Il avait à demi-mot montré son soutien à la greffière homophobe du Kentucky, mais il est finalement allé encore loin. Kim Davis, devenue la figure de proue des opposant.e.s au mariage pour tous depuis qu’elle a refusé de délivrer des certificats de mariage aux couples de même sexe, a confié à la chaîne ABC que le pape François s’est entretenu avec elle dans le plus grand secret. Loin d’être des élucubrations, les dires de Kim Davis ont été confirmés par le Vatican. «Le Saint-Siège a appris la déclaration de Kim Davis selon laquelle elle a rencontré le Saint-Père. Le Vatican ne confirme pas cette entrevue, ni ne la dément. Aucune information complémentaire ne sera donnée», a d’abord annoncé Ciro Benedettini, un des porte-parole du Vatican, avant de préciser quelques heures plus tard: «Je ne nie pas que cette rencontre a eu lieu, mais je ne ferai aucun autre commentaire».

Kim Davis a, elle, raconté avec force détails sa rencontre inespérée avec le pape François: «Je ne suis personne, c’était une leçon d’humilité qu’il puisse vouloir me rencontrer». Elle et son mari auraient été contacté.e.s par le pape et se sont rendu.e.s à Washington DC pour le rencontrer le 24 septembre. «J’ai tendu ma main, et il l’a saisie et l’a serrée, puis je l’ai serré dans mes bras et il m’a serré dans les siens. Et il m’a dit “merci pour votre courage”.» Le pape a en effet eu un effet galvanisateur sur la militante anti-égalité: «Avant de partir, il m’a dit “soyez forte”. Ça a été un grand encouragement. Rien que de savoir que le pape nous suit sur cette voie, ça valide en quelque sorte d’avoir quelqu’un de cette envergure.» De quoi en effet redonner beaucoup de confiance et d’importance à une femme toujours aussi déterminée: «J’ai pesé le pour et le contre et je suis prête à faire ce qu’il faut, même de la prison, a-t-elle déclaré. C’est toujours la même bataille, nous avons juste plus de monde avec nous désormais.»

Durant son retour à Rome, le pape avait justement répondu à un journaliste au sujet de Kim Davis, sans pour autant évoquer sa rencontre avec elle: «Je n’ai pas en tête toutes les affaires où peut résider l’objection de conscience, mais oui, je peux dire que l’objection de conscience doit s’intégrer à toute structure judiciaire parce qu’elle est un droit, avait-t-il alors affirmé. Si on n’autorise pas autrui à être objecteur de conscience, on le prive d’un droit.» Des paroles qui légitimaient en somme le refus de la greffière de faire son travail. Alors que de nombreux/ses catholiques LGBT espéraient un message d’inclusion de la part du pape François durant sa visite aux États-Unis, cette rencontre sonne comme une amère déception, mais aura au moins pour mérite de rappeler que malgré un discours d’apparence plus tolérant que ses prédécesseurs, le pape François n’est pas le pape progressiste tant espéré.