Sommaire

Barracuda de Christos Tsiolkas
Des mensonges dans nos têtes de Robin Talley
Chercher le garçon de Jérémy Lorca
Conchita Bond contre les bigots homophobes de Jean-Jacques Ronou
Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet
Une vie à séduire de Bernard Hennebert

 

barracuda tsoilkasBarracuda, Christos Tsiolkas, Belfond, 464 p. 22€. En 1994, Danny Kelly intègre un lycée bourgeois de Melbourne où il pourra bénéficier d’un programme de natation intensif qui le préparera aux compétitions les plus prestigieuses. Il y côtoie des jeunes plein aux as, blonds aux yeux bleus, le torse glabre… tout le contraire de lui, le «métèque» issu des quartiers populaires, qui bénéficie d’une bourse pour étudier dans ce lycée où tout le monde, ou presque, lui fait sentir qu’il n’est pas chez lui. Mais Danny est plus fort, plus rapide. Danny veut être le meilleur et il en a non seulement la volonté farouche mais aussi l’étoffe. Danny le sait, il en a la certitude, un jour il sera champion olympique. Une dizaine d’années plus tard, Danny Kelly tente de cacher à son compagnon, Clyde, son passé en prison. Les bassins, la natation, il tente de les oublier. Les podiums, la consécration, la gloire, il les a ratés. Avec son écriture tonique et une succession de flash-backs parfaitement articulés, l’Australien Christos Tsiolkas donne corps à la nage de Danny Kelly, à son ascension et à sa chute. Avec une précision brute, il dépeint la colère intérieure de son personnage dont le tempérament belliqueux lui vaudra le surnom de Barracuda. Son roman parle du dépassement de soi, de la soif de gagner, mais aussi des difficultés à s’affranchir de son passé, et à pardonner. Un roman sombre et âpre qui vous happe jusqu’à la dernière page. Maëlle Le Corre

 

des mensonges dans nos tetesDes mensonges dans nos têtes, Robin Talley, Mosaïc, 13,90€. 1959. Cinq ans après la décision de la Cour suprême des États-Unis mettant fin à la ségrégation dans les écoles publiques, l’État de Virginie se décide à ouvrir ses écoles et lycées aux jeunes noir.e.s. Sarah est l’une de ces pionnièr.e.s. Entre insultes, crachats et bousculades, elle aperçoit Linda. Linda est blanche, raciste parce que c’est ce qu’on lui a appris. Elle est la fille du très conservateur, très virulent et très dur rédacteur en chef du journal local, plus intéressée par la date de son mariage (qui lui permettra de quitter ses parents) que par ses études ou le monde qui l’entoure. Alors que Sarah et les autres ados noir.e.s tentent de résister aux brimades, voire aux agressions de leurs camarades de classe, Linda, obligée de réaliser un devoir de classe avec elle, découvre que ce qu’elle croit savoir n’est pas nécessairement vrai. L’intelligence, l’esprit, l’humour et le talent de Sarah, dont elle a beaucoup de mal à ne pas tomber amoureuse, l’obligent à voir au-delà des préjugés. Les adultes du récit sont, pour la plupart, plus préoccupé.e.s de leurs politiques – la ségrégation pour l’un, la nécessité de faire changer les choses, même s’il faut pour cela envoyer des enfants en première ligne, pour les autres – que du bien-être de celles et ceux qui vivent ces changements au quotidien, ce qui ajoute au sentiment de solitude, d’isolement des protagonistes. Et au courage de Sarah et de ses comparses. Avec Des mensonges dans nos têtes, Robin Talley décrit l’évolution de deux jeunes filles, vers l’acceptation des autres pour l’une, vers l’acceptation d’elles-mêmes pour les deux. Judith Silberfeld

 

jeremy lorca chercher le garconChercher le garçon, Jeremy Lorca, Cherche Midi, 197 p., 16€. Jeremy Lorca est connu pour son one man show (Jérémy Lorca débarque) mais aussi pour son engagement en faveur de l’ouverture du don de sang aux gays. Dans Chercher le garçon, son premier roman, il raconte les aventures d’un gay parisien de 25 ans, Ellias, qui cherche le grand amour. Avec ses deux meilleurs copains, il vit en suivant sa devise: «shopping, sex and fun». L’histoire se passe sur une année durant laquelle Ellias fait tout et surtout n’importe quoi pour se trouver un mec. Si vous aimez les personnages et les dialogues de Sex and the city, vous aimerez les caractères bien trempés qu’a su créer Jérémy Lorca. L’auteur nous entraine dans un Paris gay qui semble ne plus avoir de secret pour lui. C’est souvent drôle et parfois un peu plus sérieux que ça en a l’air. Christophe Martet

 

conchita bond contre les homophobesConchita Bond contre les Bigots homophobes, de Jean-Jacques Ronou, Edilivre, 146 p., 14,50€. La haine homophobe des opposant.e.s à l’égalité des droits nous donnerait parfois envie de pleurer, mais Jean-Jacques Ronou a préféré, lui, prendre le parti d’en rire. Il propose donc un récit parodique, mettant aux prises une actrice toute dévouée à la cause LGBT, Conchita Bond, et des méchant.e.s aigri.e.s, répondant au doux noms d’Adolf Vazozenfer et Anne-Claudette de Saint-Fion. Comme le laissent supposer les noms choisis, on n’est pas dans l’humour le plus subtil, mais Ronou a la plume suffisamment efficace pour que cela passe. L’auteur enchaîne les pastilles – flash info, scène de film, soap opera, page de pub, article de magazine – à un rythme qui donne un peu l’impression de regarder la télévision en zappant toutes les deux minutes. Et parce qu’au fond le sujet est sérieux, il glisse parfois une phrase ou deux sur des agressions réelles (dont Yagg s’est pour la plupart fait l’écho) perpétrées pendant les débats sur le mariage pour tous et dont la «Manif pour tous» et ses allié.e.s ont toujours nié qu’elles étaient liées à leurs discours. JS

 

la ou tombent les angesLà où tombent les anges, Charlotte Bousquet, Gulfstream, 17€. Peu avant la Première Guerre Mondiale, Solange quitte Auvers sur Oise et un père violent. Elle rejoint à Paris une de ses amies d’enfance, Lili, beaucoup plus délurée qu’elle. Parce qu’elle est convaincue qu’elle ne s’en sortira pas seule, Solange épouse Robert, un banquier qui se révèle très vite jaloux et tyrannique. Lorsque la guerre éclate, Robert part au front, laissant à Solange une liberté relative. Elle se lie d’amitié avec des femmes plus audacieuses, moins coincées que l’ex-provinciale, qui peine à trouver sa place. En parallèle de l’histoire un peu pathétique de Solange, Charlotte Bousquet (dont on a déjà beaucoup aimé Rouge Tagada et Si j’étais un rêve) peint le portrait d’une époque en plein chamboulement, où se croisent Marcel Proust, Romaine Brooks ou Natalie Barney. La place des femmes dans la société, leur rôle dans un Paris où les hommes sont à la guerre – munitionnettes, veuves, mères… – sous-tendent un récit réaliste et quelque peu désespérant. JS

 

une vie a seduireUne vie à séduire, Bernard Hennebert, Éditions Aden, 272 p., 13€. Dans ce curieux recueil, le journaliste Bernard Hennebert se souvient de l’époque (pas si lointaine) des petites annonces du cœur publiées dans la presse. Celles qui permettaient aux hommes, bien avant Internet, bien avant Grindr, de rencontrer d’autres hommes. Le but de l’auteur n’est certainement pas de déprécier les technologies d’aujourd’hui, mais plutôt de rendre un hommage personnel à ces romances épistolaires, longues ou fugitives, ces échanges que l’auteur a précieusement conservés et ainsi restitués dans ce livre. MLC