Annoncée mi-août, la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la façon dont Daesh traite les homosexuels s’est tenue hier, lundi 24 août.

Animée par Samantha Power, ambassadrice des États-unis, et Cristian Barros Melet, ambassadeur du Chili, cette rencontre informelle, une première pour le Conseil de sécurité, était ouverte aux 193 États membres. Treize des quinze membres du Conseil de sécurité étaient représentés, rapporte RFI: seuls manquaient l’Angola et le Tchad. Les représentants de quatre pays connus pour leur mauvais traitement des personnes LGBT – Chine, Russie, Nigeria et Malaisie – ne se sont pas exprimés mais ont assisté à toute la réunion.

«C’est la première fois dans l’histoire que ce Conseil tient une réunion sur la victimisation des personnes LGBT, a déclaré Samantha Power. C’est la première fois que nous disons, d’une seule voix, qu’il est inacceptable de cibler les personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. C’est une étape historique. Et, comme nous le savons tou.te.s, il était temps.»

Les participant.e.s ont pu entendre les témoignages de deux hommes homosexuels qui ont échappé à Daesh, Subhi Nahas, originaire de Syrie et réfugié à San Francisco, et un Irakien, qui a témoigné sous pseudonyme («Adnan») et par téléphone depuis un endroit tenu secret.

Cité par BuzzFeed, Adnan, qui semble être la même personne que celle qui a témoigné récemment auprès de la BBC (lire «Pourquoi mon propre père aurait voulu me livrer à Daesh pour me tuer», témoigne un jeune gay irakien), a souligné que Daesh a une façon «très professionnelle de traquer les personnes homosexuelles».

«Pour des millions de Syrien.ne.s, à la fois dans et hors du pays, le temps manque, a pour sa part averti Subhi Nahas, cité par Washington Blade. Pour mes compatriotes qui ne se conforment pas aux normes de genre et de sexualité, la dernière heure est déjà passées. Ils et elles ont besoin de votre aide immédiatement.»

Jessica Stern, directrice exécutive de de l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC), a pour sa part précisé que selon les données dont disposent les ONG – essentiellement celles publiées par Daesh pour sa propagande –, au moins 30 hommes homosexuels auraient été exécutés par Daesh depuis juin 2014, indiquant que des lesbiennes et des personnes trans’ ont également été visées (attention, la vidéo ci-dessous contient des images qui peuvent heurter).

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur ‪Timeline of Alleged Killings by ISIS as Punishment for Sodomy and Related Crimes of ‘Morality’‬

Pour la représentante de l’Argentine, le simple fait de devoir évoquer ces questions montre que c’est un échec. Le Royaume-Uni et le Japon, notamment, ont rappelé que les droits humains sont universels et doivent s’appliquer à tou.te.s, partout, tandis que l’Allemagne et la Corée ont incité le Conseil de sécurité à agir.

Après la réunion, Jessica Stern s’est entretenue avec les journalistes et a remarqué que l’intervention de la Jordanie condamnant les violences de Daesh marquait la première remarque explicitement positive de la part d’un pays arabe dans une discussion sur les violences à l’encontre des personnes LGBT, complète BuzzFeed.

Aucune feuille de route, aucune mesure concrète n’ont été décidées au cours de cette réunion informelle, qui avait pour objectif de donner un coup de projecteur aux violences qui ciblent les personnes LGBT. «Une porte a été ouverte aujourd’hui, et nous devons aller voir ce qu’il se passe lorsque nous passons cette porte», a déclaré Jessica Stern.