Dans son émission hebdomadaire Last Week Tonight, l’animateur John Oliver, toujours prompt à décrypter des sujets d’actualité avec humour et impertinence, s’est attaqué aux discriminations contre les personnes LGBT, dans le contexte des discussions sur les lois qui visent à les protéger dans le cadre du travail.

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L’ÉGALITÉ VUE DE CHEZ LES RÉPUBLICAINS
Point de départ de son exposé, John Oliver rappelle à juste titre que les questions LGBT gagnent désormais du terrain jusque dans le camp républicain, où par exemple elles ont été abordées lors du débat des candidats à l’investiture de la présidentielle de 2016. L’un d’eux, John Kasich, a affirmé qu’il s’était rendu au mariage d’un ami gay, en dépit de son opposition à la reconnaissance des couples de même sexe: «Wow, s’est exclamé John Oliver, un mariage homo vient d’être applaudi à un débat chez les républicains! Ajoutons ça à la liste des choses qui étaient impensables en 2004, comme la phrase “l’acteur récompensé d’un Oscar Matthew McConaughey”. À l’époque les gens vous auraient dit “vous êtes dingue!”»

PAS DES «LOIS SPÉCIALES», JUSTE L’ÉGALITÉ
John Oliver en arrive au cœur de son sujet: si le mariage est désormais autorisé, dans 31 États où il n’est pas illégal d’être licencié.e de son travail, expulsé.e, ou privé.e d’un service en raison de son homosexualité. John Oliver cite quelques exemples: un couple texan raconte s’être fait viré d’un restaurant par la gérante qui ne supportait pas la présence d’un couple gay, un homme explique avoir perdu son travail d’animateur auprès d’enfants après que le directeur du centre dans lequel il exerçait a appris son homosexualité, ou enfin un couple de femmes dont l’enfant n’a pas été soigné par un pédiatre qui refusait de l’examiner puisqu’il était élevé dans une famille homoparentale. Et pourtant, certains États ne comptent pas mettre en œuvre des moyens d’empêcher ces abus. C’est d’ailleurs parfois même le contraire: «L’Arkansas a fait passer une loi anti-anti-discrimination qui empêche toute ville ou tout comté d’étendre des protections de droits civiques pour les homos», constate avec effarement John Oliver. Selon les partisan.e.s de cette mesure, il ne faudrait pas que les personnes LGBT bénéficient de «droits spéciaux»: «Ce n’est pas une question de droits spéciaux! tempête l’humoriste. On ne crée pas de sections spéciales pour les lesbiennes dans les avions, on ne fait pas de pancarte “Homosexualité minimum requise” pour entrer au [parc d’attraction] Six Flags! Il s’agit juste d’égalité!»

LES GÂTEAUX DE MARIAGE, LA CONSTITUTION ET SUPER MARIO
Malgré des avancées pour protéger les employé.e.s fédéraux/ales LGBT mises en place par Barack Obama, John Oliver rappelle que celui ou celle qui lui succèdera à la tête des États-Unis aura tout pouvoir de revenir sur ces dispositions. Il cite les gouverneurs Bobby Jindal et John Kasich, qui ont déjà dans leurs États – la Louisiane et l’Ohio – fait retirer certaines protections pour les employé.e.s LGBT. Il souligne en outre qu’un argument est constamment utilisé pour s’opposer à la protection des droits des LGBT, celui de la liberté religieuse: étendre les protections pourrait réduire la liberté religieuse en forçant les gens à agir contre leurs croyances religieuses. John Oliver cite alors l’exemple de Jack Phillips, un pâtissier du Colorado qui «accepterait de faire des gâteaux d’anniversaires, des cupcakes et toute une variété d’autres sucreries pour les couples de même sexe. Mais pas de gâteaux de mariage»:

«Ce pâtissier a refusé de servir un couple homo en 2012 invoquant ses croyances selon lesquelles un gâteau de mariage offenserait sa définition du mariage traditionnel. C’est un peu dur à concilier avec le fait qu’il n’avait apparemment aucun problème pour fournir un gâteau pour un mariage entre deux chiens, note non sans malice John Oliver. Mais le plus gros souci dans son argumentation est sa compréhension du fonctionnement de la loi.»

Jack Phillips avait alors affirmé que la Constitution lui garantit le droit de pratiquer sa religion «n’importe où, n’importe quand»: «Il n’y a pas de restrictions. Cela me donne aussi la liberté de parole.» Il n’en fallait pas moins à John Oliver pour rappeler quelques éléments de base sur ce que garantit ou non la Constitution: «Les cours ont déjà déterminé des limites à la liberté religieuse. Par exemple, on ne peut pas discriminer quelqu’un en fonction de sa race sur la base de ses croyances religieuses. Et il y a des limites à la liberté de parole. On ne peut hurler “Feu!” dans un théâtre bondé.» Il conclut par une métaphore brillante: «La Constitution n’est pas l’étoile dans Super Mario Bros. Elle ne vous rend pas invisible pour que vous puissiez faire tout ce dont vous avez envie!»

QUI SOUTIENT L’EQUALITY ACT?
John Oliver conclut sa démonstration en rappelant la nécessité de légiférer au niveau fédéral, ce que prévoit justement l’Equality Act présenté en juillet dernier. L’équipe du Last Week Tonight a contacté tou.t.e.s les candidat.e.s potentiel.le.s à la Maison Blanche pour savoir si oui ou non, ils et elles seraient prêt.e.s à soutenir l’Equality Act et à ce jour seulement quatre ont répondu sur vingt, au grand étonnement de John Oliver: «Tou.t.e.s les autres sont probablement encore en train d’y réfléchir, mais pourquoi? Nous les avons contacté.e.s mardi, ça ne devrait pas être si long de répondre à la question “est-ce que les homos doivent encore être discriminés?”, c’est “Non! Et voilà!”»