À l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, partons à la découverte de nos ainées, celles qui se sont aimées, et ont résisté aux fascismes durant la Seconde Guerre Mondiale.

En cette année de commémoration des 70 ans de la libération des camps de concentration, nous avons créé le site queercode.net qui relie des travaux d’activistes féministes, artistes, performeuses, historiennes, sociologues…

Queer code est une démarche pour écrire collectivement notre histoire.
C’est un espace numérique collaboratif qui rend visible les parcours de vie des femmes ayant aimé des femmes, qu’elles furent cisgenres ou transgenres durant la Seconde Guerre Mondiale, leurs résistances, leurs émancipations, leurs amours et leurs plaisirs… trop longtemps invisibilisés.

Cette démarche relie des activistes de plusieurs générations, de Lille, de Lyon, de Montpellier… de Genève… Bruxelles… des artistes, des performeuses, des sœurs de la perpétuelle indulgence, des chercheuses citoyennes et des universitaires, des bibliothécaires à la retraite…
Des lesbiennes, des gouines, des gays, des hétéros… Cis’, aux genres fluides…
Des personnes motivées à briser le silence qui entoure l’histoire des femmes qui ont aimé des femmes durant la Seconde Guerre Mondiale.

Nous pouvons ensemble investir l’historiographie d’imaginaires, de fictions, de techniques d’écritures et de formes narratives plurielles.
Alors allons au-delà d’une simple célébration de figures de femmes oubliées.
Envisageons une réécriture de l’histoire par de nouvelles technologies narratives, celles employées par les artistes et poètes féministes/lesbiennes/bisexuelles/Trans/queer : des technologies telles que la mythologie, l’autohistoire-théorie, le reenactment, la reconstitution ou la fictionnalisation d’archives…
La citation de Monique Wittig «Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente», tirée des Guérillères (1969) sera l’une des aiguilles de notre boussole lors de nos recherches, de nos écrits comme d’autres ont choisi de le faire à travers le monde et en France* avant nous.
Dans cet ouvrage, Monique Wittig pose la nécessité d’inventer l’histoire quand certaines figures ou généalogies viennent à manquer.

Si l’Histoire n’est pas (ou n’a pas été) capable de rendre compte des voix des femmes, alors inventons-là!

Et relions-nous à celles et ceux qui s’engouffrent dans cette voie.
Nous continuerons donc de relier nos démarches d’historiennes, d’écrivaines, de plasticiennes, de comédiennes, de conteuses, de militantes… sur les questions mémorielles liées à la Seconde Guerre Mondiale et aux déportations et persécutions des lesbiennes, bisexuelles, cis et transgenre en Europe et à travers le monde.

Ainsi, c’est par exemple par le biais d’un QR code déposé sur la peau grâce à un décalcomanie que nous donnerons accès au site queercode.net en ces Journées européennes du Patrimoine.
Ce geste se veut un renversement**, celui de l’acte du régime nazi qui consistait à tatouer un matricule sur l’avant-bras de chaque personne déportée, dans un cycle de violence visant à la déshumaniser.
Mais aussi, nous placerons des QR code sur des documents, des boites d’archives, dans l’espace public… grâce à des autocollants mis à la disposition des participants.

C’est aussi à venir des performances dans des bibliothèques, des rencontres dans des espaces culturels, des lectures, des projections de films, des ateliers d’écriture… qui seront mis en place en ces 70 ans de la libération des camps de concentration et bien au-delà.
Une démarche hybride, à la fois féministe et camp, à la fois artistique et historique.

Et si l’histoire des personnes Lesbiennes, Gays, Bies, Trans’ et Queer est enfin devenue un objet de recherches universitaires légitimes depuis quelques années en France, Queercode propose de ne pas être seulement objet mais surtout sujet!

L’année prochaine, nous rencontrerons des militant.e.s, des chercheuses, des artistes… italiennes, espagnoles, britanniques et canadiennes pour découvrir ce qu’ilLes ont découvert ou créé concernant les parcours de vie et de résistance de ces lesbiennes, bies, cis’ et trans’.
Cette démarche participative sera régulièrement enrichie par des propositions, de nouvelles lectures et des partages.

Bonne découverte féministe!

Isabelle Sentis pour Queer Code

*«Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.» Exposition Bétonsalon – Centre d’art et de recherche (Paris) Une proposition d’Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros 2013

**«Tout geste est renversement», Les Guérillères, de Monique Wittig

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