L’expression est vieille, on la croyait dépassée, mais elle est en fait toujours d’actualité – comme le montrent régulièrement certains commentaires sur les articles de Yagg, sur le site ou les réseaux sociaux. Pour certain.e.s, l’utilité de la visibilité – qu’elle passe par des coming-out de célébrités ou les défilés des prides – n’est pas évident, et pour vivre heureux/ses, il faudrait vivre caché.e. Éternel débat sur le droit à vivre sa différence dans l’indifférence… Sur ce thème, Le Plus a publié mardi 18 août une tribune intitulée «“Incroyable, ça ne se voit pas chez toi”: je suis homo. Je veux que les gens s’en foutent», signée Pierre Noureev, ingénieur. «Je suis homosexuel. J’habite à Paris, et je n’ai pas honte de le dire, je traverse la Marais sans m’y arrêter, ou alors à de rares occasions, écrit-il. Je ne vais pas non plus à la Gay pride. L’image de cette manifestation m’apparaît, pour une raison que j’ignore et qui ne dépasse pas le cadre de la sensation lointaine, assez désagréable. Car oui il faut bien le reconnaître, la Marche des fiertés a avant tout une image simplement carnavalesque.»

Citant l’exemple de son meilleur ami qui a eu tant de mal à le «voir comme un mec normal», l’auteur du texte s’inquiète de la «vision de l’homosexualité (…) gangrenée par cette image mainstream de folle dévergondée et maniérée que les médias, le cinéma populaire, les téléfilms et j’en passe, nous servent à toutes les sauces». «Je ne fais rien au quotidien qui ne soit différent de mes collègues de bureau, hétérosexuels pour la plupart. Je me sens parfaitement bien avec mes collègues, poursuit-il, précisant qu’il est out au travail. Et si cela se passe bien, c’est aussi parce que je ne me définis pas à travers ma sexualité. Mon entourage ne me voit pas comme un homosexuel, et c’est tant mieux.»

«Pour pousser l’idée, appartenir au milieu LGBT dresse aussi une barrière entre “eux” et “nous”, car eux n’y appartiendront probablement jamais. Personnellement, j’ai tendance à percevoir cette vision communautaire comme un sectarisme en réponse à l’intolérance “des autres”. Une forme de repli.»

Lors de la publication, cette tribune était illustrée d’une photo de pride, sur laquelle figurait Damien Harnois, maquillé, robé et plumé. Flamboyant. Fier. Le Plus a publié hier, le 20 août, la réponse de Damien (présenté comme «militant») à Pierre. Il y rappelle les origines des prides, la Christopher Street Liberation Parade à New York le 28 juin 1970, célébrant les émeutes de Stonewall l’année précédente. Il évoque Harvey Milk, la suppression des dispositions législatives aggravant les peines en cas d’«outrage public à la pudeur» entre personnes du même sexe en France en 1982, les pays – Russie, Irak, Ouganda… – où il reste très dangereux de vivre son homosexualité. «Chacun est libre d’afficher sa différence comme il le souhaite, dans la tenue de son choix, estime-t-il. Ce qui fait notre richesse, c’est cela: nous sommes un tout, les cuirs, les travestis, les associations LGBT…

«Croyez-vous que l’homophobie disparaîtra si nous supprimions la Gay Pride et autres manifestations, pour pouvoir vivre sans souci notre différence?»

Et de conclure: «Voilà Pierre Noureev , j’espère que vous lirez ma tribune avec autant d’attention que j’ai lu la vôtre. Je vous souhaite d’avoir une vie aussi belle que la mienne.»

Un débat à lire sur Le Plus: la tribune de Pierre Noureev et la réponse de Damien Harnois.