C’est Leanne Pittsford qui a ouvert la journée des ELLA Talks qui s’est tenue hier, mercredi 2 septembre, au ELLA Festival. Cette entrepreneuse et spécialiste des nouvelles technologies a créé en 2012 Lesbians Who Tech, un important réseau destiné aux professionnelles des technologies issues de la communauté LGBT. À l’heure actuelle, Lesbians Who Tech compte 10000 membres, et 30 villes ont déjà accueilli une rencontre. L’objectif de cette organisation: connecter les femmes entre elles, leur permettre de devenir plus visibles en tant que femmes queers, et enfin accroître la place des femmes en général dans le domaine des technologies. Un vaste programme présenté par une Leanne Pittsford qui sait brillamment communiquer sa passion et sa motivation.

LA MAGIE «LESBIANS WHO TECH»
Sur l’estrade du ELLA Festival, Leanne Pittsford semble chez elle. Enchaînant traits d’esprit et références bien senties à la culture lesbienne («Quoi, tout le monde n’a pas vu The L Word, ici?»), elle sait parfaitement détendre l’atmosphère et rendre l’auditoire complètement réceptif à son message. La première chose que j’ai envie de lui demander quand je la retrouve après son speech, c’est d’où lui vient l’incroyable énergie qu’elle transmet face à son public: «Ça se travaille, m’explique-t-elle. Je n’étais pas aussi à l’aise quand j’ai commencé. C’est très effrayant de parler devant d’autres gens et de partager ce qu’on ressent, de s’exposer de cette façon. Mais plus je le fais, plus je pense que c’est un outil puissant pour communiquer avec les autres et pour les connecter au travail que je fais. Et il s’agit d’inciter aussi les autres à raconter leur propre histoire, de partager ce sur quoi ils/elles travaillent. Même quand ce ne sont pas de grands orateurs/trices.»

«D’ailleurs certains des plus beaux discours que j’ai vus venaient de femmes très introverties, qui avaient très peur de parler, mais comme les femmes dans le public se reconnaissaient dans ce qu’elles partageaient, c’était très puissant. Nous créons un espace de soutien où chacune peut être en confiance.»

Je devine qu’il se passe effectivement quelque chose de fort lors des Lesbians Who Tech: «Je crois que ça tient au fait que nous créons des choses et nous les rendons accessibles, poursuit-elle. Par exemple, à San Francisco cette année, nous avons invité Marc Benioff, le PDG de Salesforce (un éditeur de logiciels, ndlr), et pour l’interviewer, il y avait Kara Swisher, qui est une des meilleures journalistes de la Silicon Valley.»

«Juste après ça, nous avons fait un concours de hula-hoop! Ça a rendu les choses à la fois intéressantes et décalées, ça a mis les participantes dans de bonnes dispositions pour échanger et se rencontrer rapidement. On a tant en commun: on est des femmes, on bosse dans les technologies, on est queers!»

UN ESPACE POUR SE RECONNAÎTRE
Dans son intervention, Leanne Pittsford raconte comment elle en est arrivée à créer LWT: «Quand j’allais dans les soirées autour des technologies, voilà à quoi ça ressemblait», affirme-t-elle en faisant défiler sa présentation sur une photo d’un bar… rempli d’hommes fraîchement sortis du bureau. «J’en suis arrivée à me demander s’il y avait bien des lesbiennes dans le secteur des technologies.» C’est ainsi que le premier rassemblement de LWT a débuté, guidé par l’envie de créer un espace pour les femmes LBT dans lequel elle se reconnaîtrait. «Pour être honnête, je croyais que ce serait un échec» confie-t-elle. Finalement, 800 femmes ont assisté à cette première rencontre, preuve que Leanne Pittsford n’était pas seule à déplorer le manque d’initiatives pour ce public:

«Je voyais qu’il n’y avait pas d’espace qui soit à la fois intéressant et fun, où les gens sont sympas et comprennent ce que tu fais», me raconte-t-elle.

«On ne peut pas aller dans un bar lesbien, où il y a beaucoup de bruit, où la population est très jeune, on ne peut pas non plus aller dans les soirées de levées de fonds où c’est très chic. Il n’y a pas de juste milieu. C’est pour ça qu’on a créé cet espace plus accessible pour les professionnelles pour se rencontrer. Les personnes qui travaillent dans les technologies aiment vraiment ça, ce sont des passionnées. Cette énergie, c’est la part la plus importante.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Lesbians Who Tech // Our Story Video

«AMENER UNE LESBIENNE SUR SON LIEU DE TRAVAIL»
Prochains projets de LWT, le lancement du programme «Bring a lesbian to work day», calqué sur le programme américain qui consiste à faire découvrir le monde du travail à son enfant en l’emmenant sur son lieu de travail. Là encore, l’audace et l’humour sont de mise, toujours au service des technologies. Les participant.e.s seront jumelé.e.s avec des mentors du domaine des technologies pour une journée en immersion afin de leur montrer les moyens et les outils qui leur permettront de devenir leaders dans le domaine qui les intéresse. «Les allié.e.s pourront eux/elles aussi participer aux programmes et on va d’ailleurs demander à Ashton Kutcher de le faire, puisqu’il investit beaucoup dans les technologies» m’explique Leanne Pittsford. Un choix tout en cohérence avec l’esprit LWT qui transparait dans les interventions de l’entrepreneuse.

«Il faut prendre des risques, martèle-t-elle. Les femmes ont souvent des difficultés à prendre des risques, elles ont davantage tendance à rester dans leur zone de confort, à moins saisir les opportunités parce qu’elles ne sentent pas capables, pas assez qualifiées.»

LESBIANS WHO TECH… ALL OVER THE WORLD
Du 28 au 30 août, Leanne Pittsford était à Berlin pour la tenue du tout premier LWT dans la capitale allemande. L’enthousiasme «à l’américaine» des événements qu’elle monte à San Francisco et à travers tous les États-Unis est-il exportable en Europe où l’état d’esprit du monde de l’entreprise est sensiblement différent? Je ne semble pas convaincue que catapulter un LWT tel quel fonctionnerait et Leanne Pittsford semble bien d’accord: «La question est “comment pouvons-nous créer quelque chose de spécifique?”, me confirme-t-elle Et même aux États-Unis, les choses sont très différentes, qu’on soit sur la côté ouest ou la côte est, ou au sud. Et je pense que c’est la même chose, suivant qu’on soit allemande, danoise, britannique, espagnole. Les besoins sont très différents. Les personnes ont aussi différentes manières d’être out et par exemple, les personnes en Allemagne sont bien plus discrètes. Mais comment échanger avec quelqu’un si cette personne ne peut même pas me donner son mail? Et si elle ne veut pas partager l’information avec ses amies, je ne peux pas les atteindre.» Mais grâce à ce premier événement berlinois, Leanne Pittsford espère que le bouche à oreille permettra de faire venir davantage de participantes aux prochaines éditions. Elle songe déjà à d’autres LWT en Asie, en Amérique du Sud, et en prévoit à Tel-Aviv l’an prochain. Où que ce soit dans le monde, si une femme a l’envie et la motivation de créer un Lesbians Who Tech dans la ville où elle se trouve, elle doit se lancer, prône-t-elle. Là encore, il faut prendre le risque, répète Leanne Pittsford: «Parfois, il suffit de trouver une ou deux personnes. Souvent les femmes se disent, “Oh, je ne pense pas que ça marchera”. Ça ne sera pas peut-être pas un énorme événement… mais ça vaut la peine d’essayer.»

Leanne Pittsford sur Twitter.