Le documentaire Alex et Ali suit les retrouvailles entre Alex, volontaire américain en Iran avant la chute du Shah, et Ali, un jeune Iranien. Ces deux-là ont vécu une belle histoire d’amour de près de dix ans dans la discrétion qu’impose le pays. Alex est rapatrié comme tous ses compatriotes en 1979 lors de la révolution iranienne. En 2012, alors qu’ils ne se sont pas vus depuis plus de 30 ans, les deux hommes prévoient de se retrouver en Turquie, l’un des rares pays dans lequel les Iraniens peuvent voyager avec un simple visa touristique. Si rien ne se passe vraiment comme prévu entre les deux hommes qui ne s’épargnent pas, un choix s’impose à Ali: revendiquer son homosexualité afin de réclamer l’asile aux États-Unis pour y vivre avec Alex ou rentrer en Iran après cette parenthèse turque en risquant d’être incarcéré et torturé.

Impossible de spoiler plus avant la suite des événements mais le film, malgré le peu d’inspiration de la réalisation et la platitude de la narration en voix off (le réalisateur Malachi Leopold est pourtant impliqué puisqu’il est le neveu d’Alex), est bouleversant et laisse un goût amer. On se dit qu’un bon scénariste tirerait de cette histoire vraie un film de fiction passionnant.

Toujours sur le champ politique, Oriented (photo ci-dessus) du Britannique Jake Witzenfeld nous plonge dans le quotidien de trois amis palestiniens, homosexuels militants, qui forment un collectif de vidéastes et vivent entre Jaffa et Tel Aviv. Khader vit avec son petit ami juif David, qui tente de le persuader de partir vivre à Berlin. Fadi se retrouve confronté à sa conscience en tombant amoureux d’un juif qui ne partage pas ses convictions pro-palestiniennes. Naeem envisage sérieusement de dire sa vérité à ses parents au risque d’être rejeté. Ce portrait de groupe, qui se concentre sur le questionnement de ces garçons pour qui l’affirmation passe par une nationalité en plus d’une sexualité, a la bonne idée de ne pas se prendre au sérieux. On y suit ce trio et son environnement avec bonheur, grâce à un humour qui n’est jamais loin des questionnements politiques. On se prend à rire, à sourire avec eux sans jamais oublier que la guerre est leur quotidien. Leurs vidéos «guerilla», empreintes de naïveté camp, leur permettent de faire exister une communauté queer palestinienne via les réseaux sociaux malgré les insultes récoltées en commentaires. Ce travail artistique matérialise en quelques plans musicaux la plus belle preuve de leur volonté de faire évoluer les choses.

La section «Queer Art» du festival permet de découvrir un cinéma plus expérimental et artistique qui fait fi des conventions de la fiction ou du documentaire. Outre le film français Pauline s’arrache d’Emilie Brisavoine, dont on reparlera puisqu’il est annoncé en salles le 23 décembre prochain, on découvre le nouvel ovni du Brésilien Gustavo Vinagre, Nova Dubai. Ce film de moins d’une heure s’intéresse à la construction d’un nouveau quartier dans le Nord du Brésil. Afin de raviver les souvenirs de cet endroit qui change et se reconstruit, trois amis vont explorer ce territoire d’une façon «différente» puisque leur activité va se résumer à enchaîner les «plans cul» en extérieur.

Si quelques scènes sont un peu obscures dans leur signification, le film s’apprécie par son côté brut et trash assumé, mais également sur ce qu’il dit de l’amour entre deux sodomies sauvages: serait-il lui aussi une forme de construction? Pour public ouvert d’esprit et averti!
Franck Finance-Madureira