En juillet, Sergiy Stakhovsky estimait qu’il y avait trop de lesbiennes dans le tennis féminin (lire Tennis: Sergiy Stakhovsky, bientôt sanctionné pour ses propos homophobes ? [L’Équipe]). L’ATP, l’association des joueurs professionnels et son équivalent pour le circuit féminin, la WTA, avaient exigé des excuses, ce qui fut fait d’un tweet laconique:

«Désolé, je ne voulais pas blesser.»

Aucune sanction n’ayant été décidée, le joueur ukrainien, 60e mondial, vient d’en remettre une couche dans The New York Times. Dans un article consacré aux nouvelles règles que tente d’implémenter l’ATP pour éviter les dérapages de ses joueurs en dehors des cours, le quotidien américain donne la parole à Sergiy Stakhovsky, qui, pour nier que ses propos aient pu être homophobe, a recours à une défense ultra-classique: «Mon meilleur ami est homosexuel. Mon coiffeur est homosexuel. Je n’ai aucun problème avec les homosexuels.»

Lors de l’interview de juillet, Sergiy Stakhovsky (qui a été battu en 16e de finale de l’US Open par Jo-Wilfried Tsonga) précisait également qu’il n’y avait aucun joueur gay sur le circuit professionnel, malgré des rumeurs sur Richard Gasquet, Rafael Nadal ou Roger Federer.

L’ancien joueur américain James Blake, notamment, avait réfuté ces déclarations. «Les propos de Stakhovsky sont déplacés, hors de propos et contraires aux valeurs que le tennis m’a apprises, estimait celui qui s’est engagé aux côtés d’Athlete Ally. Et Stakhovsky se fait des illusions s’il croit qu’il n’y a aucun homo dans le Top 100. J’espère que si un joueur du TOP 100 ou non décide de faire son coming-out, il sera accueilli les bras ouverts et soutenu.»

Si les propos de Sergiy Stakhovsky posent en eux-mêmes problème, l’effet est amplifié par son statut de membre du Conseil des joueurs de l’ATP. «Aucun de nous n’est heureux de ce qu’il a déclaré, et nous avons dû avoir une discussion formelle sur sa place au sein de notre conseil à l’avenir, a regretté Eric Butorac, joueur de double américain et président du Conseil des joueurs, cité par The New York Times. Après de longues délibérations et des opinions divergentes, nous avons décidé de le garder.» Eric Butorac, dont c’est la première année à la tête du Conseil, a aussi affirmé avoir regretté de ne pas avoir publié de communiqué lors de la sortie de Sergiy Stakhovsky cet été. «J’apprends sur le tas, je dois décider de notre rôle en tant que Conseil des joueurs. Il a fallu expliquer longuement à Sergiy que même si ce ne sont que ses opinions personnelles, quand on représente quelque chose comme l’ATP, quoi qu’on dise, on en est tenu responsable. C’est un bon gars, il parle juste un peu trop, et c’était une réflexion horrible.»

«Ce qu’il a dit est complètement déplacé et nul, mais il n’est pas la voix du circuit, il ne représente pas notre mentalité, renchérit Stan Wawrinka, lui aussi membre du Conseil, cité par L’Obs. Si un joueur voulait faire son coming-out? Ce n’est pas une question de représentant des joueurs. On le voit dans tous les sports, en général c’est difficile, c’est un choix personnel. Je ne pense pas que le fait qu’il y ait Stakhovsky change quelque chose.»

Le mois dernier, Andy Roddick, lui aussi soutien d’Athlete Ally, expliquait qu’il refusait que «les propos d’un seul joueur définisse [son] sport tout entier»: «Je ne vais pas laisser une personne exprimer son point de vue et que cela efface toute l’histoire de notre sport, une histoire dont nous sommes fiers. Nous acceptons et célébrons nos champions qui qu’ils soient.»

Pour l’ancienne joueuse Rennae Stubbs, qui est ouvertement lesbienne, elle aussi engagée auprès d’Athlete Ally, et qui commente l’US Open pour ESPN, les déclarations de Sergiy Stakhovsky ne méritent pas de se voir accorder une telle audience. Dans USA Today, elle se dit convaincue que le jour où un joueur sortira du placard, 85% de ses collègues le traiteront avec respect, même si l’ATP n’a pas encore l’habitude des coming-out, et s’il faudra beaucoup de courage au premier qui sautera le pas. «C’est fou qu’il soit encore membre du Conseil des joueurs, s’étonne-t-elle. Ce sont des déclarations indécentes.»

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