Les résultats de la toute première enquête sur la bisexualité menée en France viennent d’être rendus publiques à l’occasion de la Journée internationale de la Bisexualité (voir les photos de la première marche organisée en France pour cette journée). Menée par SOS homophobie, le MAG Jeunes LGBT, Bi’Cause et Act Up-Paris, l’enquête (débutée en 2012 et dont les premiers résultats avaient été dévoilés en 2013) entend mettre en lumière les spécificités des discriminations et des préjugés que subissent les personnes bisexuelles. En tout, 6107 personnes y ont répondu.

L’analyse des résultats de l’enquête s’articule en quatre parties: la définition de la bisexualité et ce qu’elle englobe, la visibilité et la représentation, notamment au sein de la communauté LGBT, la perception de la bisexualité dans le cadre d’une relation (affective, sexuelle…) avec une personne bisexuelle, et enfin la biphobie et tous les préjugés rattachés à la bisexualité.

LA FOIRE AUX CLICHÉS
Si la bisexualité est majoritairement considérée comme une orientation sexuelle, les données récoltées montrent qu’une partie importante des répondant.e.s considèrent qu’être bisexuel.le confère certains traits de personnalités, certaines qualités, mais aussi certains défauts: «Les commentaires nous montrent également qu’il y a beaucoup de clichés, qu’ils soient gratifiants ou péjoratifs autour de la manière de vivre d’une personne bisexuelle, en termes de relation à l’autre et de traits de personnalité: de très ouvert.e d’esprit à égoïste, de “regarde la personne avant son sexe” à “soif de luxure”, de “ne doute pas” à “bipolaire”. Il est étonnant et intéressant de voir la multiplicité et la diversité des avis, idées reçues et interprétations au sujet de la bisexualité.»

TROP PEU DE VISIBILITÉ
Dans la partie consacrée à la visibilité et à la représentation, l’enquête s’est penchée sur la connaissance ou non de personnes biesà la fois dans l’entourage des répondant.e.s, mais aussi parmi les personnalités célèbres. Si 14% des personnes ayant répondu à l’enquête affirment ne pas connaître de personnes bisexuelles dans leur entourage, la grande majorité affirme en connaître au moins une. Au-delà des connaissances proches, les réponses mettent clairement en lumière un manque de visibilité des personnes bies dans les médias.

AVEC UN.E BI.E: POUR UNE NUIT OU POUR LA VIE?
Dans le cadre de l’enquête, les personnes interrogées ont aussi été amenées à se prononcer sur la possibilité pour elles d’avoir une relation sexuelle, amoureuse, ou de construire une relation de couple avec une personne bie. Si l’exclusion totale reste minoritaire auprès des répondant.e.s, qu’ils/elles soient hétéros, lesbiennes ou gays, les résultats notent néanmoins une sorte d’évolution dans les données obtenues: «Après l’analyse de ces chiffres, force est de constater que plus l’engagement avec un.e bi.e est sérieux et durable, plus notre panel semble être réticent. On passe ainsi de 78 %, à 71 %, puis 61 % de personnes qui répondent oui, pour coucher avec un.e bi.e, concevoir de développer des sentiments pour l’un.e d’eux/elles et enfin se mettre en couple avec.» Selon l’enquête, il demeure une «crainte» d’être irrémédiablement trompé.e par une personne bisexuelle.

UNE BIPHOBIE DIFFICILE À IDENTIFIER
Au total, 73% des personnes interrogées pensent que les personnes bisexuelles peuvent subir des discriminations liées à leur orientation sexuelle. Néologisme dérivé du mot «homophobie», la biphobie recouvre les stéréotypes autour de la bisexualité, mais aussi l’invisibilisation des personnes, «le dénigrement de cette orientation sexuelle, en arguant qu’elle n’existe pas, ou bien qu’elle est uniquement un effet de mode». Par certains aspects, la biphobie est parfois aussi difficile à détecter: par exemple, il n’y a pas d’insultes à proprement parler biphobes: «les actes de violences, qu’ils soient verbaux ou physiques perpétrés à l’encontre des bi.e.s, trouvent le plus souvent leurs sources dans l’homophobie ou le sexisme».

En conclusion, les quatre associations à l’origine de l’enquête notent que la bisexualité est heureusement considérée comme une orientation sexuelle à part entière. Ce sont les représentations et les clichés qui y sont rattachés qui posent cependant encore problème: «L’étude des commentaires montre que les idées reçues selon lesquelles les bi.e.s seraient “volages”, “instables” et des “traîtres à la cause homosexuelle”, sont très prégnantes.

«Face à ce constat il nous semble indispensable de lutter pour la visibilité de cette orientation sexuelle, de sensibiliser dès le plus jeune âge, comme le font déjà SOS homophobie et le MAG Jeunes LGBT, au collège et au lycée, car nous avons pu voir que ces clichés, stéréotypes et idées reçues ne sont pas exacts.»

Consulter l’enquête nationale sur la bisexualité 2015.