En juin dernier, le magazine Maroc Hebdo créait la polémique avec une Une choc intitulée «Faut-il brûler les homos?». L’association Mousse, qui mène des actions en justice contre les auteurs de propos et de discriminations homophobes, a annoncé lundi 24 août avoir porté plainte contre Mohamed Selhami, directeur de publication du magazine, pour provocation à la haine et à la violence envers un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle. Selon elle, la couverture de Maroc Hebdo «contribue ainsi à entretenir un sentiment de haine, voire incite à commettre des actes de violence, à l’encontre des homosexuels», dans un pays où l’homosexualité est encore un délit passible de six mois à trois ans de prison et d’une amende. «Le titre “Faut-il brûler les homos?” implique que cette question puisse faire l’objet d’un débat et d’une réponse positive, estime l’association dans sa plainte. Cette interrogation légitime ainsi l’opinion selon laquelle les homosexuels devraient être brûlés du simple fait de leur orientation sexuelle.»

Selon l’association, choisir une telle Une était aussi un moyen de susciter des réactions homophobes bien au-delà du lectorat du magazine: «La couverture d’un magazine est la première page vue par les lecteurs, mais est également destinée à être lue par un public qui n’a pas forcément l’intention d’acheter le magazine. Il s’agit donc d’un outil de “propagande” commerciale. Placer l’interrogation litigieuse “Faut-il brûler les homos” en couverture du magazine dénote donc une volonté délibérée de provoquer celui qui la lit et de générer en lui une réaction de haine et de violence. Une large partie de la presse française a ainsi condamné ces propos qu’elle qualifiait alors d’incitation à la haine homophobe.»

«Demander si la mort d’un groupe de personnes est souhaitable est inadmissible et illégal, a déclaré Etienne Deshoulières, avocat de l’association Mousse. De tels propos doivent faire l’objet d’une sanction, afin d’éloigner de nos démocraties l’idée de renvoyer les gays dans des camps de concentration comme cela a été le cas pendant la Seconde Guerre mondiale». Le magazine étant diffusé en France, la plainte a donc pu être déposé au tribunal de grande instance de Paris. «S’il y a instruction, le procès se déroulera donc à Paris», a précisé l’avocat au Huffington Post Maroc.