Vendredi 21 août, sept hommes ont été condamnés à six mois de prison ferme pour actes contre nature. Arrêtés à Guédiawaye le 23 juillet dans un appartement, les sept individus âgés entre 20 et 30 ans étaient soupçonnés d’avoir eu des relations sexuelles, en raison de la présence de préservatifs usagés et de lubrifiants.

Les organisations de prévention Aides Sénégal, Adama et Sourire de femmes ont fait part de leur vive inquiétude après ce verdict qui selon elles «risque d’inciter les groupes vulnérables face au VIH sida à éviter de se procurer, de posséder et d’utiliser le préservatif pour que ce dernier ne serve pas de preuve lors d’une éventuelle arrestation»:

«Les sept homosexuels n’ont pas été surpris en flagrant délit d’actes contre nature, assurent-elles. Aucune preuve n’atteste que ces sept personnes ont commis des actes contre nature. Le jugement du Procureur s’est basé exclusivement sur le préservatif usagé qualifié “d’entamé” sur le procès verbal utilisé lors de l’instruction.»

C’est l’article 319 du code pénal qui est utilisé pour faire condamner des personnes LGBT, en les désignant coupables d’«acte impudique contre nature». Il s’agit d’«une qualification fourre-tout», avait déclaré le ministre de la Justice Sidiki Kaba, qui, malgré une position autrefois favorable à la dépénalisation de l’homosexualité, s’est finalement aligné sur la position du gouvernement sénégalais lors de sa nomination en septembre 2013. «Les autorités sénégalaises ont déjà affirmé que l’homosexualité n’est pas criminalisée en tant que telle se basant sur une lecture littérale du texte de l’article de loi», a confirmé Jean-Luc Romero dans une tribune publiée sur le Huffington Post. Le président d’Élus locaux contre le sida y demande la grâce des sept hommes emprisonnés, mais aussi que le Sénégal fasse enfin un pas en avant sur la protection des droits des personnes LGBT: «Le Sénégal doit faire évoluer sa législation. C’est ma conviction profonde.»

«Il ne s’agit pas là de donner des leçons de démocratie, de se poser en donneur de leçons; il s’agit simplement que le Sénégal respecte ses obligations internationales issues du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, notamment son article 17 (“nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation”) ou de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.»

«Depuis longtemps, les acteurs associatifs comme Human Rights Watch ou Amnesty International demandent au Sénégal la mise en place d’une politique respectueuse des droits des personnes. C’est également la même demande qui est faite par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Sans succès jusqu’à maintenant.» Une pétition adressée au président Macky Sall a été lancée.

Tout comme il l’a fait en juillet au Kenya, Barack Obama avait déjà évoqué les droits des personnes LGBT devant Macky Sall lors de sa visite au Sénégal en 2013. Le président sénégalais avait à l’époque affirmé que son pays ne dépénaliserait pas l’homosexualité: «Cela ne veut pas dire que nous sommes homophobes, mais il faut que la société absorbe, prenne le temps de traiter ces questions sans qu’il y ait pression».

Cette condamnation intervient quelques semaines après celle du journaliste Tamsir Jupiter Ndiaye, qui a écopé de la même peine début août, lui aussi accusé d’«actes contre nature».

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