«J’ai déposé une demande de protection internationale devant le ministère des Affaires étrangères et de l’Immigration du Grand Duché du Luxembourg.» C’est par ce statut publié sur Facebook que la militante russe Irina Fet a annoncé avoir quitté son pays.

Irina Fet est l’une des militantes emblématiques du mouvement pour les droits LGBT russe. En 2009, elle avait épousé au canada Irina Shipitko et avait tenté de faire reconnaître ce mariage en Russie (voir Vidéo: Yagg a rencontré les mariées russes Irina Fedotova-Fet et Irina Shipitko). Les deux femmes se sont depuis séparées. Quelques mois plus tard, elle était arrêtée à Ryazan en vertu de la loi anti-«propagande homosexuelle» alors qu’elle portait une pancarte sur laquelle était inscrit: «L’homosexualité est normale». Irina avait alors saisi le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies. Lequel lui avait donné raison, estimant que son droit à la liberté d’expression avait été violé. La justice avait alors annulé les poursuites à l’encontre de la militante.

Comme elle l’a expliqué à Radio Svoboda, la décision de quitter la Russie a été prise il y a plusieurs années, mais c’est le 17 août dernier qu’Irina est passée à l’acte. C’est une nouvelle agression, alors qu’elle rentrait chez elle un soir, qui l’a poussée à faire ses bagages. Agression ciblée ou non, elle ne sait pas: «Je reçois des menaces tous les jours. Le jour de l’agression j’avais reçu une menace, “nous savons où vous habitez, nous allons vous tuer”.»

«Continuer à vivre en Russie était devenu impossible, confirme-t-elle dans un autre entretien, accordée au Quotidien luxembourgeois. Heureusement, j’avais un visa pour me rendre au Luxembourg: Nikolai Alekseev et moi, nous avions prévu de visiter l’Europe et le pays en juin. Alors j’ai décidé de partir et de laisser la Russie loin derrière moi. La décision a été vite prise. J’ai acheté un ticket et me voici.»

Au Luxembourg, elle est accompagnée par l’association Rosa Lëtzebuerg. Retourner en Russie?

«Jamais. Ils me tueraient.»

Autre parcours, autre demande. Nikolai Alekseev, grand ami d’Irina (et son avocat), fondateur de la Moscow Pride, a, lui, demandé la citoyenneté suisse, a-t-il annoncé hier, mercredi 9 septembre, sur Instagram:

Официально обратился к федеральным властям Швейцарии в Женеве с просьбой о предоставлении гражданства Швейцарской Конфедерации. Уже много лет имею на это полное право по семейным обстоятельствам в связи с заключенным ровно семь лет назад, в сентябре 2008 года, однополым гражданским партнерством. В любом случае отказываться от российского гражданства не собираюсь. Вопрос предоставления мне швейцарского гражданства должен решиться до конца текущего года.

Une photo publiée par Николай Алексеев (@nicklava) le

Les circonstances de la demande sont néanmoins très différentes de celles qui ont poussé Irina Fet à quitter la Russie. «Cela n’a rien à voir avec l’asile politique, a-t-il précisé à l’agence Interfax. C’est simplement une question de circonstances familiales.» Il reconnaît néanmoins que la situation russe a en partie motivé sa décision. «C’est très triste de voir tant de militant.e.s LGBT partir actuellement et demander l’asile dans d’autres pays.» Sur Instagram, il explique qu’il a conclu en septembre 2008 un partenariat civil, ce qui lui permet de faire cette demande, mais qu’il n’a pas l’intention de renoncer à sa citoyenneté russe.

Le 1er juin dernier, Nikolai Alekseev a été arrêté, en compagnie d’autres militants russes, alors qu’ils tentaient une nouvelle fois de célébrer la gay pride.

À (re)voir: Au cœur de la gay pride de Moscou:

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Merci à Andy Harley pour l’info.