Deux documentaires, l’un anglais, l’autre américain, nous racontent dans une forme assez classique deux histoires à la fois cultes et symboliques de leurs époques. Avec The Battle of the Sexes (Royaume-Uni), James Erskine et Zara Hayes nous plongent dans l’histoire d’un match de tennis qui, à sa façon, a changé le monde. C’est le fameux match du 20 septembre 1973 qui oppose la championne de tennis Billie Jean King à l’ancien champion Bobby Riggs (55 ans à l’époque) qui a proclamé qu’il pouvait battre n’importe quelle joueuse de tennis! L’ancien champion clairement misogyne se fera clairement dominer (6-4, 6-3, 6-3) dans l’Aérodrome de Houston lors du match qui aura réuni le plus de spectateurs (30.000) dans l’histoire du tennis. Nourri de témoignages intéressants et d’une narration précise de cet événement historique, et via un habillage très seventies (musiques, graphisme et images d’archives), The Battle of Sexes est un documentaire assez formaté selon les standards bien connus mais qui passionne par son propos.

The Cult of JT Leroy de l’américaine Marjorie Sturm nous retrace l’une des plus grandes mystifications littéraires de la pop culture de la fin des années 90: l’arrivée d’un nouveau monstre de l’édition, JT Leroy (pour Jeremiah «Terminator» Leroy) un jeune ado prostitué, héroïnomane, vivant avec le VIH, qui va connaître un succès fulgurant avec des récits supposément autobiographiques tels que Sarah ou encore Le Livre de Jérémie (2001, adapté au cinéma par Asia Argento en 2004). Après enquêtes de plusieurs journalistes qui témoignent dans le film, il s’est avéré que JT Leroy, qui commençait à apparaître dans les soirées mondaines et les médias sous une apparence féminine et parlait de ses interrogations sur son genre et sa sexualité, était une arnaque. Une jeune comédienne prêtait son apparence au supposé écrivain et Laura Albert, une femme née en 1965, était à l’origine des livres et de la supercherie. Un cas d’école passionnant qui ne ménage pas les usines à rêves (et à cauchemars) que sont l’industrie du livre de la côte Est des États-Unis et celle du cinéma de la côte Ouest.

Côté fiction, La Visita de Mauricio Lopez Fernandez (Chili, Argentine) nous raconte le retour au village du fils d’une domestique pour les funérailles de son père (photo ci-dessus). Mais cette visite, après des années d’absence, sera celle de l’affirmation de la vérité. En effet le fils attendu pour reprendre les fonctions patriarcales de chef de famille dans cet univers tout entier dédié à la religion et à la tradition ne revient pas tel qu’on l’avait quitté puisqu’il est désormais une belle jeune femme. Le film, tout en nuances, explore les réactions de la famille, des proches, du village. Mais c’est avant tout les relations avec la mère qui prennent une force particulière, et le parcours du personnage central pendant ces quelques jours de visite trouvera sa finalité en une ultime phrase de dialogue qui pourrait paraître anodine mais prend tout son sens. La Visita, loin des clichés et de tout sensationnalisme, est un bijou de douceur et de nuances.

Notons également deux films plutôt réussis sur lesquels nous reviendrons puisqu’ils sortent en France dans les semaines qui viennent: le très sensible Beira Mar des Brésiliens Filipe Matzembacher et Marcio Reolonet qui sera distribué en salles le 9 décembre par Epicentre Films et Je suis à toi, deuxième long métrage du Belge David Lambert après Hors les murs, qui sera visible dès le 7 octobre grâce à OutPlay.

Trois questions à Gustavo Vinagre, réalisateur de Novo Dubai (lire l’épisode 2):
Gustavo VinagreComment est née l’idée de Nova Dubai et quelle était la motivation du film? Je suis né à Rio mais je vis depuis longtemps près de Sao Paulo où j’ai étudié la littérature et le japonais. Je suis parti pendant trois ans faire des études de cinéma et d’écriture de scénario à Cuba. Lors de mon retour, sans travail, sans domicile, je suis retourné vivre chez ma mère. J’ai ressenti la spéculation immobilière comme quelque chose de choquant, et la vue changeait! J’avais également vécu loin d’Internet, des smartphones, des connections facilitées. Je m’y suis mis à fond pour retrouver mes amis, chercher du travail et cela m’a inspiré dans l’écriture du film qui s’organise un peu comme des liens hypertextes sur lesquels on cliquerait. Quand j’écris je me dis toujours que je vais faire un film énorme et commercial que les gens vont adorer mais j’aime avant tout que les gens ressentent des choses et changent d’avis après le film. Mon premier court parlait d’un jeune poète gay, aveugle et fétichiste des pieds. J’aime toujours mélanger le documentaire et la fiction et cela m’intéresse de voir les spectateurs s’interroger. Alors, bien sûr, il arrive que dans les festivals les gens quittent la salle! Novo Dubai compare tout le temps le sexe et la violence, on parle beaucoup des films d’horreur. On me demande «pourquoi tant de sexe?», d’abord parce que j’aime beaucoup le sexe, et ensuite parce que ce genre de pénétration me semble moins violent qu’un couteau enfoncé dans un cœur.

Au-delà des scènes de sexe, de la provocation, le film a un propos assez profond… C’est complexe car c’est un mélange. J’aime comparer les choses: la beauté, la violence dans le sexe. Mais j’essaie aussi de rendre cela naturel, je pense que le sexe peut être montré, il fait partie de la vie. Comme quelqu’un qui prend son petit déjeuner ou qui lit! Pourquoi évite-t-on tout le temps ces scènes dans le cinéma. Je pense que souvent on essaie d’avoir une interprétation psychologique des motivations des scènes de sexe mais il ne s’agit que de jouer avec des clichés, notamment ceux de la «vie gay»: le rapport père-fils, le fantasme de l’ouvrier sur un chantier… Le film joue beaucoup avec les stéréotypes comme une blague.

Je pense qu’il y a un lien entre ces immeubles qui remplissent l’espace et les pénis qui remplissent les trous. Mais également sur la construction d’une relation, de l’amour.

Quels sont vos projets? Un long métrage est en préparation? Je tourne bientôt un court métrage d’horreur sur une femme enceinte et son mari violent, fan de football. J’ai toujours été effrayé par la violence due au football dans mon pays!

Je vais tourner un long métrage que je n’ai pas écrit à Cuba. Ce sera la première fois que je tourne une histoire dont je ne suis pas l’auteur. Mais j’adore l’idée de tourner à Cuba qui est en pleine évolution. Le film est centré autour de trois personnages: un garçon de 8 ans qui voue un culte à Fidel Castro et s’habille comme lui, et qui d’ailleurs existe réellement, une femme de 80 ans qui a transformé son manoir en hébergement pour touristes après la révolution et un jeune homme qu’on prend pour un étranger et qui fait un documentaire sur les immeubles qui sont supposés avoir été détruits mais qui en fait ne le sont pas et qu’on appelle des Miracles Statics. Ce sera le titre du film.
Texte et photo (Gustavo Vinagre) Franck Finance-Madureira