait ses premiers séjours à l’hosto, mais ce n’est pas ce que je retiendrais.

Le fait que ses propres pièces ne soient pas beaucoup jouées de son vivant, il en pensait quoi? Devant nous, il en rigolait. Il disait: «Vous verrez quand je serai mort». Là-dessus, il ne s’est pas trompé. C’est devenu l’auteur français le plus joué et son œuvre perdure. Je suis professeure dans une école de théâtre et les jeunes gens sont toujours aussi fans de son écriture. Il avait une certaine résignation. Mais dans les dernières années de sa vie, il a eu des moyens pour monter des pièces classiques. Il a eu ce projet de monter sa propre pièce que j’aimais beaucoup: Nous, les héros et de la jouer en alternance avec Le Malade imaginaire. Cela n’a pas pu se faire alors on a joué Le Malade imaginaire.

Vous n’avez joué aucune pièce de lui de son vivant? Non. Olivier Py a monté en 1997 Nous, les héros. Puis, j’ai joué dans d’autres pièces de Jean-Luc Lagarce dont Juste la fin du monde, mis en scène par François Berreur en 2008, avec notamment comme partenaire Danièle Lebrun.

Comment expliquez-vous le succès de son théâtre depuis plusieurs années? Il a confié son œuvre à quelqu’un, François Berreur, qui a su la mettre en valeur. C’est François qui a fait de Jean-Luc l’auteur qu’il est. François ne serait pas d’accord avec moi, mais le théâtre de Lagarce, c’est une œuvre totalement en adéquation avec son époque. Je ne sais pas s’il y a des équivalents dans le théâtre français. Le fait qu’il soit mort en 1995, donc à la fin du XXe siècle, de la maladie qui marque la fin du XXe siècle, cela fait de lui, comme Proust en son époque, le portraitiste de son temps. Ce qui fait de lui l’auteur important qu’il est, c’est cet instantané de la France de la fin du XXe siècle qu’il a su capter.

Lorsque ses pièces sont montées peu de temps après sa mort, le sida ne recouvrait-il pas tout et n’instaurait-il pas un rapport différent aux textes? Fallait-il voir ses pièces avec cet «angle»-là? C’était difficile à l’époque de faire autrement. Je sais que François Berreur s’en défend beaucoup. Moi j’ai le souvenir d’avoir entendu Jean-Luc dire que le sida n’était pas un sujet. Il admirait ainsi l’œuvre d’Hervé Guibert, mais à partir de À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, ce n’était pas quelque chose qu’il défendait. Tout comme Les Nuits fauves [de Cyril Collard, ndlr]. La littérature qui avait trait au sida, ça ne l’intéressait pas, je dirais, sans trahir sa pensée, que ça le mettait plutôt en colère. Effectivement, ce n’est jamais dit dans ses pièces. Dans Juste la fin du monde, le personnage revient dans sa famille et il va mourir, mais il n’est pas dit qu’il a le sida. Évidemment, à l’époque, tout le monde y pense parce que c’est cela dont on meure à la fin du XXe siècle! Dans le tome 1 de son Journal, une des premières phrases qu’il écrit à l’âge de 18 ans, c’est: «Je mourrai jeune, probablement d’une longue maladie». C’est impossible de ne pas tenir compte du fait que Jean-Luc est mort du sida, en tout pour comprendre l’homme et son œuvre. Mais monter la pièce comme parlant du sida, ce serait vraiment trahir les propos de Jean-Luc. Il s’en défendait mais il a quand même mis en scène Le Malade imaginaire!

Il faut y penser mais ne penser qu’à ça ne me semble pas juste. Je me souviens de conversations avec Jean-Luc à propos du sida, je comprenais son point de vue. Ce n’est peut-être pas un sujet mais c’est là quand même, ce n’est pas accessoire! Et puis probablement, s’il était vivant, peut-être que sa pensée aurait évolué.

Pensez-vous pas que lire les œuvres autour de cette question-là est pertinent? Autour de cette question me parait en effet le mot juste. C’est une composante et un ingrédient de l’œuvre. Mais au delà du sida, le sujet c’est la finitude, c’est aussi sortir de son milieu et y revenir et ne pas y être bien accueilli, et puis c’est le sujet de la difficulté d’aimer et d’être aimé. Toutes choses qui ne sont pas réservées aux personnes qui sont malades du sida.

C’est aussi la communication entre les êtres? Bien sûr la communication et puis surtout se faire comprendre, arriver à la parole juste. Et dans son écriture et dans ses thématiques, l’idée est de se faire comprendre au plus près. Dans les répétitions, il y a des personnages qui sans cesse vont à la ligne, se corrigent et finissent par dire tout autre chose. Jean-Luc, à force de voir ses pièces refusées, les reprend, les retravaille, et on retrouve des bouts de l’une dans l’autre ou parfois l’intégralité de l’une dans l’autre. Cela va faire 20 ans qu’il est mort et j’ai l’impression que son écriture évolue.

Le réalisateur Xavier Dolan adapte Juste la fin du monde qui devrait sortir en France en 2016. Qu’est-ce que cela vous inspire? Je voyais les commentaires sur les réseaux sociaux, certain.e.s parlaient de crime de lèse majesté, mais moi je trouve ça extraordinaire, non? Je lisais des commentaires comme: «Lagarce se retourne dans sa tombe». Mais je crois qu’il en aurait été très heureux. Je suis très curieuse de voir ce film.

 

En + : Bibliographie de Jean-Luc Lagarce

Nous publions cette bibliographie éditée et commentée par la maison d’éditions Les Solitaires Intempestifs.

  • Aux éditions Les Solitaires Intempestifs

THÉÂTRE COMPLET
Théâtre complet I
Erreur de construction / Carthage‚ encore / La Place de l’autre / Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale / Ici ou ailleurs / Les Serviteurs / Noce (ISBN 978-2-912464-79-8‚ 2000‚ 272 p.‚ 18‚29 €)
Erreur de construction [1977] Les mécanismes les plus simples de notre langage‚ répétés à l’infini‚ peuvent-ils être l’essence même d’une représentation théâtrale?

Carthage‚ encore [1977] Après la catastrophe‚ ils sont bloqués là et rêvent de partir‚ de s’en sortir‚ s’enfuir. Mais comme la solidarité n’est pas leur fort‚ ils n’arrivent pas à grand-chose.

La Place de l’autre [1979] Lui est assis sur une chaise‚ Elle est debout. À confondre la condition de l’un avec la position de l’autre‚ l’égalité est ce qui pourrait leur arriver de plus dramati- que. Seul jeu possible‚ mettre en œuvre la meilleure stratégie pour prendre la place de l’autre.

Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale [1980] Sur la route de l’exil‚ des gens qui possédaient tout et viennent peut-être de tout perdre‚ se racontent le long voyage de Madame Knipper fuyant la Capitale. Le leur‚ peut-être.

Ici ou ailleurs [1981] Une femme qu’un homme quitte oublie son enfant. Un fils revient là où l’attend sa mère. Une actrice court les scènes sans jamais s’imposer. De ces vies éparses‚ les responsables voudraient qu’«il» écrive l’histoire. Mais en est-il seulement capable?

Les Serviteurs [1981] À l’étage Monsieur et Madame ont peut- être disparu‚ mais chacun en bas assure son service et sa fonction.

Noce [1982] C’est la noce. Les laissés-pour-compte‚ les oubliés de la fête veulent participer. Ils montent à l’assaut des mariés‚ ils font la révolution mais devront eux aussi inventer un nouveau monde.

Théâtre complet II
Vagues souvenirs de l’année de la peste / Hollywood / Histoire d’amour (repérages) / Retour à la citadelle / Les Orphelins / De Saxe‚ roman / La Photographie (ISBN 978-2-912464-78-1‚ 2000‚ 272 p.‚ 18‚29 €)
Vagues souvenirs de l’année de la peste [1982]Ils ont fuit la peste de Londres. Ils reviennent. Comme tous les soirs‚ ils campent ensemble par la force des choses. Ils racontent ce qu’ils vécurent et tentent difficilement de vivre ensemble dans la catastrophe.

Hollywood [1983] Un soir‚ à Hollywood‚ lors d’une réception‚ des personnages‚ fictifs ou réels‚ racontent leurs vies. Est-ce qu’ils ne pourraient pas jouer leur propre personnage‚ interpréter leur propre histoire?

Histoire d’amour (repérages) [1983] Un homme et une femme retrouvent celui avec qui ils vécurent une histoire d’amour. Le jour des retrouvailles‚ il lit la pièce‚ le récit de leur histoire telle qu’il veut s’en souvenir‚ telle qu’il l’imagine.

Retour à la citadelle [1983] Dans la capitale‚ il a réussi. Aujourd’hui‚ il est de retour là où il vivait avant; il retrouve sa famille‚ ses faux amis. Mais celui qui revient n’est plus celui qui partit : il est le Nouveau Gouverneur.

Les Orphelins [1984] Lorsque le Père mourra‚ les trois fils réussiront-ils à se partager son héritage‚ sa maison et la femme qui est là et qui semble si indifférente?

De Saxe‚ roman [1984] Le jeune prince de Saxe avait tout quitté‚ son royaume et ses sujets‚ pour aller sur les routes et faire du théâtre avec deux aventuriers. Ils reviennent le chercher‚ perdu dans son palais et dans ses rêves.

La Photographie [1986] C’est l’histoire de gens qui se sont perdus de vue‚ qui se retrouvent‚ et qui se souviennent qu’ils se connaissaient‚ «avant»‚ quelques années auparavant.

Théâtre complet III
Derniers remords avant l’oubli / Music-hall / Les Prétendants / Juste la fin du monde / Histoire d’amour (derniers chapitres) (ISBN 978-2-912464-49-1‚ 1999‚ 2007‚ 320 p.‚ 21 €)

Derniers remords avant l’oubli [1986] L’action se passe en France‚ de nos jours‚ à la campagne‚ dans la maison qu’habite Pierre et qu’habitèrent par le passé avec lui Hélène et Paul. Chacun a maintenant construit sa vie et il s’agit de se partager les biens‚ ce qui reste de l’utopie d’une jeunesse.

Music-hall [1989] Comme tous les soirs‚ dans cette ville-là comme dans toutes les autres‚ la Fille jouera sa petite histoire‚ prendra des mines‚ fredonnera chansonnette et esquissera pas de danse. Racontera la journée pénible qui s’achève‚ celle qui s’annonce‚ humiliations et aléas divers. Comme tous les soirs‚ les deux boys‚ épuisés‚ fatigués‚ rêvant de s’enfuir‚ tricheront avec elle.

Les Prétendants [1988] Tous les personnages qui composent la vie d’un centre culturel de province se retrouvent à l’occasion de la nomination d’un nouveau directeur. Cette passation de pouvoirs se fait chorégraphie tactique‚ chacun cherchant à se placer au mieux suivant le jeu des mondanités‚ des faux-semblants et des vrais enjeux. Ça s’agite‚ ça se remue‚ ça grouille… comme dans un marais: au final rien ne change.

Juste la fin du monde [1990] Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive‚ le fils repartira sans avoir rien dit.

Histoire d’amour (derniers chapitres) [1990] Ajouts et précisions à la première version‚ «Repérages».

Théâtre complet IV
Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne / Nous‚ les héros / Nous‚ les héros (version sans le père) / J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne / Le Pays lointain (ISBN 978-2-84681-030-2‚ 2002‚ 424 p.‚ 18 €)
Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne [1993] Naître‚ ce n’est pas compliqué. Mourir‚ c’est très facile. Vivre‚ entre ces deux événements‚ ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes pour s’en accommoder‚ il suffit de savoir que si la vie n’est qu’une longue suite d’infimes problèmes‚ il existe une solution pour chacun.

Nous‚ les héros [1993] Après la représentation‚ on chante une fois encore‚ on joue de petits sketches idiots‚ on imite‚ on hurle de rire et parfois‚ aussi‚ on se laisse aller à la nostalgie. Ce soir‚ la fille aînée du directeur se fiancera‚ dans les coulisses‚ avec le jeune premier…

Nous‚ les héros (version sans le père) [1994] Cette pièce fut écrite par Jean-Luc Lagarce pour les acteurs jouant dans sa mise en scène du Malade imaginaire. L’acteur devant jouer le rôle du père n’étant pas disponible‚ Lagarce a supprimé le personnage et réécrit la pièce.

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne [1994] Cinq femmes et un jeune homme enfin rentré à la maison‚ endormi paisiblement ou mourant enfin. On lutte une fois encore‚ la dernière‚ on se dispute les dépouilles de l’amour‚ on s’arrache la tendresse exclusive.

Le Pays lointain [1995] L’histoire sans histoire d’un homme dans la France des vingt dernières années du XXe siècle‚ les rencontres‚ la famille‚ les amis‚ les amours fantasmées et vécues‚ le travail et les aventures. Le roman. Le chemin par- couru‚ l’éloignement lent et certain qui nous mena là où nous sommes‚ aujourd’hui‚ du pays lointain d’où nous sommes partis. C’est le récit de l’échec‚ le récit de ce qu’on voulut être et qu’on ne fut pas‚ le récit de ce qu’on vit nous échapper.

PIÈCES SEULES
L’Exercice de la raison [1985] Ils n’ont encore rien décidé. Un de ces petits jeunes hommes mélancoliques peut remplacer le vieux‚ être nommé à sa place. Et le vieux peut aussi se succéder à lui-même. Tout cela peut n’être qu’une réunion préparatoire et tout peut se décider une autre fois‚ comme toujours. On ne sait pas. Et encore‚ aucune éventualité ne doit être écartée : rien‚ la vie peut continuer ainsi. ISBN 978-2-84681-188-0‚ 2007‚ 80 p.‚ 10 €
Retour à la citadelle (ISBN 978-2-84681-162-0‚ 2006‚ 64 p.‚ 10 €)
Derniers remords avant l’oubli (ISBN 978-2-84681-063-0‚ 2003‚ 64 p.‚ 9 €)
Les Prétendants (ISBN 978-2-84681-032-6‚ 2002‚ 104 p.‚ 9 €)
Music-hall (ISBN 978-2-84681-000-5‚ 1992‚ 2008‚ 64 p.‚ 9 €)
Juste la fin du monde (ISBN 978-2-912464-88-0‚ 1999‚ 2008‚ 80 p.‚ 7‚50 €)
Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (ISBN 978-2-912464-61-3‚ 1995‚ 2005‚ 48 p.‚ 7‚50 €)
Nous‚ les héros (version sans le père) (ISBN 978-2-84681-124-8‚ 1995‚ 2007‚ 96 p.‚ 10 €)
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne (ISBN 978-2-912464-03-3‚ 1997‚ 2007‚ 64 p.‚ 10 €)
Le Pays lointain (ISBN 978-2-84681-088-3‚ 1995‚ 2005‚ 160 p.‚ 10 €)

LIVRET D’OPÉRA
Quichotte [1989] Livret d’un opéra jazz composé par Mike Westbrook‚ ce texte librement inspiré du dernier chapitre de Don Quichotte de Cervantès est aussi un hommage à l’univers de Jacques Demy (ISBN 978-2-84681-186-6‚ 2007‚ 64 p.‚ 10 €).

RÉCITS
Trois récits [1994] L’Apprentissage / Le Bain / Le Voyage à La Haye
ISBN 978-2-912464-91-0‚ 2001‚ 112 p.‚ 11‚74 €
L’Apprentissage. «Je me suis arrangé‚ peut-être. J’ouvre les yeux et j’invente et plus habile encore‚ peu à peu‚ de longues heures à songer à cela‚ plus habile encore les yeux fermés‚ inventer et désirer et trouver aussitôt‚ exactement‚ avec exacti- tude‚ trouver aussitôt‚ les yeux ouverts‚ trouver ce qu’on imagina‚ désira avec tant de force que rien ne pourrait se dérober‚ manquer ou être absent.»
Le Bain. «On prend un long bain‚ lui‚ posé sur moi comme un enfant malade‚ son corps superbe en train de se défaire. On dort enlacés. C’était comme le bonheur le plus grand‚ aujourd’hui‚ le souvenir que je garde‚ c’était comme le bonheur le plus grand d’être si paisibles et le désespoir encore de savoir qu’on se quitte.»
Le Voyage à La Haye. «C’était une belle et bonne soirée. À minuit‚ juste après que l’ambassadeur fut parti avec ses acoly- tes‚ le secret avait été bien gardé‚ il y eut un gâteau magnifique‚ offert par les Hollandais et un cadeau somptueux par toute la troupe du spectacle‚ un livre d’art très lourd‚ très beau et volumineux‚ en deux tomes‚ dans son coffret.»

ADAPTATION THÉÂTRALE
Crébillon fils, Les Égarements du cœur et de l’esprit
Adaptation de Jean-Luc Lagarce [1984] C’est une pièce avec un homme‚ une femme et un sofa… C’est l’histoire de la rencontre de cette femme et de cet homme‚ du dialogue qui naît entre eux‚ c’est l’histoire de ce dialogue également. L’homme cherche à rattraper le temps perdu‚ connaître ce qu’il ignore. Elle cherche à conserver son avantage‚ ne rien céder. C’est l’histoire d’un cours de rattrapage‚ «cours du soir»‚ de cette stratégie militaire pour faire dire ce que l’on ignore‚ pour taire ce que l’on ne veut pas révéler. D’une éducation‚ d’un léger vieillissement‚ à peine‚ imperceptible‚ d’une toute première histoire d’amour (ISBN 978-2-84681-167-5‚ 2007‚ 64 p.‚ 8 €).

ESSAI
Théâtre et Pouvoir en Occident [1980] Jean-Luc Lagarce a commencé son chemin d’écriture en étudiant la philosophie. Cet essai est une lecture de l’histoire du théâtre en Occident depuis sa formation grecque jusqu’aux dramaturgies contemporaines de l’après-guerre‚ guidée par une intuition ancienne: comment les formes de théâtre négocient- elles avec l’expression du pouvoir politique? Et qui préside aux règles de cette négociation ? Ceux qui créent le théâtre de la cité ou ceux qui dirigent la cité du théâtre? (ISBN 978-2-912464-85-9‚ 2001‚ 176 p.‚ 12‚04 €)

ARTICLES
Du luxe et de l’impuissance
Recueil d’articles et d’éditoriaux écrits par Lagarce entre 1991 et 1994‚ Du luxe et de l’impuissance donne à entendre la voix de Lagarce depuis son point de vue d’homme‚ de théâtre certes mais engagé‚ à travers lui‚ dans la voie d’un questionnement incessant et salutaire sur la société‚ le monde‚ l’existence.
Nouvelle édition revue et augmentée (ISBN 978-2-84681-225-2‚ 2008‚ 64 p.‚ 9 €)

JOURNAL
Journal 1977-1990
Ce premier volume‚ qui commence avec l’entrée en théâtre de Jean-Luc Lagarce‚ s’achève sur son séjour à Berlin en 1990. Préfacé par Olivier Py‚ il présente les quinze premiers cahiers du Journal qui en compte vingt-trois (ISBN 978-2-84681-193-4‚ 2007‚ 576 p.‚ 24 €).

Journal 1990-1995
Ce second volume‚ qui débute lors du séjour à Berlin de Jean- Luc Lagarce en 1990‚ présente les derniers cahiers‚ XVI à XXIII‚ de son Journal (ISBN 978-2-84681-197-2‚ 2008‚ 576 p.‚ 24 €)

Ébauche d’un portrait
Adaptation de François Berreur d’après le Journal. À travers la relation très particulière que Jean-Luc Lagarce entretient avec son journal se dessine le portrait d’un homme qui consacre sa vie au théâtre et se projette dans l’éternité de l’œuvre‚ apostrophant au-delà de sa disparition le lecteur. C’est le feuilleton avec Théâtre Ouvert‚ ses espoirs‚ ses déceptions‚ ses rebondissements. Le feuilleton de sa maladie‚ sept années de doute‚ de lutte et de courage. Le feuilleton de ses mises en scène‚ ses succès comme ses échecs désespérants. C’est surtout le feuilleton de son écriture‚ de ses interrogations permanentes sur sa capacité à devenir un écrivain (ISBN 978-2-84681-228-3‚ 2008‚ 112 p.‚ 10 €)

Un ou deux reflets dans l’obscurité
Photographies de Lin Delpierre. Cet ouvrage grand format est constitué d’extraits du Journal de Jean-Luc Lagarce qu’il avait sélectionnés à l’occasion de la création du spectacle Les Solitaires intempestifs et de l’écriture des récits L’Apprentissage et Le Voyage à La Haye. Des photographies de Lin Delpierre prises au cours des répétitions et des tournées accompagnent ces textes‚ postfacés par Georges Banu (ISBN 978-2-84681-078-4‚ 2004‚ 176 p.‚ 29 €).

VIDÉO
Journal vidéo Inclus dans ce volume‚ un DVD des films Journal 1 (51 mn) et Portrait (1 mn) de Jean-Luc Lagarce.

Outre la version préliminaire du projet‚ l’ouvrage propose le texte qui est la trame du Journal 1‚ ainsi qu’un entretien avec Jean-Luc Lagarce.

Journal 1 [1992] Lagarce utilise la vidéo pour faire se confronter l’écrit‚ l’image et la voix‚ matières premières du récit au jour le jour de deux années de sa vie.

Portrait [1993] Une vie complète défile devant nous. À partir de photos personnelles‚ Lagarce relève le pari fou de dresser son autoportrait en une minute (ISBN 978-2-84681-191-0‚ 2007‚ 64 p.‚ 17 € [livre + DVD])

MISES EN SCÈNE
Traces incertaines Traces incertaines rend compte du travail de metteur en scène de Jean-Luc Lagarce‚ montant des textes classiques aussi bien que ses propres pièces. Les textes écrits par Lagarce pour les programmes‚ accompagnés de photographies des spectacles‚ présentent l’intégralité des productions de sa compagnie‚ le Théâtre de la Roulotte‚ de 1981 à 1995 (ISBN 978-2-84681-003-6‚ 2002‚ 144 p.‚ 22‚71 €).