En 1994, Danny Kelly intègre un lycée bourgeois de Melbourne où il pourra bénéficier d’un programme de natation intensif qui le préparera aux compétitions les plus prestigieuses. Il y côtoie des jeunes plein aux as, blonds aux yeux bleus, le torse glabre… tout le contraire de lui, le «métèque» issu des quartiers populaires, qui bénéficie d’une bourse pour étudier dans ce lycée où tout le monde, ou presque, lui fait sentir qu’il n’est pas chez lui. Mais Danny est plus fort, plus rapide. Danny veut être le meilleur et il en a non seulement la volonté farouche mais aussi l’étoffe. Danny le sait, il en a la certitude, un jour il sera champion olympique.

Une dizaine d’années plus tard, Danny Kelly tente de cacher à son compagnon, Clyde, son passé en prison. Les bassins, la natation, il tente de les oublier. Les podiums, la consécration, la gloire, il les a ratés. Avec son écriture tonique et une succession de flash-backs parfaitement articulés, l’Australien Christos Tsiolkas donne corps à la nage de Danny Kelly, à son ascension et à sa chute. Avec une précision brute, il dépeint la colère intérieure de son personnage dont le tempérament belliqueux lui vaudra le surnom de Barracuda. Son roman parle du dépassement de soi, de la soif de gagner, mais aussi des difficultés à s’affranchir de son passé, et à pardonner. Un roman sombre et âpre qui vous happe jusqu’à la dernière page.
Barracuda, Christos Tsiolkas, Belfond, 464 p. 22€.

Cet article est extrait des Lectures de Yagg du 1er septembre 2015, à lire en intégralité ici.