Mis en place dans les années 90 en France, le Traitement post exposition (TPE) permet d’empêcher au VIH de s’installer pour de bon dans le corps après un rapport à risque. En se rendant dans un service d’urgence, la personne exposée se voit prescrire des médicaments anti-VIH dans les 48 heures suivant l’exposition et en continuant à les prendre pendant quatre semaines, tous les jours. Pour prévenir l’infection par le VIH, à côté de la capote, la prophylaxie pré-exposition ou PrEP, testé en France dans l’essai Ipergay, a fait la preuve de son efficacité. Elle n’est pas encore disponible en France hors essai.

COMBINAISON DES SERVICES
Une équipe canadienne s’est intéressée à la stratégie de la Clinique de prévention du VIH de l’hôpital de Toronto, qui vise à proposer à des personnes qui ont eu recours au TPE de poursuivre ensuite avec la PrEP. Relayés sur le site canadien CATIE, spécialisé dans l’information sur le VIH et l’hépatite C, les résultats montrent que la clef du succès de cette stratégie est la combinaison des services de TPE et de PrEP dans une clinique spécialisée. Avoir sous le même toit la possibilité de recevoir des conseils en prévention, de bénéficier d’un TPE permet de mieux préparer et accompagner les candidats à la PrEP.

Dans cette clinique, celles et ceux qui demandent le TPE sont évalué.e.s afin de savoir s’ils pourraient être ensuite de bon.ne.s candidat.e.s pour la PrEP. La PrEP est proposée aux patient.e.s qui répondent à plusieurs critères:

  • relation continue avec un partenaire séropositif
  • usage peu fréquent de préservatifs avec un ou plusieurs partenaires au statut VIH inconnu
  • homme ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et qui a eu une Infection sexuellement transmissible au cours des six mois précédents
  • partage de matériel d’injection au cours des six mois précédents.

D’après les chercheurs de l’étude, les facteurs suivants sont étroitement liés au fait qu’un patient se révèle un candidat approprié pour la PrEP:

  • exposition sexuelle au VIH et pas une exposition non sexuelle au VIH
  • le fait d’être un HSH
  • le fait d’avoir utilisé le TPE dans le passé

L’étude souligne cependant que la principale difficulté réside dans le coût de la PrEP. Au Canada, pays dans lequel la PrEP n’est pas prise en charge (à l’exception du Québec), le traitement mensuel peut aller de 1000 à 2000 dollars (de 675 à 1350 euros) par personne. Pas étonnant donc que seulement 11 personnes aient été en mesure de commencer la PrEP dans l’étude torontoise.

PRISE EN CHARGE COMPLÈTE
Mais cette dernière a le mérite de montrer, certes dans le contexte particulier du Canada, que des centres qui proposent une prise en charge complète, du TPE à la PrEP en passant par le dépistage régulier, des conseils en matière de santé sexuelle et du soutien psychologique, sont les plus susceptibles d’aider les personnes qui s’exposent à la transmission du VIH pour leur proposer.

En France, il existe peu de structures capables de fournir ce type de prestations (Le 190 à Paris est l’exception qui confirme la règle). La fusion, effective le 1er janvier 2016, entre les centres de dépistage du VIH et ceux des IST, conduisant à la création des Cegidd (pour Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic), pourrait s’accompagner d’une offre élargie de prise en charge, incluant la santé sexuelle et les outils de prévention comme le TPE et la PrEP (quand celle-ci sera autorisée). Mais des spécialistes du dossier estiment qu’à moyens constants, ces missions auront bien du mal à être développées.

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