En réagissant à la nouvelle constitution adoptée par le Népal qui garantit désormais l’égalité pour les minorités sexuelles, un membre du gouvernement du Cambodge a estimé que le mariage des couples de même sexe et la non-discrimination envers les personnes LGBT étaient déjà une réalité dans son pays. Phay Siphan, porte-parole du Conseil des ministres, a en effet déclaré que «la société cambodgienne ne discrimine pas les personnes LGBT»: «Seuls des individus le font. Aucune loi cambodgienne ne fait de discrimination contre elles et rien ne leur interdit de s’aimer ou de se marier.»

UN ÉTAT DES LIEUX ÉDULCORÉ
Un état des lieux un peu trop édulcoré selon le Cambodian Center for Human Rights (CCHR) qui a salué les avancées du Népal, tout en signalant dans le même temps que la communauté LGBT du Cambodge fait réellement face à de grandes difficultés: «Le CCHR espère que ce tournant majeur au Népal pourra agir comme un catalyseur en stimulant d’autres développements à travers l’Asie et dans le monde entier dans la reconnaissance des droits LGBT, et en particulier offrir un rappel utile au Gouvernement royal du Cambodge pour emboîter le pas et promulguer des lois similaires dans le royaume du Cambodge.

Même si le droit national ne criminalise pas l’homosexualité, les LGBT cambodgien.ne.s subissent des discriminations et des abus en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre, à la fois par l’État et dans la société en général. C’est principalement dû au cadre juridique, qui ne protège pas spécifiquement les personnes LGBT, échouant à inclure l’orientation sexuelle et l’identité de genre aux motifs de discriminations. Cela impacte la façon dont les LGBT sont perçu.e.s par la société et contribue à alimenter la discrimination et la marginalisation.»

De son côté, l’organisation LGBT Rainbow Community Kampuchea (RoCK), espère elle aussi que le gouvernement «continuera à soutenir les groupes LGBT en promulguant ou en amendant une loi pour mettre fin aux discriminations et améliorer leurs droits, leur permettant de garder leur identité avec fierté».

UNE COMMUNAUTÉ DE PLUS EN PLUS VISIBLE
Dans un article du site australien Star Observer, la militante Jasmine Dawson fait état d’une communauté de plus en visible et dynamique dans la société cambodgienne: «Même si le gouvernement souhaite ignorer la communauté LGBTI, cela est en train de devenir de plus en plus difficile, alors qu’une communauté prospère et organisée a lancé Q Cambodia, le premier magazine gay du Cambodge (lancé en juin dernier, ndlr), et la pride de cette année s’est étalée sur dix jours», note-t-elle. Dernièrement, souligne par ailleurs le CCHR, la conseillère du ministère de la Condition des femmes Dr. Khieu Serey Vuthea a apporté explicitement son soutien à des mesures de protection pour les minorités sexuelles: «Les personnes LGBT font partie de notre société. Nous devons et les respecter. Les personnes LGBT sont nées ainsi alors nous ne pouvons les forcer à changer. Nous devons mettre un terme aux discriminations contre les personnes LGBT dans les familles, les écoles, et sur les lieux de travail.»

Depuis une dizaine d’années, plusieurs personnalités politiques ont d’ailleurs fait part de leur soutien à l’égalité, avec en tête le roi Norodom Sihanouk qui avait, peu de temps avant son abdication en 2004, déclaré qu’en tant que «démocratie libérale», le Cambodge devait autoriser les couples d’hommes et de femmes à se marier.